Magazine Journal intime

La roue tourne

Publié le 02 décembre 2009 par Orangemekanik

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Tout le monde croit que j’ai quitté mon ex mari parce qu’il m’a placée en HP. Alors que pas du tout. Moi-même je croyais que les psys c’était ma dernière chance.J’allais pas lui en en vouloir de croire que les médecins étaient là pour me sauver la vie. En revanche, c’est bel et bien parce que je sortais d’HP que personne ne m’a crue. Cette année là. Quand je disais que c’était pas moi. Pas moi qui m’étais acharnée sur le petit corps sans défense de mon fils. Le jour où je l’avais récupéré le dos couvert d’hématomes. Et qu’on avait voulu me l’enlever.

J’ai toujours su que c’était lui : le mari de la nounou agréée par la DASS. Des parents modèles. Et aimants. La trentaine. Un enfant. Le deuxième en route. C’était le genre irréprochable. Au dessus de tous les soupçons. Face à ce couple sans encombre, je n’avais que ma parole. De folle. Ma conscience. Ma bonne foie. Mais entre lui qui niait, elle qui mentait pour protéger son doux époux, je ne faisais pas le poids.

J’étais rentrée plus tôt. Ce jour là. Elle disait qu’elle l’avait pas changé. Qu’elle en avait pour une minute. J’ai dit que je le ferai. Quand j’ai vu les marques, je suis devenue hystérique. C’est à ce moment là que mon mari est rentré.

Ils ont dit qu’il était tombé. Tombé dans l’escaliers. En jouant. Le médecin a dit non. Impossible. Il a reçu des coups. Il était tenu d’alerter les services sociaux. Nous, de porter plainte. Contre ou “avec soupçons sur la personne de ce fils de pute”, si on n’était pas sûre. Moi je l’étais. Je savais que c’était lui.

Pour moi les flics, c’était pour les balances. Les lâches. Les dégonflés. On allait pas attendre l’avis d’un juge pour savoir si on devait lui régler son compte. A ce bâtard. Moi, non. Mon mari… si. Mon instinct de mère et de vengeance n’avait d’égal que sa passivité. Sa lâcheté. C’était le genre à suivre la procédure. Une procédure qui s’était retournée contre moi.

L’enquête sociale avait vite révéler au grand jour mon passé psychiatrique. Pour la police, la DASS, la PMI*, ca ne faisait pas de mystère. Fraîchement sortie d’HP, psychotropée à fond, automutilatrice, fugueuse, j’étais la coupable idéale toute trouvée. Pour eux c’était forcément moi… Moi qui avait commis l’innommable. Seul mon mari disait qu’il voulait bien me croire, mais… le fameux mais qui change toujours tout. Et moi, je voulais pas que Monsieur veuille bien me croire. Je voulais qu’il me croit. Tout court. Qu’il sache. Pertinemment. Que ce n’était pas moi qui m’étais acharnée sur le corps meurtri de notre bébé. Que ça ne fasse pas l’ombre d’un doute Pas l’ombre d’un soupçon. D’autant qu’il était bien placé pour savoir, ce connard, que du haut de mes 45Kg je tapais que sur des bonhommes. A la limite, des femmes. Mais de même corpulence que moi. Que jamais je toucherais un animal. Ni un enfant. Oui mais… Le fameux mais, donc. “Dans le doute abstiens toi”. Comme dit le proverbe. Mon mari avait fini par retirer la plainte.

C’est là que j’ai compris. Compris que j’étais mariée à un  parfait inconnu. Compris que je ne l’aimais plus. Que j’étais en danger avec lui. Et que je suis partie. Vers d’autres horizons. Des horizons sans rien derrière. A part la mer. La Méditerranée. Que je regardais. Depuis la rue. Où j’habitais. Le coeur lourd des soupçons qui pesaient sur mon intégrité. Puisque c’est seulement quatre ans plus tard, quand il a eu six ans, que mon fils a tout déballé. Révéler toute la vérité. Celle que j’avais toujours clamée : mon innocence. La culpabilité du mari de la nourrice. Qui n’avait jamais été inquiété. Quant à lui. Pas même par le mien. Devenu ex depuis. Et qui lui resserrait la main à chaque rentrée scolaire.

Chercher l’erreur !

Je m’étais toujours dit qu’un jour, j’aurai sa peau. Que la roue tournerait pour cet enfoiré qui s’en était sorti en toute impunité.  Pendant que ma vie avait basculé une fois de plus dans l’irréalité. Et même si j’avais pas fait que d’y penser, pendant toutes ces années, y’avait jamais eu prescription dans ma tête. J’avais jamais pu oublié le petit corps de mon fils mutilé. La chaire de ma chaire qu’il avait lacérée. Je savais que le jour où je le croiserai, ce serait pas pour lui serrer la pince. Ou lui faire un joli sourire de courtoisie.

C’est seulement dix ans plus tard que ce jour là est arrivé. Quand je l’ai vu sortir de chez Ed, mon sang n’a fait qu’un tour. Avec Tony et sa petite bande, on l’a suivi. Jusqu’à la ruelle. En face du tribunal. Tous les flics étaient mobilisés dans le centre ville, vers la mairie. La voie était donc libre. Tout est allé très vite. C’est Ramzi qu’a cogné le premier. Un petit de vingt ans. Il lui a tapoté sur l’épaule. L’autre s’est retourné. Ramzi a dit :

« Alors Monsieur, il parait que tu tapes des plus petits que toi ? »

L’autre n’avait même pas eu le temps de comprendre qu’une première patate lui avait déjà décalé le nez. Dans un premier temps. J’oublierai jamais le bruit que ça a fait. Surtout quand, dans un deuxième temps, sous l’impulsion d’une deuxième mandale qui était arrivée sans prévenir, ça le lui avait complètement écrasé. Complètemnt aplati. Le groin. Alors qu’un troisième coup allait lui descendre l’œil presqu’instantanément au niveau de la joue, lui ouvrant par la même l’arcade sourcilière. A cause de la grosse chevalière de Ramzi.  Qui s’était blessé lui aussi. C’est donc June qu’avait pris le relais. Et qui, d’une quatrième droite, lui avait cassé une ou des dents. Je ne sais plus. J’ai pas eu le temps de compter. Et pis y’avait trop de sang. C’est à la cinquième patate que notre homme avait vu 36 chandelles. Vacillé. Et que Ramzi l’avait relevé et lui avait demandé “comment ça faisait d’être tapé par un plus petit que soi, cette fois”, avant de le terminé. Quand je l’ai vu la gueule explosée dans le caniveau, j’ai juste espéré qu’il ait eu le temps de me remettre. Avec l’œil qui lui restait. De me reconnaître. Dix ans après. Et pis on est allé chez Flunch. Manger des moules à volonté. Avec Tony. Et toute la bande.

Je sais que ça se fait pas de faire justice soi même. Mais la justice de la république, celle des hommes civilisés, c’est justement elle qui m’avait poussée à l’extrême. Tout ce consensus. Sordide. Cette mascarade d’hypocrisie et de mauvaise foie qui s’étaient abattue sur moi. L’enquête sociale. Qui ne faisait que son travail. Mais insinuait le pire. Avec son ton inquisiteur. Faussement compatissant. Son air tellement supérieur, tellement incrédule face aux accusations irraisonnées et infondées que j’osais formuler à l’encontre de la personne du mari de la nounou agréée par la DASS. Cet homme si exemplaire.  Si respectable. Forcément bien sous tous rapports. Mais qui étais-je, moi, sous influences neuroleptiques, pour remettre encause un système qui avait fait ses preuves? Pfff !… Et cette façon toute particulière de te parler. La tête penchée. Qui dodeline. Pour savoir si t’as bien tout compris ce qu’elle te dit la dame. Les questions indécentes. Les regards suspicieux. Douteux. Le témoignage des gens. Qu’osent pas te le dire. Mais qu’en pensent pas moins. Chacun qui y va de sa petite histoire. Sa petite anecdote.  Sur Caro la barjo qui pète régulièrement les plombs. Toute cette soit disant non violence mise en place pour exalter la tienne. Parce qu’ils attendent que ça. Te pousser dans tes retranchements. Avec leur sang froid. De cadavre. Leur self contrôle de gens tout bien civilisés. Pendant que la haine t’envahit comme une sensation intense de nectar brulant dans tes veines. Mêlée de peine et d’impuissance. D’injustice. Et de déception. Pendant que ton cerveau se dit que t’as plus rien à perdre. Pour prouver ton intégrité. La violence. Parce que t’as plus que ça. Et qu’ils l’ont provoquée. En vain. Tes débordements d’émotions ne feront que conforter tes détracteurs dans leur idée première. J’avais donc fini par me rendre. A l’évidence. Que Dieu c’était vraiment pas les gens. Et par partir. Loin de ce simulacre de mariage. Pour le plus grand bonheur de mon ex belle mère qui m’avait toujours dit que son chérubin d’amour serait plus longtemps son fils, que mon mari. Et qui se délectait toujours de me voir me débattre contre des moulins à vent. En l’occurrence, je me voyais mal rester la femme du couard qu’elle avait élevé. Ce fils à papa doublé du fils de la pute qu’était cette vieille peau aigrie qui avait l’âge d’être sa grand-mère. Et qui pendant quatre ans, avait fait semblant de m’adorer. Pendant que j’avais fais mine de la croire. Car ses sourires de charogne et sa voix mielleuse ne trompaient personne. Surtout quand elle me disait aussi “qu’un homme, sur son lit de mort, c’était pas sa femme qu’il appelait. C’était sa mère”. Car ma belle mère avait le sens de la formule. La formule magique de sorcière. Pour sa plus grande joie, j’avais donc renoncé à ce fils qu’elle prenait pour un homme là où moi je ne voyais qu’une lopette. “Un gars qui servirait de meuf en prison”, comme disent mes jeunes.Sans vouloir offenser les femmes. Ni les pédés. Enfin les gays. C’est vrai. Faut pas dire “pédé”. Ca fait homophobe !… Pourtant, on n’est jamais trop-aidé à ce qui parait ? Ca marche aussi avec gays. T’as remarqué : on n’est jamais trop gai. Bref… Ils disent aussi que la roue tourne, mes jeunes. Toujours. Et pour tout le monde.Qu’un jour ou l’autre, faut assumer. Assumer que tu peux pas avoir été un traitre, un lâche, ou une grosse ordure. Sans jamais le payer. Y’a juste des fois, faut lui mettre un petit moteur. Pour qu’elle tourne plus vite. Comme ils ajoutent toujours. C’est mignon. Tu trouves pas ? 

Là où il n’y a le choix qu’entre lâcheté et violence, je conseillerai la violence - Gandhi

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