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Ecrire, raconter, est-ce la même chose ?

Publié le 03 novembre 2008 par Cameron

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Crédit photo : Mark/FlickR

Une phrase lue telle quelle par dessus l’épaule de ma voisine, dans le métro : « Rendu nerveux par l’agitation générale, Birdie jaillit des bras de Peter les oreilles couchées en position aérodynamique ». Phrase assez étrange, en vérité. Pour qu’elle soit vraiment intéressante, il fallait que Birdie soit un homme. Ni un bébé ni un animal, mais un homme, adulte et tout, dans les bras d’un autre homme, position assez singulière, je suppose que tout le monde sera de mon avis. Seulement, ça ne pouvait pas être le cas, dans la mesure où j’ai du mal à imaginer les oreilles d’un homme couchées. Elles auraient été plaquées, à la limite, mais certainement pas couchées. Donc Birdie est un animal, cela semble logique. Un animal dont les oreilles sont couchées en position aérodynamique, assez probablement un chat, encore que le doute soit permis. Et comme elle est nerveuse, cette bestiole, elle « jaillit » bien sûr, des bras de son maître.

Une telle phrase, lue par hasard entre deux stations, ne signifie rien. J’ignore tout de ce qui l’a précédée, je ne peux qu’imaginer quel type de scène elle introduit. Mais enfin, en la lisant ainsi, j’ai pensé, il faut bien le reconnaître, qu’elle était d’une nullité confondante. Que cette association des oreilles et de leur position aérodynamique était hideuse. Que le mot même d’aérodynamique, provoquait en moi une vraie rage de lectrice. Et que je n’avais pas envie de voir Birdie jaillir des bras de Peter, en fait, chat ou pas chat. Dans le meilleur des cas, la phrase tout entière est un cliché, dans le pire, elle croit être descriptive et n’est que prosaïquement précise, en usant de termes techniques qui tombent à plat. Bref, elle est tout sauf littéraire. Alors, je suppose que dans le contexte, elle fait avancer l’action tout en peignant un arrière-plan assez mobile, mais ce genre de « truc », ça ne marche qu’au cinéma. A la lecture, c’est simplement laid. Et cela m’a fait penser à ces innombrables phrases que j’avais pu dévorer, au fil de ma consommation obsessionnelle de tout ce qui est écrit, ces phrases maladroites, mal construites ou simplement alignées sans réflexion stylistique qui remplissent des pages et des pages de livres que par ailleurs, on termine, parce que l’histoire tient plus ou moins la route. Finalement, est-ce vraiment gênant ? Pouvons-nous penser que si ce n’est pas de la littérature, peu importe ? Je n’en sais rien. Voilà une question ouverte s’il en est, je dois dire, parce qu’au fond, le véritable sujet est sans doute d’abord le lecteur lui-même. Un livre ne peut pas être juste du style, n’est-ce-pas ? Ou alors, c’est de la poésie. Puis-je affirmer que la beauté de l’écriture se suffit à elle-même, et que l’absence de cette beauté gâche un livre ? Le puis-je, vraiment ? Cela signifierait aussitôt que tout ce que j’écris ici n’est que scories. Et cette pensée, aussi juste soit-elle, m’est douloureuse.

Pourtant, écrire ne peut pas être le vulgaire synonyme de raconter. Je n’y crois pas, je ne le ressens pas, et même, je résiste de toutes mes forces à une telle hypothèse. Ce qui vaut la peine d’être lu, donc d’avoir été écrit, est un petit peu plus que ce qui s’est simplement passé. Sinon, autant se contenter de vivre, n’est-ce-pas ? Sans jamais tenter de raconter la vie.


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LES COMMENTAIRES (1)

Par flafla
posté le 14 février à 12:01
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bonjours je m'appelle flavie et j'ai presque 10 ans . je ne comprend pas quelque chose car hier a la final de koh lanta le retour des héros que jade est perdu accose de filomène alors que elle lui avait casser la flaiche quand on avait un proche s'est a dire olivier son copain donc elle n'a rien dis a filomène et elle sont rester amie j'usqu'au poto.

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