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Au fil des jours

Publié le 14 novembre 2008 par Unepageparjour

Début de Habélard et Lola

Au fil des jours, le rituel se construisait. Lola avait accepté de prendre son petit déjeuner à la maison. En échange, elle se préparait de grandes salades pour sa journée passée sur le pré, à base de riz, de pâtes, de maïs. Elle y ajoutait restes de poulets, dés de jambon, miettes de thon, une poignée d’olives, des tomates ou des haricots verts, parfois quelques raisons secs. Une lampée d’huile dorée rinçait le tout. Elle en garnissait une boîte de plastique hermétique, remplissait d’eau une vieille bouteille, quelques bisous aux chats, un peu jaloux, à force, des départs si matinaux de l’enfant, et la voilà partie, à toutes jambes, sa pitance accrochée en bandoulière ballottant contre ses genoux.
 
Très vite, Habélard se mit à l’attendre. Le pré à peine en vue, elle distinguait déjà sa tête effilée, le cou tendu vers le chemin, oreilles dressées, en guet, et les naseaux dans la brise, à l’affût de son odeur bienveillante. Comme un sourire. Alors, Lola courait plus vite, décrochant le sac de son épaule, et galopait jusqu’à la clôture. A chaque pas, à chaque appel de ses semelles sur le chemin de terre, d’avantage de lumière filtrait du regard du poulain. A quelques mètres de lui, il ne tenait déjà plus en place, ses sabots martelaient la glaise, en écho aux foulées rapides de la fillette. Le poil impatient vibrait sur son échine, le réseau fin des veines se gonflait comme un jeune torrent frais de montagne. Enfin, elle était là, lançant dans l’herbe son repas du midi, elle escaladait la barrière, sans prendre garde aux assauts des échardes qui accrochaient son jean, puis elle  sautait à pied joint chez son ami.

Alors, le cérémonial des retrouvailles pouvait commencer. Habélard se cabrait, jetant dans le soleil ses fiers petits sabots, et boxait l’azur du matin pour signifier la longueur de l’attente. Puis, il montait au galop, la queue fouettant ses fesses avec force, balançant avec insolence des regards derrière lui pour bien s’assurer que Lola lui courait derrière, en l’appelant par son nom, en lui racontant ses rêves de la nuit, ses images de licornes enchantées, de pégases bleues qui s’envolaient sur des lunes vertes. Arrivé à la grande haie, il s’arrêtait net, et daignait se retourner, pour accepter quelques bisous. Ils s’en revenaient alors, tête contre tête, avec nonchalance, jusqu’à la jument patiente, qui profitait du chahut de la jeunesse pour se remplir la panse d’une herbe encore fraîche, goûteuse de rosée, craquante.

Parfois, quand, après la longue tétée qui suivait la course, Habélard sombrait dans un sommeil peuplé de cavalcade, dans l’ombre chaude de sa mère, Lola prenait un livre, un Lucky Luke, toujours, qu’elle avait amenée avec elle, entre salade et bouteille d’eau, lisant en boucle les aventures de Joly Jumper.  

Llola et habelard le jeu

Illustration de Coq (c)


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