Magazine Journal intime

Trois femmes

Publié le 14 août 2009 par Anaïs Valente

Afghanistan.  Elle a connu la liberté.  D'écouter de la musique.  De regarder des vidéos.  De bouger.  De sortir.  D'avoir les cheveux au vent.  De regarder les cerfs-volants.  D'aller à l'école.  De travailler.  Malgré les guerres, elle ressentait la liberté.  Puis les talibans ont débarqué et ont tout changé.  Plus aucun droit.  Plus le droit d'étudier.  Ni d'avoir un chien.  Ni un oiseau.  Interdiction de sortir.  De se montrer.  De porter des chaussures blanches.  Et tant d'autres choses encore.  Absurdes.  Inexplicables.  Monstrueuses.  Interdiction d'être une femme, presque...  Alors elle a lutté.  Pour maintenir l'enseignement.  Pour survivre.  Puis elle a parlé.  Elle a fui.  Enfin, elle a écrit.

Yémen.  Elle pensait partir en vacances.  Découvrir ses racines.  Ses origines.  Son pays gorgé de soleil.  En compagnie de sa petite soeur.  Elle ignorait tout du piège qui se préparait.  Son géniteur (peut-on appeler cela un père ?), les avait vendues, toutes deux, à 14 et 16 ans.  Vendues.  Enfermées.  Mariées de force.  Violées.  Vouées à un esclavage de plus en plus immonde.  Kidnappées et pourtant considérées comme des putes blanches.  Elle a lutté, durant des années.  Prévenu sa mère, mois après mois, de ce qu'elles vivaient, dans des courriers qui n'arrivaient jamais.  Jusqu'à ce jour où, enfin...  après huit longues années d'enfer, la liberté.  Pour elle.  Pas pour elles. Elle a dû laisser sa soeur, ses neveux et nièces, son fils.  Sa petite soeur si fragile.  Toujours prisonnière, près de trente ans plus tard.  Que reste-t-il, actuellement, de cette soeur bousillée par un pays hostile ?  Elle, elle a fui.  Puis elle a écrit.

Cisjordanie.  Elle croyait qu'il allait l'épouser.  Il avait déjà fait sa demande.  Elle croyait l'aimer.  Elle l'aimait peut-être, d'ailleurs.  Alors elle a transgressé les règles et lui a offert son corps.  Sa virginité.  Sacrilège ultime.  Honneur familial bafoué.  La sentence était inéluctable : la mort.  Pétrole.  Allumette.  Torche humaine.  Enceinte de sept mois.  Tout ça pour sauver ce fameux honneur.  Mais elle a survécu.  Un miracle.  Sa "famille" l'a crue morte.  Elle a fui.  Avec l'aide d'une association.  En Europe.  A guéri tant bien que mal.  Et s'est reconstruite, malgré les horreurs vécues.  Elle a eu deux filles, un fils, né de ce "crime" commis là-bas.  Elle se doit de rester anonyme, car sa vie est toujours menacée, l'honneur n'est pas sauf si on la sait en vie.  Puis elle a écrit. 

Trois livres dévorés en l'espace de quelques jours.  D'affilée.  Passionnément.  Trois destins hors du commun et pourtant si communs.  Trois chances de réaliser à quel point je suis bien née, dans ma petite Gelbique, où la femme a tous les droits.  Les mêmes que les hommes.  Même si son salaire est moindre.  Même si elle fait plus souvent le ménage.  Même si certains hommes qui n'en sont pas la prennent pour un punching ball. 

Pour ces trois femmes, un destin commun : l'esclavage.  Dans des pays où la femme n'est rien.  Moins qu'un animal.  Sans valeur.  Sans pouvoir.  Interdite de vie sociale.  Interdite de voyage sans autorisation.  Interdite de sortir de chez elle, tout simplement.  Elle n'est.  Rien.  Un déchet.  Dont on se débarrasse lorsqu'il n'est plus utile.  Ou s'il est incapable de donner des fils.  Ou s'il a mal agi en osant dénuder un centimètre carré de peau.  En osant regarder un homme.  En osant lever la tête.  En osant exister.  Un déchet auquel on fait subir les pires tortures : le travail harassant jour après jour après jour après jour, des grossesses à répétition, parfois jusqu'à ce que mort s'ensuive, des douleurs physiques et morales, l'excision.  Une vie qui n'en est pas une.

Trois femmes qui s'en sont sorties.

Mais pour combien qui subissent encore tout ça, en 2009 ?

J'ai lu ces livres à la suite l'un de l'autre.

Le premier m'a déçue par son avalanche de faits historiques et politiques, trop complexes pour mon petit cerveau.  Mais il m'a aidée à comprendre le changement intervenu en Afghanistan depuis les talibans.

Le second m'a scotchée, estomaquée et fait réaliser à quel point le sort des femmes au Yémen (mais dans tellement d'autres pays également) est inimaginable pour les femmes comme moi, jouissant d'une liberté totale.  L'enfer sur terre existe.  Et il a été créé plus pour les femmes que pour les hommes, semble-t-il.

Le troisième m'a arraché des larmes.  Je l'ai lu en une soirée.  Impossible d'arrêter.  Autre pays, même sort peu enviable pour les femmes.  Pire encore.  La mort rode partout.  La peur est présente, bien avant le drame déjà.  Une menace permanente.  Une sensation d'être en sursis permanent. 

Après ces trois lectures, me voilà en état de choc.

Et la question du jour est la suivante : qu'est-ce qui justifie que la femme soit considérée comme inférieure à l'homme dans une si grande partie de la planète ?  Qu'elle doive obéir, subir les pires choses, les pires violences, en ayant juste le droit de se taire, sous peine de représailles pouvant aller jusqu'à la mort ?  En vertu de quoi ?  De quelle loi ?  De quelle règle religieuse ?  De quoi ??????

visagevole

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