Médusés.Nous étions médusés. Mon gang de chums et mouè ...
Massés au coin de la saloperie de machine à écran tactile qui nous servait de défouloir lors de nos pathétiques tentatives alcoolisées de faire un "score" à "Trivial Pursuit" ou "Diamond Eleven" lorsque nous nous retrouvions pour faire briller nos ergots. Émoussés, cela va de soi.
Devant ce jeu famélique se tenait le long du pilier gauche du comptoir notre "hall of fame " de dépendus d'andouilles. Soit des photos où a minima chacun de nous était dépeint dans une posture hautement risible, cela collait parfaitement à notre statut comme un dépistage positif d'hépatite C à un sidéen ...
Une photo de femelle avait fleuri dans la nuit. (consécutive à notre dernière biture s'entend ...). Un photomaton pour être plus précis. Vous savez, ce type de photo d'identité noire et blanche où tout un chacun à l'air de s'être fait piqué à l'instant la main droite (celle du diable en fait) dans le pot de confiture de mèr'grand ...
Avec un ton on ne peut plus pontifiant, j'interpelais la serveuse du cru - qui comme à l'accoutumée, connaissant sur le bout de ongles son quarteron de pochetrons, joua à merveille l'étonnement :
- Mais ! Distes don' mamzelle ! Où qu'elle est la direction ? Parce que là y'a comme qui dirait un gros outrage-euh ! !
- quoi donc m'ssieur boronali ?
- Ben y'a une photo de fille dans not' panégyrique-euh ! !
- Ah bon ?
- Ouais merde ! C'est quoi c'traquenard ? Pis c'est qui cette-euh ... Blonde ... Euh ... Ouais chuis d'accord ... Elle est pas trop moche ... Mais quand même ! Qu'est-ce qu'elle fout là ?
- Chais pas m'ssieur boro ! C'est pas moi qui l'ai mise ... P't'êt' qu'elle voulait un peu féminiser l'endroit ...
Nous nous regardâmes tous comme autant de chiens en fausse faïence dans le vestibule cheapo-rococco d'une sexagénaire ex porno star sur le retour (à la chaloupe).
J'eus l'outrecuidance de pincer entre deux doigts ladite photo pour la retourner sans néanmoins la dépunaiser du mur (oui, parce qu'il faut dire que ce geste d'un sacrilège hautement suicidaire éveillait chez moi une certaine forme de respect) :
"Cyril, je t'aime mon amour" ...
- 'Tain mais c'est qui ce Cyril ?
- Ah mais ouais ! - S'extasia la serveuse - Mais oui ! C'est le gars qu'est passé hier soir ! Il a retenu ses larmes toute la soirée tout en éclusant la totalité du Gange en pinte de Carlsberg ... M'a expliqué que l'amour de sa vie l'avait plaqué pour son meilleur pote alors qu'il venait juste de partir pour son service militaire ...
Le cri fut à l'unisson dans notre troupeau d'outres à mauvais vin :
- Respect !
Titi fit péter un nouveau score au "Puissance 4" en battant 5 fois de suite l'ordinateur. Dav' lui fila une violente bourrade et les deux finirent leur soirée devant les grilles de la terrasse en grand concours de bite la ceinture du pantalon serrée à double tour. Jacky-la-fusée nous gratifia une fois encore de son ultime rire stridant avant d'aller hoqueter sa bière en la vomissant aux chiottes. Greg venait une fois de plus de se faire virer de son CDD d'empailleur d'étiquettes dans un quelconque supermarché. Cela valait bien une Xième pinte de Kro ...
De mémoire, la photo de la dulcinée est toujours accrochée au poteau.





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