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09 - Grands bouleversements sociaux et économiques

Publié le 18 juillet 2009 par Collectif Des 12 Singes

Grands bouleversements sociaux et économiques
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Avant le grand dégel, les deux sexes opèrent en bonne harmonie : les hommes chassent, les femmes cueillent/collectent et s’occupent du reste.
L’organisation est celle de clans familiaux n’incluant pas la belle famille, mais la fratrie et ses enfants. Il s’agit de sociétés Egalitaires où l’exercice du pouvoir et l’accumulation de richesses sont des concepts inconnus (car contenus, empêchés par des pratiques de dons/contre-dons). Ces Peuples mènent une vie nomade car ils ont constamment besoin de trouver de la nourriture. Ils amassent peu de biens et leurs besoins matériels sont modestes et facilement satisfaits. Ils sont plutôt en bonne santé et ne connaissent pas les tensions sociales que nous associons à la vie « moderne ».

La femme a un rôle spirituel : art préhistorique avec les Vénus, culte envers la féminité (fertilité et fécondité, tant humaines qu’animales – chasse – et du milieu en général – collecte). Sur des supports d’art, la femme tient une corne (d’abondance), symbole lunaire : les cycles menstruels (règles) associent les femmes à la Lune et à son pouvoir.
Alors que les hommes organisent la société sur terre et que les femmes la cogèrent au jour le jour, la société est organisée dans le ciel par la Lune.
Les grandes expéditions de chasse sont organisées la nuit sous la lumière lunaire. Elles sont si cruciales au groupe que la Lune devient le guide et la source d’inspiration de l’humain.
La vie est réglée selon le cycle lunaire : la moitié de son cycle, la lumière permet de traquer et chasser les proies, l’autre moitié, plus sombre, les hommes peuvent se reposer et procréer avant la nouvelle Lune.

C’est alors qu’apparaît le changement climatique où la glace disparaît et avec elle les grands animaux qui assuraient la survie des chasseurs du Paléolithique depuis des centaines de milliers d’années. En quelques milliers d’années, l’humain doit s’adapter et subvenir à ses propres besoins par lui-même (production de ses propres aliments).
Les « mésolithiques », ayant déjà domestiqués certains animaux, se tournent définitivement vers le nouveau courant agricole amené par les colons extérieurs, mais déjà partiellement testé par eux-mêmes au cours des siècles précédents.
Cela entraîne des travaux pénibles et fatigants, avec un mode de vie moins stable qu’avant.
L’agriculture n’est pas enthousiasmante car elle est imposée par le besoin de survivre, alors que la chasse induisait un travail d’équipe, de la ruse et de l’expérience. Quand un animal était abattu, il y avait de quoi nourrir toute une famille pendant plusieurs jours.
Avec l’agriculture, la vie devenait aussi dur qu’un sol aride à labourer, aussi passionnante qu’une rangé de choux à planter et les navets à arracher ne provoquaient aucune montée d’adrénaline ni fierté (comparé à l’arrivée au camp avec une belle proie, de taille). On passe beaucoup de temps à améliorer sa terre et petit à petit le concept de propriété privée se développe. Ce facteur va changer les mentalités alors qu’avant on chassait ensemble sans notion de propriété territoriale (du moins au sein du clan).
En outre, de par l’agriculture et ses efforts physiques (en plus du changement alimentaire : la carie dentaire apparaît, constatée régulièrement à partir du début du Néolithique), ainsi que la proximité des animaux domestiques, l’humain est en moins bonne santé qu’avant.
L’espérance de vie décline au cours du Néolithique.

Dès l’arrivée des colons néolithiques, les humains travaillent pendant des semaines et des semaines pour préparer les sols, planter les graines, récolter les produits de la terre, les stocker puis les transformer. Cela représente au final la moitié de l’année en durs labeurs et donc la vie est moins excitante, plus ennuyeuse. Sans le prétexte des longues parties de chasse, les hommes sont obligés de rester à la ferme. Ils sont obligés de rester au même endroit, avec du temps libre pendant les périodes creuses. Mais les humains n’aimant pas l’inactivité, ils vont remplacer l’activité physique par la cérébrale. Ce temps libre a été investi dans des comportements sociaux de plus en plus sophistiqués.
Les changements psychologiques, idéologiques et religieux sont profonds. Il faut repenser en profondeur la conception du monde (cosmogonie et mythes fondateurs).
Les grands monuments néolithiques sont là pour rappeler le bon vieux temps des chasseurs où l’on craignait/vénérait la Lune.
C’est une commémoration d’un passé qui se meurt, pour ne pas l’oublier. C’est une marque de Respect envers le mode de vie ancestrale pour essayer de retrouver les anciennes croyances et rituels où l’on célébrait la Lune.
Mais à présent, c’est le soleil qui impose son rythme, son culte dans la vie et le travail des champs. C’est à ce moment là que les hommes accusent la Lune de leur nuire et d’être responsable de leur nouvelle vie. Ils transfèrent leur allégeance vers le soleil car à présent c’est lui qui les nourrit en faisant pousser les cultures.
Ils ont alors besoin d’un chef, d’un sorcier, en qui avoir confiance et qui les rassure, qui grâce à ses compétences et connaissances sur les cycles du soleil et de la Lune, peut les guider vers de bonnes récoltes et les rassurer pour une meilleure vie. Ces hommes ont mis en relation architecture, science et religion, prenant à témoin le grand mouvement céleste, saisissant l’instant de la mort pour exprimer, dans l’élaboration savante des mégalithes, leur révolte sociale et affective.

La sédentarisation, induite à la fois par les technologies économiques et par les limites géographiques, apportant des ressources alimentaires bien suffisantes, et une forte empreinte des terroirs, ont conduits à la constitution de sociétés puissantes dont on peut imaginer l’essor démographique rapide dans un contexte territorial fini.
Or, cette expansion n’a pu atteindre sa plénitude sans une hiérarchie réglant tous les problèmes d’intégration des autochtones en cours de néolithisation, de spécialisation des tâches et la coordination des diverses professions, aussi bien domestiques qu’intellectuelles, politiques ou religieuses.
La possession de bien territoriaux nécessitait de les contrôler : de cela s’ensuivit les notions de pouvoir puis de prestige. Fatalement, avec l’arrivée toujours croissante de nouveaux colons, les premières tensions entre chefferies apparaissent, les villages se fortifient et se regroupent autour d’un leader.
C’est dans ces contextes sociaux et économiques que naît, vers le milieu du -Vè millénaire, l’architecture appelée mégalithique. Elle est née du développement de brillantes sociétés, et est liée à une religion ostentatoire dans quelques foyers de haute spiritualité. Dans ses phases initiales, les divinités n’y étaient pas seulement protectrices d’un monde des morts souterrain et secret, mais accompagnaient et dirigeaient l’ensemble de la vie sociale !

La construction des monuments a démarré quand les premiers agriculteurs ont commencé à s’approprier des terres dans le Nord de l’Europe.
Vers -5 000, à Locmariaquer, le plus grand monolithe d’Europe est dressé, menhir de 21 m de long, de 300 tonnes en orthogneiss (forme de granit : il fut extrait à 10 ou 20 km et acheminé sur radeau à travers le golfe du Morbihan). Ça devait être un lieu important dans la cosmovision de ces Peuples.

Son édification remonterait à une période du Mésolithique final par un groupe de chasseurs-pasteurs-collecteurs. Devant l’avancées des néolithiques et de la mer (en raison de la fonte des glaces ; en Bretagne, le rivage a reculé de 150 km : vers -7 850, le littoral se trouve à moins 36 m, vers -6 500 il n’est plus qu’à moins de 20-25 m de son niveau actuel – c’est seulement alors que l’Angleterre se sépare du continent – ; certaines pierres mégalithiques ont leur base immergée, comme la pierre dressée de Léan-en-Tréffiagat, ou les piliers des tombes à Kerlouan et à Plouescat) les mésolithiques se sentent acculés et défendent ardemment leurs territoires, tant d’un point de vue plus ou moins guerrier contre les envahisseurs de l’Est, que de manière symbolique contre l’expansion de l’Océan à l’Ouest.
Les graphisme en U représentent les bucranes de bœufs sauvages (aurochs), les « crosses » sont des bâtons de jet (des propulseurs, pour la chasse), la « déesse en écusson » est un esprit (ou concept symbolique plutôt) de la Fécondité, liée à la terre mère nourricière (tant pour les proies et plantes sauvages pour les chasseurs-collecteurs, que pour les récoltes et pâturages pour les agriculteurs-éleveurs par la suite), le grand signe dit « hache charrue » ou araire est en fait un cachalot (signe peu courant, seulement une demi-douzaine d’exemplaires, spécifique des stèles et menhirs ornés).
Ce cachalot a été gravé sur d’autres monuments, en Galice, au nord du Portugal, jusque dans le sud de l’Espagne. Ainsi, cette représentation sur des dalles de réemploi dans les dolmens existe sur le littoral atlantique depuis le sud de l’Espagne jusqu’en Bretagne, confirmant des rapports certains entre toutes ces régions à une période ancienne de la néolithisation, dès la fin du -VIè ou le début du -Vè millénaire (soit entre -5 200 et -4 800).

Le Grand-Menhir de Locmariaquer était au centre d’un gigantesque et prestigieux sanctuaire de pierres taillées, ornées des symboles majeurs de la mythologie méso/néo-lithique, faisant face à l’Occident, au soleil couchant équinoxial.
Une file de calage témoigne d’un alignement mégalithique disparu, composé de 18 fosses empierrées, de taille décroissante et alignées sur plus de 55 m en direction du nord à partir de la base du Grand-Menhir. Elles correspondent à autant de calages de menhirs arrachés anciennement, dépeçage effectué à la fin du -Vè millénaire. De par les rapports entre ce monolithe géant, les menhirs qui lui étaient associés et les autres monuments du voisinage, le Grand-Menhir était ainsi un « guidon de mire » pour des observations astronomiques solaires et lunaires à grande distance.
Le soleil et la Lune ont souvent été associés aux deux sexes. La femme avec ses cycles menstruels mensuels a été associée à la Lune.
Avec l’agriculture, la puissance et la nécessité du soleil et donc de l’homme ne cessent de croître. Les mégalithes sont alors construits pour respecter la Lune, le côté féminin de la société, sans pour autant rejeter le soleil et la force masculine : les monuments sont là pour apaiser les conflits où le soleil (les hommes) prenait de plus en plus de place sur la Lune (les femmes). Le sexe mâle/femelle et le côté soleil/Lune s’alternent ainsi dans un anneau de pierres longues (phallus)/triangulaires (pubis féminin).
Afin d’assurer la cohésion d’une société tiraillée entre ses composantes mésolithiques pastorales et néolithiques agricoles, les sanctuaires de stèles ont été édifiés à la gloire des divinités et de leurs représentants mortels, très hauts dignitaires (ces grandes stèles décorées étaient en relation avec certains longs tumulus contenant un coffre), en mobilisant des énergies considérables.

Quelques siècles à peine après son érection, le monolithe a subi un tremblement de terre.
Cassé en deux, il fut débité (comme toutes les autres pierres constituant cet ensemble sacré) en trois blocs, gravé à nouveau pour y ajouter les symboles néolithiques en plus des représentations mésolithiques qui avaient toujours une signification (même différente) pour ces nouveaux peuples (tel le cachalot, devenant une hache-araire, ou l’aurochs sauvage devenant un simple bœuf domestique).
Le débitage a pu être motivé par le désir de sacralisation des grandes tombes, réceptacles imposants des restes mortels des grands personnages. Ces tombes sont devenues « royales », sacralisées par la mise en place d’un fragment de grande stèle sur la chambre, avec ces symboles d’un passé pas si lointain.
Le fait de les mettre dans les grandes tombes signifiait alors la victoire des grands personnages sur les derniers tenants de la tradition mésolithique. Les néolithiques récupèrent donc ces stèles et développèrent le concept de constructions mégalithiques déjà esquissé à la fin du Mésolithique : la guerre des économies et des traditions (prédation/pastoralisme local Vs production agricole importée de l’est) était finie, les agriculteurs avaient gagné ! Les grands sanctuaires pourraient alors être des sortes d’Arc de Triomphe, d’autant plus colossaux que les tensions avaient été fortes auparavant avec les derniers chasseurs-collecteurs. A présent, il fallait leur en mettre plein la vue pour leur montrer qui était définitivement les maîtres et prouver leur puissance par des constructions grandiloquentes qu’eux ne pouvaient que difficilement réaliser, étant donné leur petit nombre et le temps énorme qu’il leur avait fallu pour ériger les premiers prototypes, alors que les néolithiques, nombreux et très structurés avaient plus de facilités et sur des délais plus courts. Les mésolithiques étaient vaincus, ils ne pourraient plus lutter, les dieux les avaient délaissé (séisme détruisant le Grand-Menhir, source de fierté de ces Peuples) donc autant s’assimiler définitivement et tenter de se faire bien voir auprès de l’occupant en l’aidant à s’intégrer dans son nouvel environnement, connu de longue date par les locaux.


Au Néolithique moyen et final et au début du Chalcolithique, entre le IVè et le IIè millénaire, dans le golfe du Morbihan, de nombreux changements se sont produits : des menhirs sont renversés, les dalles recyclées, des sanctuaires fermés, des tumulus réaménagés ou condamnés.
Les exemples de réutilisation foisonnent, et l’art des tombes à couloir en Armorique est, en grande partie, l’aboutissement d’une vaste opération de récupération de pierres décorées, primitivement installées à l’air libre, sous forme de sanctuaires de stèles et de menhirs (chaque famille était propriétaire de ses menhirs, mémoires du clan, ordonnés selon la généalogie, et à ce titre symboles de la grandeur ou du déclin du groupe).
Le -IVè millénaire est en effet marqué par la formation de la culture chasséenne, ayant un caractère unificateur, qui impose son style aux trois courants précédents (le courant méditerranéen – céramique à décor cardial –, le courant danubien – céramique à décor linéaire –, et l’entité atlantique d’origine mésolithique). Il existe des relations avec l’Italie du Nord et la Suisse, montrant un phénomène de relative stabilité et de contacts culturels entre les différentes régions.
L’arrivée de cette culture est pour autant liée avec l’aménagement de certains enclos et camps à fossés et remparts (protection du troupeau et des habitants, centres économiques et religieux), mais aussi à l’invention de tombes mégalithiques à couloir, ainsi qu’à la fréquentation de pierres dressées. A la place des coffres (simples, de dimensions modestes) apparaissent des chambres sépulcrales faites de grosses pierres ouvertes vers l’extérieur et un couloir d’accès propres à des rites Collectifs. Ces trois critères – tumulus, rites funéraires Collectifs et grosses pierres – caractérisent l’architecture mégalithique.

Des dalles gravées ont été utilisées la face décorée placée à l’extérieur et donc invisible de l’intérieur des chambres (mais aussi de l’extérieur puisque le tumulus ou autre superstructure cachait ces représentations) : elles avaient perdu tout leur sens, voire on les méprisait. Pour autant, une stèle décorée des symboles traditionnels de l’art mégalithique armoricain (crosses, cornus, haches emmanchées et écusson) se retrouva aussi en morceaux dans le bourrage de fermeture du caveau de 4 m sur 3 m du tumulus de Mané-Er-Hroék à Locmariaquer (d’un âge au moins égal à celui de la stèle). La chambre funéraire dans ce gigantesque carin de 100 m sur 60 m pour 10 m de hauteur, contenait un mobilier exceptionnel, lié à l’importance du personnage qui y fut déposé : pendeloques en variscite verte, anneau-disque et plus d’une centaine de lames de haches en fibrolite (pierre dure mais se taillant et se polissant facilement contre un rocher) et en jadéite.

L’usage de plus en plus fréquent de larges dalles pour remplacer les pierres sèches entraîna le passage du plan circulaire au plan hexagonal, comme au Portugal. Le dolmen à chambre rectangulaire et couloir traduit une évolution vers un mégalithisme plus marqué, car il est formé de grandes et lourdes dalles, pour la chambre comme pour la couverture. Le culte des ancêtres l’a emporté sur le culte des idoles géantes !
On trouve le rite des « idoles brisées » (stèles préalablement gravées puis brisées) au Néolithique récent (vers -3 500) où une statue de déesse-mère fut débitée et réutilisée dans la chape de monument. Un rituel nouveau apparaît : la décoration et la sacralisation de dalles avant leur mise en place dans les sépultures.
Cette période voit se mettre en place de vastes ensembles culturels s’accompagnant d’un accroissement démographiques et d’un développement économique agricole et artisanal. Les villages aux maisons peu nombreuses et les nécropoles sont plutôt aménagés sur les hauteurs. Utilisé dans les champs, l’araire facilite une meilleure mise en valeur du sol en créant des sillons qui drainent les eaux de pluie. Des silos sont creusés pour conserver graines et légumes.
Le résultat en est la mise en place d’un système de valeurs largement admis, élaboré à partir de matériaux précieux (jadéite, ambre) et de métaux (cuivre, or, argent), ce qui entraîne une tension sociale qui explique le pourcentage important des armes (pointes de flèches, poignards) et la fortification fréquentes des habitats et autres sites.

L’île de Gavrinis occupe, au centre de la partie occidentale du golfe du Morbihan, une position-clé dans cette région où allait exploser le grand mégalithisme morbihannais des -Vè et -IVè millénaires. Quelques siècles à peine après l’achèvement de sa construction, ce monument exceptionnel allait être enfoui sous un tumulus secondaire qui allait contribuer à le faire oublier tout en le protégeant. L’incendie des structures en bois du parvis, qui précéda de peu la condamnation du monument, est daté entre -3 500 et -3 000. Gavrinis a donc été fonctionnel durant la première moitié du IVè millénaire (-4 000 / -3 500), sensiblement en même temps que la Table des Marchands. La couverture de la chambre est en orthogneiss, roche géologiquement inconnue localement mais qui constitue la matière d’une bonne vingtaine de blocs mégalithiques souvent énormes dans la presqu’île de Locmariaquer et alentour.
Il s’agissait en réalité non d’un tombeau, comme les autres dolmens à couloir, mais plutôt d’un lieu initiatique construit sur le même schéma architectural mais avec les adaptations nécessaires.
Les pierres sont disposées comme un long cheminement initiatique que des pèlerins ou des prêtres auraient emprunté lors de manifestations sacrées. Les piliers de l’entrée sont bruts ou simplement bouchardés (opération effectuée avec un rouleau qui présente des aspérités régulières et que l’on utilise pour le finissage d’une surface). Le décor commence avec un grand écusson-gigogne (couple des divinités mère-fille enchevêtrées) relativement simple, puis il devient rapidement complexe et sophistiqué, avec un paroxysme à mi-longueur du couloir, où l’on trouve notamment la panoplie d’armes (un arc et ses deux flèches entre deux lames de hache). Enfin, pour entrer dans la chambre à l’ambiance déroutante (le décor de cette salle minuscule reste relativement confus et négligé par rapport à celui du couloir), il convient d’enjamber (ou de piétiner ?) un seuil au décor hautement significatif de plusieurs écussons.
Chaque panneau est différent des autres et évoque une relation entre le monde terrestre et le cosmos. Pour autant, l’ouverture orientée vers le sud-est ne laisse qu’à peine entrevoir le ciel de l’intérieur.
On comprend donc mieux l’énergie déployée, à la fin du -IVè millénaire, pour condamner l’accès de cette crypte exceptionnelle, voire en faire oublier l’existence, dans la mesure où il s’agissait d’un lieu doté d’une charge symbolique bien particulière.

Au départ, la dalle de couverture gravée avec la hache de Gavrinis se dressait sous les étoiles, dans un cercle avec au milieu le Grand-Menhir. Un autre bloc (au départ, les deux blocs appartenaient à une même stèle) formera ensuite la couverture du dolmen de la Table des Marchands, à Locmariaquer, autre sanctuaire situé à quelques kilomètres de là.
Le passage des structures à l’air libre vers des allées couvertes reflète de grands changements dans la société néolithique, dans sa phase tardive. Peu de gens avaient accès à la nécropole et peu pouvaient même la voir, cachée dans un tertre allongé. Tout se passe devant, lieu de rituels où l’on vénérait les morts confinés dans un endroit discret.

Les premiers tumulus sont ainsi construits 300 ans après le début du néolithique, vers -4 700 (partie ouest de Barnenez, puis 400 ans plus tard pour la partie est). Les modestes coffres sont remplacés par une chambre dolménique caractérisée par des dimensions assez importantes (2 à 6 m et parfois plus). Elle est accessible par un couloir, depuis l’entrée aménagée sur la façade du tumulus. La tombe était donc fermée ou ouverte pour permettre de nouvelles inhumations, répondant ainsi à une fonction funéraire Collective.
Ils représentent une transformation radicale dans les pratiques religieuses : les signes, les symboles et les cérémonies qui se déroulaient autour des énormes pierres à l’air libre visibles de tous, sont déplacés vers des emplacements enfermés, dans des salles exiguës coupées du monde extérieur où l’on pénètre par des couloirs étroits, recouverts d’immenses monticules qui ne laissent rien apparaître. Seul un petit nombre d’élus avait le droit d’assister à ces cérémonies. C’est le signe de la montée d’un pouvoir religieux exercé par une élite de plus en plus restreinte.

En ce qui concerne les origines septentrionales du mégalithisme post-mésolithique, un groupe d’agriculteurs, émanant du courant danubien du bassin parisien (à céramique à décor linéaire), a atteint au début du -Vè millénaire la côte atlantique. Leurs maisons trapézoïdales allongées ont servi de modèle aux premiers tertres funéraires, maisons des morts à l’image de celles des vivants. Il s’agit d’un phénomène local, de l’ouest, étendu à toute cette grande région et adopté par différentes cultures très proches les unes des autres.
Dans la vaste région qui s’étend de la Seine à la Garonne, les coutumes funéraires des populations établies à partir de -4 700 sont multiples. Parmi elles, un tertre allongé recouvrait une sépulture en fosse pour un corps, limitée ou non par des pierres dressées formant un coffrage.
Sur la Loire moyenne et dans le haut Poitou, le groupe de Chambon dépose ses morts de manière plus ou moins Collective (un à huit adultes et enfants) dans des coffres en pierre (identiques dans le sud de la France, en Catalogne, en Suisse et dans le nord de l’Italie). Les crânes y étaient déposés intacts, mais les corps étaient en plus grand nombre. Au préalable, les cadavres étaient enterrés ailleurs, et, après décarnisation (disparition des chairs, effectuée par des oiseaux de proie– comme les vautours de Çatal Höyük), les os étaient transplantés dans cet ossuaire et rangés selon une disposition méthodique. Des « maisons des morts » en bois, construites près des dolmens, étaient complémentaires des monuments funéraires, dans un but cultuel et de recueillement.


Les gens sont esclaves de l’agriculture et ils gardent comme une déchirure le souvenir de la vie Collective où l’on vivait tranquillement de la chasse, en Liberté pendant des milliers de générations.
Le rôle des femmes a changé, la Lune n’a plus d’influence sur la vie et les actes des humains.
L’agriculture a besoin du soleil et sa nouvelle suprématie a donné de nouveaux pouvoirs aux hommes, alors que les femmes assument un rôle moins important.
Le soleil, homme-dieu qui doit être vénéré, est chaud et inconstant, on ne peut pas se fier à lui. Les récoltes peuvent être mauvaises et donc c’est les autres qui peuvent poser problème.
Les rivalités déclenchent des affrontements, les gens possédant des biens et des terres. Or, dès que l’on possède quelque chose, les autres les convoitent et même les volent. Les affrontements se changent en batailles puis en guerres.
Sous des auvents rocheux de l’Espagne méditerranéenne, des peintures font état d’une forme de guerre en cours de professionnalisation entre le -Vè et le -IIIè millénaire. Elles représentent des scènes d’affrontement entre deux camps constitués de 15 à 20 combattants. Il s’agit surtout de combats d’archers (qui ne sont pas seulement rituels – palliatif traditionnel à la vraie guerre entre tribus, qui désormais font semblant pour se rappeler qu’à présent ils sont en Paix –, puisqu’il y a des blessés et des morts).
Malgré quelques comportements individuels, une certaine organisation (un groupe est disposé en lignes successives de tireurs) apparaît puisque d’éventuels chefs se reconnaissent à leur coiffure ou à des insignes (le chef semble même être couvert par des combattants plus exposés). A la fin de la bataille, il existe des exécutions capitales : des pelotons d’archers foudroient de projectiles une victime ciblée. Dans l’hypogée de Roaix (Vaucluse, -IIIè millénaire), un niveau comprenait trente-cinq squelettes déposés ensemble, correspondant alors à la fonction d’ossuaire suite à un carnage guerrier. A la même époque, deux corps de la sépulture d’Auzau-les-Chateliers (Vendée) ont subi une mort violente, ce qui laisse penser à un sacrifice humain dans un contexte guerrier.
Ce climat d’insécurité a encouragé la Solidarité exprimée dans les caveaux Collectifs.

Comment rendre à un Peuple l’espoir en ce nouveau monde et que tout ira bien bientôt ?
Une élite de prêtres contrôle alors tous les monuments mégalithiques de la Bretagne Sud. Pour mobiliser les énergies Collectives nécessaires à la construction de mégalithes, il doit en effet exister une hiérarchie sociale et religieuse. Même si par ailleurs régnait une certaine Egalité entre les membres d’une population donnée habitant des maisons similaires, avec des modes de vie assez modestes, la mise en œuvre des tombes et des sanctuaires était le fait d’une élite qui maîtrisait le pouvoir politique, la diplomatie, les secrets des dieux (surtout l’astronomie) et la science. La trépanation assez fréquente des crânes humains (opération délicate car il faut limiter les saignements, particulièrement abondants au niveau de la tête, cautériser la plaie qui risque de s’infecter, en utilisant des draps imbibés de vinaigre pour éponger le sang et éviter la putréfaction) révèle un réel souci de connaissance de l’humain et de son environnement (et au-delà laisse entendre que les néolithiques appréhendaient déjà le rôle du cerveau dans le comportement humain, pratiquant après la mort des autopsies pour approfondir leur curiosité expérimentale et scientifique du fonctionnement du corps humain). Les néolithiques savent arracher des dents malades et à l’occasion trépaner avec succès (les rondelles crâniennes perforées étaient aménagées en pendeloques et portées autour du cou en collier). Cette curiosité se poursuit après la mort, comme en témoigne le traitement rituel des ossements humains et les nombreuses pratiques des rites secondaires pendant lesquels ces ossements, et en particulier le crâne, acquièrent le statut de relique. A ce titre, seuls quelques hommes organisaient les travaux Collectifs et présidaient au culte des ancêtres.
Grâce aux secrets des dieux, les prêtres ont ainsi constitué un immense observatoire solaire et lunaire d’une précision étonnante. Les architectures « fermées » comme les tombes mégalithiques, installées sur la crête ou le versant de collines, sont des points de convergence d’où part le grand axe de l’orientation du couloir d’accès rejoignant à l’horizon le point où apparaît le soleil, un jour remarquable de sa course. Car le paysage mégalithique n’est pas seulement terrestre : la topographie modulée fonctionne avec la lumière solaire, source de chaleur et de fertilité. Le mouvement régulier du soleil va de pair avec celui de la Lune, dont l’observation fournit d’autres points de repère sur l’horizon : des alignements permettent de prédire les phases complexes de la Lune. Ce sont des temples pour prouver que l’élite des rois-prêtres peut prédire les mouvements et phases du soleil et de la Lune. Cette démonstration est censée profiter à la société, et justifier le rôle prédominant de l’élite.
Quand un roi-prêtre est capable de le faire et y réussi, il peut rendre la vie de ses sujets beaucoup plus agréable, moins craintive. Et dans le même temps accroître son pouvoir.

Partout dans le monde, quand les agriculteurs commencent à s’approprier la terre, ils construisent des monuments, signes d’un énorme changement dans l’Histoire de l’Humanité.
Ces monuments n’ont rien à voir avec Stonehenge dans le sens où ils sont antérieurs et montrent les changements radicaux dans la société qui passe de chasseurs-pasteurs-collecteurs nomades à éleveurs-agriculteurs sédentaires, qui deviendront finalement propriétaires terriens, ce qui représente le tournant le plus significatif de l’Histoire humaine.
La construction des mégalithes est due à des idées plus fortes qu’auparavant, qui nécessite un effort physique intense et une patience illimitée. Les blocs sont taillés et martelés avec des outils eux-mêmes taillés dans la pierre, les joints se font au bois et au mortier, selon la technique du puzzle.
La compréhension des figures tridimensionnelles, la planification et les efforts n’ont rien de commun en Europe occidentale. Les prouesses techniques sont telles qu’elles pouvaient insuffler au Peuple un haut niveau de motivation pour se mobiliser en vue de tels travaux. En outre, quelqu’un devait avoir la vision du produit fini pour pouvoir gérer le chantier qui devait prendre un temps considérable.
Il faut une main d’œuvre dévouée, pour effectuer d’énormes efforts et supporter les contraintes d’un dur labeur : il faut donc une direction, une vision et une main d’œuvre disponible, comme pour les pyramides (même époque que Stonehenge).
Durant les saisons ou cycles agricoles où la main d’œuvre était disponible, la société était suffisamment complexe et visionnaire pour rassembler la population et ériger des monuments d’une telle ampleur.

Dans ce Néolithique ancien (1 000 ans avant Stonehenge), la société est régie par une éthique communautaire. On place les morts dans des tombeaux latéraux pour les femmes et les enfants, et au fond du tumulus pour les hommes adultes. C’est dans ces chambres funéraires qu’on les laissait se décomposer lentement (alors qu’auparavant les corps étaient préalablement décarnisés par des oiseaux de proie), en leur rendant visite durant tout le processus. C’est ainsi qu’on enterre Collectivement les morts durant le Néolithique, où les tombes à couloir sont un passage vers l’autre monde, peuplé par les esprits des ancêtres : ces rites permettent d’apporter toute la symbolique qui transforme le corps en relique et le défunt en ancêtre. La sépulture joue ainsi un double rôle : à l’intérieur, c’est un mémorial pour les défunts ; à l’extérieur, un lieu de culte devant lequel, génération après génération, les fidèles continuent, une fois le couloir de la tombe bouché, de vénérer le souvenir des ancêtres présents par leurs ossements devenus des reliques.
Ces monuments ont une lourde charge symbolique pour le Peuple, ainsi le chef ou les prêtres peuvent construire de grands monuments dans l’esprit de leur époque, alors que l’Europe en est encore au stade préhistorique.
Au Portugal, comme en Galice, la densité en monuments mégalithiques et parfois proprement stupéfiante. Des monuments décorés mais non à chambres à couloir remontent à -5 300.
Les rites funéraires étaient assez rigides dans leur contenu et reflétaient l’image d’une société sensible à la dimension mythique du passé, de la vie et de la mort, à travers sa propre image. L’humain est alors devenu acteur de son propre devenir et non plus un simple spectateur.

Les buts de ces constructions sont d’observer, de comprendre, de conceptualiser les mouvements du soleil et de la Lune, et expérimenter pour vérifier que leurs cycles se poursuivent en permanence (cela implique une grande exactitude, alors que certains mouvements sont de minuscules fluctuations qui se produisent sur plusieurs années).
Comme lors d’autres grands bouleversements sociaux, l’idée est ainsi de rassurer le Peuple que le nouveau système économique de production n’empêchera pas le monde de tourner !
Si on observe le lever et le coucher du soleil chaque jour, on s’aperçoit qu’il se décale sur l’horizon selon un rythme quotidien. Du solstice d’hiver à celui d’été, le soleil va dans une direction, puis il marque une pause et repart dans le sens inverse : il se trouve à son point le plus méridional (le plus bas dans le ciel) au solstice d’hiver (jour le plus court), puis se déplace un peu plus chaque jour vers le Nord jusqu’à atteindre le solstice d’été avec son point le plus boréal (le plus haut dans le ciel). Du point de vue de l’observateur, le solstice est le moment où l’année change elle aussi de direction. Quand la distance qui sépare sa position boréale de sa position australe est la plus grande, on parle de la station maximum. En somme, le soleil se déplace d’une position maximum au Nord en été, avec une déclinaison de +23°5, correspondant à -23°5 au Sud en hiver.
Les positions de la Lune à son lever et à son coucher suivent un rythme similaire, sauf que le déplacement vers le Nord et le Sud se fait à un rythme mensuel, le temps qu’elle met pour faire le tour de la Terre, dans un mouvement exactement inverse à celui du soleil. L’équivalent du solstice d’été s’appelle Lune ascendante, et du solstice d’hiver Lune descendante.
Mais un autre cycle se surimpose à ce rythme mensuel de la Lune. L’orbite de la Lune est soumise à des fluctuations cycliques d’une période de 18,6 années. Son mouvement relatif est plus compliqué que celui du soleil, car il comporte deux maxima au nord et au sud : dans ce cycle de 18 années 220 jours, la Lune varie de sorte que ses déclinaisons nord et sud varient de 29° à 19° pour revenir à 29°. Il y a ainsi deux extrêmes, 29° et 19°, nord et sud. Ce mouvement pendulaire relatif est composé par les effets combinés de l’inclinaison et de la précession de l’orbite (et ce n’est pas un phénomène facile à préciser en quelques mots).
En bref, la Lune a deux positions extrêmes contre une pour le soleil. A certains moments de l’année (et donc de manière plus fréquente que le soleil), la Lune se lève aux extrémités boréales et australes de l’horizon, et pour l’observateur, c’est un moment spectaculaire. Dans l’Antiquité on calculait précisément les mouvements du soleil et de la Lune car ils avaient une grande importance symbolique et religieuse.

Dans cette dualité soleil-Lune, Gavrinis abrite des lignes serpentiformes, des zigzags, des spirales, des rayons et des cercles concentriques (comme plus tard en Irlande).
La majorité des gravures sont placées dans l’obscurité, à l’intérieur du monument. Par contre, le couloir d’accès à la chambre funéraire est parfaitement aligné sur la position du lever de la Lune à sa position la plus australe, ce qui éclaire les fresques.
Sur le point de rencontre de l’axe de l’alignement de la chambre et de la ligne du lever du soleil au solstice d’hiver, se situe au plafond une grosse dalle insérée dans la paroi. Une pierre cachée dans la chambre funéraire reprend les mêmes symboles qu’en Irlande (elle a peut-être été transporté de là-bas jusqu’à Gavrinis, ou plus sûrement la Bretagne a inspiré l’Irlande).

Justement, à Newgrange, sept siècles avant les pyramides, fut construit le plus ancien observatoire solaire vers -3 000, longtemps après que Gavrinis fut abandonné. Sa disproportion entre l’architecture fonctionnelle interne et sa monumentalité externe montre en outre le but de sa conception : impressionner la communauté.
Il existe d’étroites relations entre l’humain et les astres, induites autant par les nécessité de l’activité agricole que par le respect envers ce dieu puissant mais étrange. Rien de surprenant alors si les monuments sont construits selon des directions astronomiques privilégiées, et précisément le cas de Newgrange est exemplaire puisque le lever du soleil au solstice d’hiver s’effectue exactement dans l’axe du couloir, le pinceau lumineux pénétrant jusqu’au fond de la chambre par une boîte construite au-dessus de la porte.
Au solstice d’hiver, la lumière se réfléchit contre une pierre mais qui ne porte pas de symboles (ils sont sur le côté, dans des zones sombres où le soleil n’accède pas).
Les endroits les plus sombres sont les chambres latérales. L’une est située à l’Ouest avec une grosse dalle de pierre qui portait des restes incinérés. Sur la pierre qui forme le fond de la chambre on voit les symboles spiralés (dessins à l’origine de l’art celtique – triskèles, trois spirales conjointes – qui apparaîtra 2 000 ans plus tard). Cette chambre est alignée avec celle qui donne sur l’Est, à l’endroit où se couche la Lune sur l’horizon tous les 18,6 ans.
Une lucarne sert à faire entrer le soleil, mais qui éclaire au couchant du solstice d’été le renfoncement à gauche de la chambre mais pas le fond.
Par contre, lorsque la Lune atteint une certaine position par rapport à une montagne dans le fond du paysage, la lucarne laisse entrer la lumière de la Lune qui éclaire le fond de la chambre mortuaire (là où se trouve la spirale-triskèle, symboles de la course astrale, autant de la Lune que du soleil), encore une fois lors de la position australe de l’astre, toutes les 18,6 années.
Le site était recouvert de quartz, ce qui demandait d’énormes efforts pour ramener la pierre blanche des lieux d’extraction en remontant la rivière en bateau. La blancheur étincelante de cette pierre devait simuler la lumière de la Lune.

A Knowth, l’évocation fréquente des astres, représentés dans leur parcours céleste, impressionne. L’interprétation de ces compositions s’éclaire quelque peu lorsqu’un véritable cadran solaire révèle la division du temps et l’omniprésence du soleil.
Le couloir est étroit et sombre, assez angoissant, avec une progression difficile. Arrivé au bout, le couloir s’ouvre brusquement sur une large salle voûtée avec un puit au plafond, où l’on sent que l’on est dans un espace très différent de celui qu’on a laissé à l’extérieur. C’est un autre monde.
Des ouvertures existent, à travers lesquelles le soleil pénètre dans la tombe lorsque pointe l’aurore au milieu de l’hiver.
Un triskèle, dans la dernière cellule faisant face au couloir, orienté vers le mort, est éclairé par la lumière matinale du soleil au solstice d’hiver : la lumière solaire est reflétée sur l’arrière de la cellule et illumine ces spirales.
Ainsi, une fois par an, la salle funéraire située en profondeur, est illuminée par les rayons du soleil levant au solstice d’hiver. Une grosse pierre réfléchie les rayons du soleil vers une lucarne qui les renvois vers les profondeurs du tumulus.
A côté du grand tumulus (on pose les couloirs et la chambre funéraire, puis on les recouvre de pierres posées les unes sur les autres, enfin on recouvre le tout de terre et de pierre), on trouve seize petites tombes, où l’on a enterré des gens sur 2 000 ans.
Les reliefs abstraits paraissent dessiner les reliefs visibles de la Lune, ils seraient donc les premières cartes lunaire.
Ils auraient également servi à définir les cycles du soleil et de la Lune (formes en vagues ou spirales).

Un autre exemple de cette évolution des mentalités (même si plus tardif et inspiré par de nouveaux arrivants, des Indo-Européens) en est le disque en bronze de Nebra où le soleil partage la vedette avec la Lune : c’est la plus ancienne représentation de la voûte céleste découverte à ce jour (enfouie vers -1 600, mais sûrement fabriqué plus tôt). Au début, le disque en bronze est décoré de 32 points, d’un croissant de Lune et d’un cercle en or représentant la pleine Lune. Une concentration de 7 points montre les Pléiades, constellation à laquelle les néolithiques accordaient une extrême importance. Deux de leurs dispositions indiquaient deux jours importants dans l’année agricole : le 10 mars et le 17 octobre. Ils marquent le moment le plus tôt possible pour les semences et le plus tard possible pour les récoltes.
Dans une seconde phase, deux arcs d’horizon ont été appliqués sur les bords gauche et droit. Ils dessinent les points du lever et du coucher du soleil, définissant alors un calendrier solaire qui permettait de définir le solstice d’hiver le 21 décembre et d’été le 21 juin.
Dans une troisième phase, une barque solaire est ajoutée. Ce symbole mythologique est une image connue de l’âge du bronze, indiquant le voyage du soleil dans le ciel.
Il existe également des chapeaux pointus et dorés à l’or fin, retrouvés en Allemagne, en France et en Suisse. Il s’agit de chapeaux de sorcier portés par des prêtres ou des sages, pas que comme costume d’apparat, mais à but utile aussi.
Ce sont des calendriers cryptés, servant à calculer les années et les saisons. Et plus important encore, les cycles complets de la Lune : 1 739 symboles du soleil et de la Lune, indiquent les phases quotidiennes de la Lune au cours d’un cycle complet de 19 ans. C’est ce qu’on appelle le cycle métonymique (tour complet de la Lune, 18,6 ans), calculé par le Grec Méton vers -432, soit 500 ans après la fabrication des cônes.
Les personnes qui avaient ces connaissances devaient être des rois-prêtres et tenaient ces enseignements d’une longue tradition.
C’était les maîtres du temps, qui avaient le savoir et donc le pouvoir de définir le temps.
Ils avaient la capacité de prévoir, de maîtriser et de régler les cycles de la vie et de la nature dès le début de l’âge du bronze (et même bien avant).


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