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Elle n’était même pas de mon genre…-Torrents d’amour

Publié le 08 septembre 2009 par Amaurywat

1proust3people.jpgA Vernon, j’ai revu la maison près de l’école du centre où vivait la fille de mes rêves quand j’étais au collège et en primaire. Je ne connaissais que son prénom, je n’osais qu’à peine lui parler. Elle avait les yeux mauves, les cheveux presque roux, blonds vénitiens et était toujours habillée d’une manière féminine avec cependant une touche surannée, de la dentelle efflorescente. C’était le genre de filles que l’on respecte instinctivement, aucune mauvaise pensée ne pouvait m’assaillir en face d’elle. Sa maison était couverte de lierre, il y avait dans le jardin des arbres tordus, on aurait très bien pu s’imaginer dans le jardin de Blandine, Bonne-Biche et Beau-Minon ou de la Belle au Bois-Dormant. Il y avait peut-être réellement des animaux parlants en plein centre-ville, après tout la Vouivre de Marcel Aymé se promène en tailleur sur les grands boulevards sans que personne n’y trouve à redire, mais aussi un bureaucrate qui traverse les murs. Elle avait une voix douce, calme et paisible. Pour moi c’était la femme de ma vie, à l’âge que j’avais, les sentiments c’est plus sérieux qu’on ne le dit.

Très longtemps, j’ai cherché son fantôme, j’ai cherché à la retrouver dans les autres femmes, son regard chez l’une, son allure chez l’autre, sa douceur, sa voix. Et j’étais toujours insatisfait bien entendu. Quand je suis tombé amoureux de la fille aux yeux gris qui ressemblait à Anna Karina, j’ai cru réaliser mon rêve mais elle n’était même pas de mon genre, je voyais chez elle des qualités qu’elle n’avait pas, de la beauté qu’elle refusait. Comme toujours c’est un détail trivial qui fait que l’on comprend cette évidence qui frappe tant Swann quand il n’aime plus Odette, mais finit malgré tout par l’épouser : elle aimait se lever à deux heures de l’après-midi, paresser au lit le plus longtemps possible le dimanche, perdant sa journée noyée sous les couvertures, regardant la télévision dominicale et son cortège d’émissions ou lénifiantes ou creuses. Cela m’a frappé, j’ai horreur de ça, je préfère sortir, voir le monde, la nature, la ville, quelle que soit la saison. La princesse de contes de fées s’est avérée être finalement une femme comme les autres, la fille aux yeux gris avait des goûts très communs. Elle aimait se faire bronzer au club méditerranée, se faire prendre au photo avec des dauphins en aquarium avant de se presser au buffet (à volonté) en face de la plage. Tout cela n’est plus vraiment romantique et manque de passion littéraire, rien que la vie en somme.

getimageasset.aspx?id=un+amour+de+swann_511x500.jpg&template=aub-production-detail&type=aubRegardant la maison couverte de lierre derrière les grilles, j’ai voulu retrouver son image, rien n’avait changé, c’est comme si le temps s’était arrêté, j’ai pensé qu’elle allait venir ouvrir la porte, qu’elle aurait le même regard, et n’aurait guère changé, juste quelques rides de sourire aux coins des yeux. Une jeune mère avec son enfant m’observait de la maison adjacente, un pavillon moderne ressemblant à la villa fonctionnelle de « Mon Oncle ». Me sentant confus, troublé, je suis parti. Qu’allais-je donc imaginer ? Elle était sans doute comme cette camarade de classe qui faisait des ravages dans le cœur des élèves du collège et à quarante ans passées était devenue une sorte de marchande de quatre saisons comme on les imagine, les bras énormes et le sourire commercial, variant selon les achats effectués.

à suivre...

photos : extraites du film "le temps retrouvé"

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