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Etre et paraître

Publié le 06 novembre 2009 par Araucaria

Les Journées Européennes du Patrimoine 2009

Du 19 septembre au 23 octobre 2009

Droits réservés

téléchargez : Journées Européennes du Patrimoine 2009 : le programme
Cette année, à l'occasion des Journées Européennes du Patrimoine, la Ville organise une exposition temporaire sur le thème des vêtements des 18e et 19e siècles :
"Être & paraître : 150 ans de mode vestimentaire à Bastia (1760-1910)"
Cette exposition rassemble des vêtements rares et précieux (dont pas moins de 4 robes authentiques du 18e siècle).
Elle se tiendra au Palais des Gouverneurs génois, dans les nouvelles salles d'expositions temporaires.
Cette exposition restera ouverte un mois, l'entrée est gratuite.
Un catalogue de 200 pages sera disponible en librairie, à partir du 21 septembre et un site internet est dédié à cette exposition :
http://www.bastia-150ansdemode.fr/

14/09/2009
Voilà je voulais vous parler de cette exposition qui m'aura permis de franchir les portes du musée de Bastia, installé dans la Citadelle et plus précisément au Palais des Gouverneurs. L'endroit était fermé depuis de longues années pour cause de travaux. Le chantier touche à sa fin, et ce lieu historique sera définitivement accessible au premier trimestre 2010.
J'adore les promenades dans le passé, j'ai voulu marcher sur les traces des élégantes bastiaises qui ont peuplé la cité de 1760 à 1910.
La plus ancienne robe exposée datait justement de 1760. Robe à la française en soie, avec pièce d'estomac et plis Watteau dans le dos. On retrouve tout cela dans les tableaux de Fragonard, Boucher, Watteau... Présentation aussi de robes à l'anglaise, sensiblement différentes, mais toujours réalisées en tissus luxueux, et datant elles aussi du 18ème siècle.
Robes à tournure de la seconde moitié du 19ème siècle. Beaucoup de visiteurs s'interrogeaient. Qu'est-ce qu'ils appellent "tournure"? La tournure était un rembourrage qui était glissé sous la robe pour donner du volume, un petit coussin accroché à la taille par des liens, et que l'on connait mieux sous le nom de "faux-cul" ou "cul de Paris". La robe à vrai dire n'avait rien d'une robe, ce serait plutôt un ensemble, un tailleur, constitué de trois pièces distinctes : une jupe ample et longue, un dessus de jupe agrafé à la première jupe et lui donnant plus de volume à l'arrière, pour augmenter encore l'effet du faux-cul, et un corsage baleiné à manches de différentes formes (gigot, pagode) et boutonné très haut pour se protéger de l'attaque du soleil. Il ne faut pas oublier qu'à cette époque, la peau blanche était un critère de beauté. Les dames se protégeaient aussi par des ombrelles assorties à la tenue vestimentaire, et elles portaient un chapeau (par souci de protection mais aussi parce qu'une femme en cheveux ne pouvait être assimilable qu'à une femme de mauvaise vie). Il était inconcevable dans les temps anciens de sortir non chapeauté.
Je me suis penchée sur ces costumes avec intérêt, car si j'ai vu souvent des sous-vêtements des siècles passés, j'ai rarement approché des vêtements, ou portés par des mannequins  je ne savais rien de leur complexité. Sur leurs dessous et corsets, nos ancêtres portaient donc des chemisiers étriqués et baleinés. Les robes en soie, en velours, en brocart étaient surchargées de dentelles et passementeries très lourdes, si lourdes que l'on hésiterait sans doute à notre époque à en décorer nos double-rideaux... Pas de pressings, pas de machines à laver, des tissus luxueux et fragiles, je me demande comment cela était entretenu. Et puis en y regardant de plus près, je comprends mieux pourquoi nos ancêtres aisés avaient besoin d'un personnel pour s'habiller. Je ne sais si la toilette par elle-même prenait beaucoup de temps, mais l'enfilage des vêtements devait être particulièrement long et compliqué. J'ai remarqué pour ces robes des couleurs superbes, très vives parfois.
A noter la présence d'une robe de mariée. Le tour de taille mesurait 45 cms, ce qui correspond à notre époque à celui d'un enfant de 7ans.
Très belles robes crinolines aussi, superbes tissages ou beaux imprimés, toujours le même choix de matières luxueuses. La mode voulait que ces robes soient agrémentées de grands châles en dentelle noire de Chantilly...
Et puis, je me suis tournée vers les rares vêtements d'homme. Un habit de cérémonie en drap de laine rouge, richement brodé (à la main naturellement) de rameaux d'oliviers dans un camaïeu de verts. Même les boutons étaient recouverts de broderies... Une robe d'avocat et une tenue de magistrat aussi, pas très différentes de celles que nous connaissons, mais ces hommes de justice au 19ème siècle portaient une traîne!
Quelques accessoires, éventails, ombrelles, chapeaux... Un couvre-chef, justement ayant appartenu à une comtesse bastiaise, petite merveille décorée de grappes de raisin dont les grains sont en verre soufflé et les feuilles en soie gaufrée au fer.
Ces vêtements étaient achetés sur le continent et livrés très soigneusement depuis Paris, Marseille ou autres grandes villes dans des caisses véhiculées par Chemin de fer et bateaux à voiles ou premiers vapeurs...
Beau voyage dans le temps car les pièces vestimentaires exposées étaient en parfait état de conservation.
L'exposition se poursuivait par l'affichage de portraits. Bien sûr, pour la plupart, ces hommes et femmes étaient les notables de la ville, aristocrates ou grands bourgeois de l'époque (qui avait les moyens de se payer les services d'un peintre ou d'un photographe?). Mais Bastia possédait aussi quelques photographes progressistes ou avant-gardistes qui photographiaient des scènes de rue, des façades, des commerces... J'ai noté donc la grande élégance et le maintien guindé des femmes (étouffées comme elles l'étaient par leurs corsets et vêtements baleinés, elles ne pouvaient que se tenir que comme des piquets), mais ai aussi constaté qu'elles paraissaient bien plus vieilles que leur âge civil...
Beaucoup de visages anonymes parmi ces portraits, j'ai regretté...Sur un panneau, à un moment donné, un nom connu. 1911 : un frère et sa soeur posent pour le photographe. Eugène est très élégant dans son complet, il est aussi coiffé d'un canotier et porte une canne. Elise est assise à sa droite, tout de blanc vêtue, même les chaussures décorées de gros noeuds... Sur sa tête est posée une immense capeline sombre. Cette jeune femme est belle, racée, distinguée, et avant-gardiste aussi, j'ai entendu dire en ce qui la concerne qu'elle était très excentrique... Je ne sais si c'est exact... mais à la pointe de la mode, sans aucun doute, elle arborait l'un des tout premiers sac à main! Cet accessoire, n'existait pas jusqu'alors, les dames possédant des poches cachées dans les épaisseurs de leurs vêtements.
Ces 150 années de vie bastiaise, je les ai parcourues en l'espace de trois heures, émue de pouvoir mettre des visages sur des noms, et imaginant facilement ce que pouvait être la vie à Bastia tout au long du boulevard Paoli ou sur la place Saint-Nicolas, haut lieu de promenade de tous les élégants de la cité.


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