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Ils coururent tout le samedi

Publié le 01 décembre 2008 par Unepageparjour

Début de Habélard et Lola

Ils coururent tout le samedi. Tout le dimanche aussi, s’enivrant de l’air sucré et du parfum des aubépines en fleur qui souriaient dans les haies. Par moment, quelque angoisse saisissait Habélard, qui s’arrêtait net. Les cris d’Aicha, sans doute, qui traversaient la brise. Une touffe d’herbe grasse, ou un nuage de moucherons joyeux, le distrayait de nouveau, et il repartait de plus belle dans sa course folle, comme s’il ne s’était agi que d’un léger nuage, sans conséquence. D’autres fois, c’était au tour de Lola de suspendre sa chevauchée dans le pré. Une ombre, derrière elle, massive, grise, lui chuchotait quelques craintes, des peurs futures, qui la remplissait un instant de mauvais frissons. Habélard, étonné, balayait d’un coup de queue les états d’âme de la jeune fille, comme il l’aurait fait d’une poignée de méchantes mouches à vinaigre. Il hennissait. Lola reprenait son élan et ses rires.

A midi, ils s’improvisaient une pause pique-nique. Le poulain, à l’abri des chênes, dégustait des nappes fraîches de luzerne, de trèfle et d’herbes folles. Lola, assise à l’ombre de la haie, croquait des paquets de Choco BN et de Prince, dont elle avait garni les poches de sa veste de jean. Habélard avalait ensuite de longue lampée de pluie, à la saveur légère des petits crachins de printemps. Il trinquait avec son amie, qui préférait boire à grand goulot des litres gazeux d’un vieux coca, qui la faisait roter très fort. Puis ils s’allongeaient sur le sol, Lola, sur le dos, les bras en croix, les yeux éblouis de soleil, Habélard, sur le flanc, les jambes bien raides devant lui.

Le lundi était férié comme un lundi de Pâques. Mais le ciel, pour d’obscures raisons, avait préféré ce jour là la colère à la joie, la tempête à la douceur, et les averses aux petits chemins ensoleillés. Lola chaussa ses bottes et ramena sa tente rose-bonbon dans le grand pré, mais il ne fut guère question de cavalcades légères. Le poulain grimaçait, goûtant fort peu ces légions d’escargots qui se prélassaient dans sa nourriture. Quant à Lola, elle maudissait le ciel, d’un air bien renfrogné. 

Lola et habélard se reposant sur l'herbe

Illustration de Coq (c)


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