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Les marques [le prix de la consolation…].

Publié le 12 août 2009 par Philippe Braye
299ème article de ce blog



Les marques [le prix de la consolation…].
[Villemot pour Orangina]


Avant, si tu voulais manger un bon couscous, tu retournais chez ta mère ou chez celle de ton pote et si tu avais de la chance, tu tombais sur le bon plat et le bon jour. Les autres menus, c'était variable, en fonction des saisons et des prix du marché du dimanche. Tu achetais ton pain chez Desreumeaux dont le fils était dans la classe de ta fille et choisissais ta viande chez Henri qui était copain avec pépé.

Après, Monsieur Ducros s'est mis à se décarcasser avec William Saurin et la mère Garbit pour tout fabriquer dans de très grandes usines qui ne sentent pas très bon mais produisent pour moins cher tous ces plats que des journées de travail bien remplies ne te permettent plus de cuisiner. Tu bosses toi-même durant plus de huit heures à concevoir d'autres produits pour d'autres gens pressés.

L'industrialisation avait commencé pour toi.

Après, Mesdemoiselles Carrefour, Auchan et E.Leclerc [qui ont depuis lors perdu leur pucelage] sont allées dans les rayons mousqueter contre la vie plus chère. Pour une raison assez étrange, la quantité de travail que tu leurs fournissais selon ta partie du contrat, n'avait plus la même valeur d'échange. Alors même que ta capacité à produire avait cru au delà de toutes les glorieuses espérances. Il te fallait, de plus en plus souvent, choisir entre la poire et le fromage, entre le superflu et l'accessoire, entre Procter et Gamble.

Elles ont trouvé à leur disposition des fabricants pour qui la simple présence dans les rayons des grandes surfaces, fusse-t-elle sous couvert de l'identité propre du commerçant, représentait la possibilité de ne pas fermer l'usine et de continuer à employer leurs employés. Il suffisait de modifier légèrement la recette du produit leader du marché pour la proposer aux clients à un prix légèrement inférieur. Un peu plus d'eau dans la sauce, un peu moins de farce dans les ravioles, une plus grande part de semoule dans le coucous pour augmenter le rapport de rentabilité.
Bien que devenus beaucoup moins coûteux à sa mise en boite, il est à peine moins cher à la sortie des caisses et permet ainsi un meilleur rendement.

Ta valeur travail a tellement continué de faiblir que tu as fini par ne plus manger que cela, encore et encore. Tu en viens à rêver de produits de marques. Herta est devenu un luxe. Une simple pâte de préparation industrielle te semble avoir acquis des lettres de noblesses tant les copies qu'on t'en propose s'éloignent de toute référence gustative existante. S'offrir un véritable camembert Président, un authentique yaourt Danone, déguster un jambon Madrange sont devenus des gestes de raffinement.

Mais une question me taraude soudain : si tu parlais pour ceux-là de «produits industriel», comment convient-il d'appeler aujourd'hui, les sous-produits qui en découlent ?


Nota bene : aucune des marques citées n'a été blessée pendant le tournage de cet article.

Les marques [le prix de la consolation…].
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