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Sylduria chapitre XIV

Publié le 15 octobre 2009 par Lilianof

Chapitre XIV
Julien

Julien était toujours amoureux de Lynda, et la manière humiliante avec laquelle elle l’avait éconduit n’avait rien changé à ses sentiments. Pendant que ces tragiques incidents se déroulaient à la suite impériale, il pénétrait d’un pas décidé dans l’hôtel Georges V et s’élevait par l’ascenseur jusqu’au septième palier où Elvire, dans sa précipitation, manqua de le jeter à terre et s’engouffra dans les escaliers.

Était-ce vraiment le bon moment ?

Julien regarde la fille descendre avec la rapidité des chutes du Niagara.

« Qu’est-ce qui lui prend à celle-là ? »

Il se tient devant la porte, hésite puis frappe timidement. Pas de réponse. Il frappe un peu plus fort.

« Lynda, ouvre-moi, c’est Julien. »

Il entend crier la voix de celle qu’il aime :

« C’est pas vrai ! Non mais c’est pas vrai ! Mais qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu ? Qu’est-ce que tu veux ?

– Je t’aime, Lynda.

– Je commence à le savoir. Décampe tout de suite.

– Ouvre-moi, Lynda. Je t’en supplie.

– Je croyais avoir été assez claire. Tu me déguenilles. Ôte-toi de mon palier. »

Julien commence à tambouriner la lourde porte de chêne.

« Je suis à genou devant ta porte. Je vais ameuter tout l’hôtel, je vais faire un scandale.

– Ça m’étonnerait. Je t’aurai assommé avant.

– Laisse-moi entrer.

– Moi si je sors, ce ne sera pas pour rien.

– Je vais me jeter dans la Seine.

– Ne fais surtout pas ça, tu pourrais effrayer les poissons.

– Bon, puisque c’est comme ça, adieu.

– C’est ça : adieu, et au plaisir de ne plus jamais te revoir ».

Le cœur rempli d’une profonde tristesse, Julien tourne les talons et appelle l’ascenseur. Derrière lui, des gonds se mettent à grincer. Lynda s’est décidée à lui ouvrir.

« Euh ! Julien ! Attends ! Ne t’en vas pas ! Viens ! »

Prenant Julien par la main, elle l’entraîne dans le salon et l’invite à s’asseoir. Le jeune homme essaie en vain de comprendre ce brusque revirement.

« Tu as eu un éclair de pitié ?

– Peut-être. »

Un silence gêné suivit cette réplique. Julien regardait la jeune fille avec béatitude. Il avait remarqué quelque contrariété sur son visage, mais elle était belle, vraiment très belle. Comme il l’aimait ! »

« J’ai croisé ta copine Elvire, » dit-il enfin, « elle détallait comme si elle avait vu le diable.

– Elle l’a vu dans toute sa fureur.

– C’est donc toi le diable ?

– C’est moi. Est-ce que cela t’étonne ?

– Non.

– Pardonne-moi, mon petit Julien si j’ai été méchante à ton égard, » dit-elle en prenant ses mains avec tendresse. « J’ai le tempérament assez vif et j’ai des soucis en ce moment.

– Des soucis, ma petite Lynda d’amour. Si je peux t’aider en quoi que ce soit, dis-le-moi.

– Des soucis c’est un euphémisme. C’est la catastrophe, le Titanic, le tsunami, l’attentat du onze septembre.

– Pauvre petite Lynda ! Raconte-moi tout.

– Tu ne lis pas les journaux ?

– Si, ça dépend.

– Regarde ! » dit-elle en lui tendant un journal pris au hasard sur la table basse.

– « Le fiasco Lalabrigido »

Pauvre chérie ! Cela remet en question ta carrière cinématographique, n’est-ce pas ?

– Je suis grillée et même carbonisée. C’est l’inquisition !

– Pauvre chérie !

– Et ce n’est pas tout. J’ai investi ma Porsche et 400 000 euros dans ce film.

– Pauvre chérie !

– Et ce n’est rien encore.

– Pauvre chérie !

– Ce génie de la finance dont je t’avais parlé : Stef. Eh bien ! c’était un escroc. Il s’est taillé à Tahiti avec mon blé. Je suis toute nue comme un crapaud.

– Pauvre chérie !

– Et Elvire Saccuti, cette petite roulure ! Que ne l’ai-je étranglée de mes propres mains !

– Pauvre chérie ! Mais il te reste bien quelques amis. Et l’homme de ta vie ? Ce fameux journaliste.

– Cyril ? Ah celui-là ! Il m’a bien possédée ! J’aime tant casser les autres par plaisir, maintenant je sais ce que c’est qu’être cassée. Il a brisé mon pauvre petit cœur, comme une coquille d’œuf.

– Pauvre ch... Ah ! Je comprends pourquoi tu t’es attendrie si brusquement. Tu as tout perdu. Plus d’argent, plus d’amis, plus d’amoureux. Alors, faute de mieux, on se replie sur le Julien, avec son bonnet d’âne et sa figure d’orang-outang. Je suis la sixième roue de secours. Désolée ma jolie, mais tu viens de me guérir instantanément de ma fièvre amoureuse. Je vais devoir te laisser. Je n’aurai pas de peine à trouver une fille mieux faite que toi.

– Non ! Julien, mon petit Julien. Ne t’en vas pas.

– Te voilà à genoux, à présent, toi l’orgueilleuse ! Tu m’as assez piétiné quand j’étais vautré devant toi.

– Ne me laisse pas tomber.

– Tu me fais pitié. Je ne t’aime plus, mais je veux bien t’aider. Relève-toi. Ce n’est pas une attitude pour une princesse, et tu vas salir ta robe de chez Dior. »

Julien la prend par le bras pour l’aider à se relever, il lui laisse le temps d’essuyer ses larmes.

« Voilà. C’est mieux. Je suppose que tu vas devoir trouver du travail. Et je ne te vois pas caissière à « Auchan ». Remarque : il y a des caissières qui sont devenues ministres. J’ai quelque chose à te proposer. Ce n’est pas grassement payé, mais cela te permettrait de faire face aux besoins
de la vie.

– Je t’écoute.

– Je m’occupe de la gestion des ressources humaines dans une maison d’édition, à Saint-Michel. Nous avons un projet sur Homère, mais j’ai beaucoup de peine à recruter une équipe de traducteurs. Tu m’as bien dit que tu avais étudié le grec ? Je t’embauche.

– Hélas ! Je n’en ai jamais compris la différence entre le nominatif et le vocatif. Et j’ai manqué de défenestrer le professeur.

– Quel tempérament ! Bon, il faudra trouver une autre solution. Je vais devoir aller travailler, maintenant. Allez, prend courage. Au revoir, petite Lynda.

– Au revoir, Julien.

– Au fait, tu ne connais pas quelqu’un qui voudrait acheter une moto ? Une Harley-Davidson ?

– Je vais me renseigner. »

Julien et Lynda se séparèrent sur le palier, après avoir échangé un baiser amical. La porte se referma. Lynda se retrouva seule, toute seule dans cette suite opulente qui n’était déjà plus chez elle. Elle s’assit sur le canapé, la tête serrée dans ses mains. Elle méditait sur cette maudite journée. Puis elle se leva, alla chercher le « Provocateur Républicain » et le défroissa soigneusement. Elle trouva les petites annonces :

« Paris XVIII, chambre meublée, huitième étage sans ascenseur. W.C. sur palier, neuf mètres carrés. 450 euros, charges non incluses. »

« Les requins !… » murmura-t-elle. « Les requins… »

Elle laissa le journal tomber à ses pieds. Puis elle se mit à sangloter.

Elle pleura une bonne partie de la journée, puis se leva, avala deux cachets d’aspirine et commença à rassembler ses affaires.

Copyright 2009 Lilianof


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