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Le Coup de chaud / XVIII

Publié le 04 juin 2009 par Lejournaldeneon


(ROMAN EN LIGNE)
LE COUP DE CHAUD
-18-
Un roman... et c'est évidemment Tony™ qui s'y recolle ! Sacré Tony ™ ! Un roman... ou une somme de lignes superposées au mouvement de l'air ambiant. Un de ces procédés écologiques pour dire la couleur verte qui lui coule dans les yeux au lieu d'une industrie lourde incapable de le distraire vraiment. Un roman... disons plutôt une correction à la volée d'un vieux manuscrit laissé pour compte par faute de temps, l'été 2003. Le coup de chaud... où ce qui arrive à force de prendre des douches froides au travers du cadre strict d'une météo de merde. Le coup de chaud ou une façon de décliner un paquet d'histoires anciennes, des engrenages, la mécanique rouillée des passions en retard. L'effort illuminé d'en découdre avec ses vieilles leçons de voyages, les malles défaites un peu partout dans le coeur de gens admirables et réconfortants. Le coup de chaud... comme on dirait : de La poésie, le cinéma... un tas d'emmerdements à la fin.
LE COUP DE CHAUD / XVIII(PUBLICITÉ)
CHAPITRE 9
BLEU CHIOTTES
(où il doit être question de la couleur de l’uniforme, et du mal qu’on doit avoir à l’enfiler)

(SUITE / 1)


Tony guettait sa montre, affalé sur le canapé en skaï du salon-cuisine-salle-à-manger, qui servait aussi de chambre à coucher. Tony guettait l’heure sur fond de parasites d’origine lunaire accrochés à un écran bien arrondi dans les coins ; les premiers retransmis en direct sur la planète entière. Un programme de télévision en noir et blanc, à vingt-cinq milliards de dollars... décidé huit ans plus tôt par le président J. F. Kennedy pour faire la nique aux communistes sur leur propre terrain des dépenses publiques exagérées, celui d’un ostensible esprit de clocher livré avec. Le vieux truc de l’exhibition héroïque un peu bestiale des sociétés grégaires pour continuer d’en remontrer à son ennemi intime et se rassurer soi-même sur sa propre force intérieure. Le truc du type qui se la pète en public avec ses tours de passe-passe à dix balles pour épater les gogos. Le genre de magicien d’Oz qui se la raconte depuis le début avec sa grosse voix truquée en se cachant derrière un écran de fumée pour éviter d’être confondu trop tôt aux commandes de sa machine de foire. Un Dr Marvel et sa boule de cristal pour en refiler à Dorothy Gale dés le début de la version du film de 1939 réalisé par Victor Fleming pour la Metro... oui, imaginez la tête de la jeune Judy Garland sous contrat avec la Metro-Goldwyn-Mayer, obligée de suivre son chemin en briques jaunes dans une forêt de carton-pâte aux bras d’un homme de paille sans cervelle, d’un lion en toc et d’un homme de fer en papier d’alu pour retrouver la trace d’un David Coperfield de pacotille, un mage de cinoche avec son bouquet de plumes dans le cul et ses poches remplies. L’histoire d’une petite fermière du Kansas aux couettes bien nouées qui se prend un battant de fenêtre en pleine figure avant d’ouvrir une porte sur un jardin en technicolor™. L’histoire d’une toute jeune chanteuse américaine et sa robe à bretelles, subjuguée par la beauté des arcs-en-ciels et l’incroyable harmonie du décor en polystyrène expansé, les ornements merveilleux qui se cachent derrière les apparences grossières du monde libre et des bannières étoilées. Dorothy Gale et son petit panier d’osier attaché au bras pendant tout le film ; la méchante sorcière de l’Ouest qui veut lui piquer ses pompes plombées de rubis étincelants ; la gentille fée du Nord qui la protège (la belle Billie Burke...)
Oui, imaginez le travail, l’ouvrage astucieux d’un vieux sorcier libéral, occupé à peaufiner une paire d’idées de gauche pour tenter d’impressionner une jeune ingénue aux cheveux bien mis. Un aéronaute de cirque qui attend son heure avant de conclure sur son traité de la morale appliquée aux animaux en peluche. Un ensorceleur de première classe dans le genre de l’acteur embauché par la Fox pour jouer les capitaine Von Trapp, alias Christopher Plummer dans la Mélodie du bonheur face à Julie Andrews, alias Mary Poppins dans un autre film. Je ne sais pas si vous pouvez vous imaginez le tableau ?!...
Lorsque la porte d’entrée-vestibule-salon-cuisine-salle-à-manger, qui servait aussi de chambre à coucher, finit par s’ouvrir avec sa femme pendue aux bras d’un flic ; Tony ne bougea pas un cil. La friture hertzienne noir & blanc en forme de mission Apollo 11 - bip - tentait de restituer l’événement considérable de l’alunissage du LEM - bip - et des premiers pas de Buzz Aldrin - bip - sur la mer de la tranquillité juste après ceux de son coéquipier - bip - Neil Amstrong (les seules considérées comme traces officielles... de la plus déroutante des histoires qu’il fut un jour possible de raconter à l’humanité toute entière et sur toute la surface de la terre en même temps). Jules - bip - dans son lit-chambre-à-coucher-salon-vestibule-porte-d’entrée - bip - suivait aussi l’entreprise historique d’un vaisseau habité fabuleux, transporté dans les champs magnétiques et les radiations mortelles de l’espace infini. Ce 21 juillet 1969 aux alentours de 4 heures du matin heure française, Neil Amstrong et Buzz Aldrin marchaient sur la surface d’un tas de sable lunaire à une distance de presque 400 000 Km de la terre. Et non seulement ils marchaient, mais on les voyait marcher à la télévision.
That's one small step for man - bip - one giant leap for mankind. Un petit pas pour l’homme et (...) « Une grande claque dans ta gueule ! » répondit Tony du tac au tac, les pieds posés sur un pouf en plastique aux allures de sablier-engin-spatial bicolore orange et bleu.
- « T’étais passé où, putain ?!... »
Au Manned Spacecraft Center de Houston, Texas, Gene Krantz, le directeur de vol, alias Ed Harris (dans Apollo 13), plissa très légèrement les yeux sous sa coupe de cheveux en brosse et fit encore un geste automatique de la main pour lisser le gilet blanc qu’il portait spécialement pour l’occasion.Ce jour... de l’anniversaire... de leur rencontre.
Marie revit son flic quelques jours plus tard. Pour tout dire, elle en rencontra même plusieurs par la suite. D’abord pour remercier Poule et ses collègues de l’avoir tirée de son alunissage forcé en pleine nuit sur un rebord de trottoir de la rue Michelet... puis par goût pour la fonction publique, les questions d’ordre et de sécurité. L’uniforme la rassurait. Un habit bleu, Marie pensait que le costume leur allait bien, leur Browning 7,65 agrafé à la ceinture aussi.
C’est à cette époque précise que Tony commença de ressentir les premiers signes de ses problèmes gastriques. Les maux d’estomac de Tony répondaient aux migraines de Marie qui s’accordaient aux coliques de Jules. L’histoire d’amour de la famille Chaumont avait fini par foutre en l’air tout un processus naturel de régulation des transits sur lequel l’aspirineX industrielle n’eut rapidement plus aucun effet bénéfique.
Je ne sais plus si c’est Jules qui m’avait confié cette remarque sur la santé du couple ? Jules ou Marie elle-même. Ça n’avait d’ailleurs pas vraiment d’importance. Je pensais juste à cette notion selon laquelle les plantes portent en elles toute la complexité du vivant, et encore, disposent-elles aussi d’une véritable mémoire propre à son besoin d’adaptation au contraire de nos souvenirs coriaces qui nous empêchent d’avancer malgré la tempête, toute la merde collée sous nos pompes qui nous défend de courir trop vite en dehors des sentiers battus. Une mémoire... cette idée bizarre qu’une simple plante puisse se souvenir de quoi que ce soit des grands équilibres du monde et des histoires d’amour qui dérèglent les vents d’ouest. Une simple plante. Je décidais de feuilleter un petit herbier médicinal en m’arrêtant au chapitre du Saule, Salix alba. Un simple exercice pour essayer de mesurer ma propre capacité à me souvenir de tout, dans le détail, et de voir si ça changerait quelque chose d’une manière générale dans ce qu’il restait de notre atmosphère complètement détraqué. Un paragraphe concernait la salicine, le principe actif contenu dans le Saule pleureur mais aussi un peu plus tôt dans l’abécédaire forestier à la page du peuplier. J’avais lu, les jambes croisées, trois doigts contractés sur le front et d’un seul trait, que l’écorce du Saule contenait quelques 10% de Salicosides que le corps humain transformait facilement en acide Salicylique (de l’aspirine naturelle en quelque sorte, mais aux propriétés thérapeutiques bien plus étendues que dans son équivalent de synthèse). Un complexe antinévralgique et antispasmodique, un calmant nerveux, à la fois fébrifuge et tonique digestif... Une véritable pharmacie naturelle. Je pris encore quelques notes sur le caractère anesthésique de cette substance active d’origine hormonale ; la recette d’une décoction à raison de 30 g d’écorce par litre à faire bouillir, puis infuser une dizaine de minutes. Un sédatif génital, capable disait-on, de retenir l’ardeur des nymphomanes, de comprimer toutes formes de frénésie utérine maladive ; un remède parfaitement efficace contre l’hyperexcitation vénérienne... un analgésique susceptible d'endiguer la plupart des crises satyriasiques, (trois tasses par jour minimum)... toutes sortes de natures sexuelles insolites, d’industries obscènes et de comportements lubriques réprimés par la morale convenue. Une simple plante. J’étais très impressionné. Par tempérament, l’esprit d’une volonté de tout vouloir vérifier, j’entrepris par la suite une lecture assidue de certaines études menées en laboratoire rapportant les effets constatés sur le corps humain à partir d’une pratique de la phytothérapie ancestrale. En réalité, j’étais prêt à tout pour retrouver un semblant d’inspiration, cette sorte de flottement cérébral indispensable à toute construction d’esprit, un emplâtre d’idées en l’air fulgurantes. Je pensais à cette perturbation, ce dérèglement du principe d’apesanteur rapporté au mode d’expression d’un cœur estropié ; une aberration psychique accidentelle capable d’entraîner des effets pervers chroniques entre le jeu de l’intention et une multitude d’effets induits inespérés. Je vous livre là l’expérience comme elle vient, d’une tentative de perversion intellectuelle destinée à produire un changement de cap et quelques dommages collatéraux sur une échelle de valeurs d’échanges élémentaires entre vous et moi. Un vice de conformation très instructif pour appréhender de manière lucide les grandes mutations sociétales à venir et les changements climatiques annoncés.
De son côté, Vanessa continuait de buter sur la parabole d’un module géométrique applicable à l’idée d’une ligne suspendue entre son propre cœur livide et ses jeunes organes reproductifs inspirés. Une ligne... c’est-à-dire une courbe, l’idée d’une trajectoire à suivre comme le résultat d’une circonstance inaltérable, mais déviée, par essence... comme tout se déporte, comme tout dérive à force de contraintes répétées « Jamais personne ne suit la ligne droite, ni l’homme, ni l’amibe, ni la mouche ni la branche, ni rien du tout » dit Lacan. La ligne droite c’est le vide, le vide absolu, le vide complètement vide. Le vide comme méthode d’extraction définitive de toute signification des corps visibles et de l’invisible.
(À SUIVRE)
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