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Ma vie de souillon

Publié le 03 novembre 2008 par Chondre

Je suis bien conscient qu’il y a des choses plus importantes en ce moment, comme les élections américaines ou la propagation des condylomes ano-génitaux dans le milieu gay parisien, mais s’il y a bien un truc qui me troue le cul et qui pourrait conduire à ma désertion du domicile conjugal, c’est bien la façon dont mon mari gère les tâches du quotidien. Les courses, la lessive, le repassage, c’est très chiant et pas très glamour. Ce n’est donc pas très Snooze. Nous avions bien eu recours il y a quelques années à une charmante aide ménagère, mais nous nous sommes vite aperçu qu’elle ne passait qu’une heure par semaine à ravager les cols nos chemises et ne se préoccupait jamais des moutons de poussières qui avaient pris racine sous le canapé. Bêê bêê. Julia s’est vite révélée être une arme de destruction massive tout droit venue du Pérou et nous n’avons jamais osé la remercier. Notre déménagement fut une occasion très lâche de nous en séparer. C’est bon la lâcheté.

Mais revenons à mon nain qui a pris de bien vilaines habitudes en quarante quatre années de vie communes. Même s’il me serait impossible de me passer de mon mari, j’ai de plus en plus l’impression qu’il me prend pour sa souillon personnelle. Il faut dire que nous n’avons pas la même conception du week-end. Pour moi, samedi et dimanche matins (hors rendez-vous avec mon chouchou) riment avec lessive et traque à la poussière. J’ai l’habitude de me réveiller peu avant huit heures. Je pars courir et j’en profite pour faire les courses à la fraîche. Je ne laisse jamais le loisir à Snooze de se rendre dans un supermarché pour plusieurs raisons. (i) Snooze ne sait pas où se trouvent les supermarchés proches de notre maison et (ii) s’il lui prenait l’envie de remplir notre placard à nourriture, il se rendrait directement à la grande épicerie de Paris, au Lafayette gourmet du boulevard Haussmann ou chez Hédiard, claquant ainsi le PIB de l’Albanie pour refaire son stock de chips au vinaigre.

Côté cuisine, il me laisse le soin de tout briquer car il considère à juste titre que ces douze mètres carrés représentent mon royaume et qu’il serait vite pendu pendu pendu s’il déplaçait le moindre ustensile. Eviter de mettre les pieds dans la cuisine lui permet également de s’affranchir de préparer tout repas le soir ou de s’apercevoir que le lave vaisselle doit être vidé. La planche et le fer à repasser sont également rangés dans cette pièce. Je comprends donc pourquoi il se met à repasser uniquement quand il ne trouve plus aucune chemise à sa disposition. Car selon lui, les jours de repos ne servent qu’à se reposer ou à se remettre des sorties du lundi, du mardi, du mercredi, du jeudi, du vendredi et du samedi. Si je n’ouvre pas les volets de la chambre, la nuit du samedi peut aisément se prolonger jusqu’au dimanche après-midi. Après une pause détente avec sa crétine de console, il pense alors à se pomponner pour sortir de nouveau dans des endroits bien trop branchouilles pour moi, moi qui n’aspire qu’au calme, au luxe et à la volupté avant d’attaquer une semaine bien stressante et chargée.

Mais le pompon, la cerise sur le gâteau, la crème de la crème, est certainement lorsque je pars en mission à l’étranger. L’appartement ne bougera pas d’un iota pendant mon absence. Rien ne sera rangé. Mon mari aura toutefois réussi à ramper entre le canapé et la réserve à gâteaux au chocolat. Quelques traces d’emballage(s) de Dinosaurus ou de Granola auront trahi sa présence. Quand je craque et je commence à faire la grève du ménage façon Melina Mercouri dans “Jamais le dimanche”, il tente de botter en touche en me rappelant que je ne fais jamais le lit. A quoi je me permets de préciser qu’une couette se secoue en quelques secondes et qu’il m’est impossible de faire le lit car, lorsque je pars travailler, il est toujours et pour encore longtemps dans les bras de Morphée.

Ce billet est d’une partialité à toute épreuve. Même sous la torture, je ne reconnaîtrais jamais que je suis psychorigide, que je passe la semaine à mettre le bazar un peu partout et que je sème une quantité infinie de sacs à merdes dans tous les recoins de l’appartement (un sac à merdes étant par définition un sac où l’on fourre toute les mini merdasses qu’on ne sait pas mettre ailleurs), et que je ne pourrais laisser le soin à quiconque de nettoyer mon appartement à ma place.


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