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Pastèque - Une impasse par Axel C.

Publié le 06 janvier 2010 par Fric Frac Club
Pastèque - Une impasse par Axel C. Ce n'est qu'une bande d'ennuyés, mental bedonnant, indolents en survêtement ou pulls oubliés qui se réunissent, en catimini du choix, où est-il ?, habitude dite comme rituel et ven-due comme famille, d'après une origine fantasmatique commune et des idées jamais encore formulées, inexistantes, donc, ou peureuses, ou implicites, ce qui revient au même. Quand les raisons indiquent qu'une partie de cartes ou des résolutions combinées d'enquêtes publiques, quand il faut de l'officiel, du dehors donc, ça se passe dans une cuisine du quartier, tous les jours (enfin, non, bimensuellement avec régularité douteuse, disons) à peu près jusqu'à quatre ou six heures, quand Monsieur Li vient leur dire qu'il vaudrait mieux dégager (c'est l'heu', pa'tez, vous faites fui' clients, quelque chose dans ce genre, les r—accompagnés de quelques éléments de syntaxe et de reste—plus doués qu'Houdini pour s'évanouir d'endroits où leur présence était requise, supposée plus que requise, conséquence de règles assez rudes pour que ce genre de fuite soit monstrueuse, même si Janvier estime que cet accent, sans être forcé, est une posture plus qu'une incapacité de monsieur Li à parler sans passer pour un CHINOIS !, exotisme rassurant le curieux sur l'intégrité culinaire et/ou ironie à couches multiples, pour répondre à l'ironie intégrée de la situation ou comme mode de vie). Leurs réunions, donc, comme préparations de frondes minimalistes, d'agression féline, imposture adultères, rem-bourrages illicites des idéaux, brutalité vibrante, coupures ouvragées, délitables bravades et rien de plus qu'un apprenti pompier dans son premier jour ne saurait résoudre en moins d'une quinzaine de minutes ; à peu près aussi menaçants, ambivalents et perturbants qu'un drapeau islandais, ils n'en sont pas moins motivés à distiller puis répandre une version du mal que doctes bienveillants verront comme vaccin, que d'autres naïfs, gais comme des pinsons (ou des coiffeurs (ou des vampires)), applaudissent comme terrain de jeu et réussite de l'application ; menacent avant de trouver les leviers nécessaires et dans l'ensemble ne cherchent qu'à mesurer au plus précis la notion de culpabilité.
Ils se sont réunis autour de Janvier par proximité géographique plus qu'autre chose, malgré évidemment quelques implications que le sol amène au niveau social, notamment ; il n'a d'ailleurs jamais cherché l'acoquinage [à] d'autres groupes aux motifs similaires ou l'expansion. C'est amusant et efficace ainsi, prouve son expérience, et puis ce système de bons de réduction sur les putes est quand même très pratique.
Elle n'a jamais vraiment cherché à comprendre ce qui se passait chez lui. Après tout, hein. Des quatre qu'elle voit souvent entrer ou sortir elle ne sait pas lequel c'est, aucun ne se dégage spécialement comme d'ici, tous le même air suspicieux de celui qui, au fond, dans une soupe cosmique, ne trame rien du tout mais est incapable de montrer qu'il ne fait rien en bordure du licite, forçant une complexité diffuse. Ce lundi elle a reçu une lettre. Certes ça ressemble plus à une erreur, même bien adressée, polie et nommée en sandwich, “madame Pas-èque” et tout, qu'à une invitation, mais le geste est là, elle n'a plus qu'à suivre si le goût vient pointer. Elle préfère se voir comme un choix—viens donc voir le roi ; ta seule chance—, même résultante défigurée de circonstances (soi-disant : le destin, ces choses), contre-éliminée parmi des nombres, que comme courtoisie retardataire ou comme recommandation : un lien bien trop proche existerait déjà entre les deux, ami ou espion, et pourrait, saura, compromettre la suite. Enfin. Ceci pour avoir un regard.
A vrai dire, madame Pastèque n'a jamais rien demandé d'autre que de la simplicité ; rompant son oreiller elle ne rêve de rien d'autre que d'éviter de se réveillée collée à sa bave, ce depuis sa décadence. Pour autant elle ne refuse jamais une rencontre qui s'amorce comme volontairement curieuse, réceptive, se dit-elle. Plus honnêtement tout ceci est un sucre.
Quand elle sonne en accord aux instructions elle a oublié les possibilités d'imposture et de moqueries, au pire sa géographie de l'immeuble sera plus équilibrée, tête à fixer sur le nom d'une boîte aux lettres, trophée pour anambiteux ; quand monsieur Daijoubu ouvre etc., ses inhibitions finissent par faire domino. Mi-présenté mi-volé elle observe l'univers. Lui est plaisant, Janvier il s'appelle, dit qu'il s'appelle, barbu fourni, doux et maladroit, a un peu de mal, en fait trop, pudique, enrobé d'une écharpe probablement tricotée par quelqu'un qui voulait aller au bout de la pelote. Sachant qu'elle ne l'écoute pas il reste vigilant, songe vaguement à lui bouffer le chou-fleur.
Rouge et or, en valeur dans son coin, sans électrique, le sapin perce le plafond ; entre les deux fenêtres un miroir sans cadre, usé ; des thèses d'astrophysique et de grammaire, pointues, punaisées aux murs, organisées pour faire sentir qu'ici, plus qu'ailleurs, la science est sous-domaine de la conquête ; elle n'a pas remarqué qu'un couple, bien plus jeune, est entré, trinque déjà autour de l'aquarium ; un chat, qui après question est associé au nom Octave Giorno Calebasse, le second, empaillé en position assise, la tête tournée vers sa droite, fonctionnel comme moitié de serre-livres au sommet d'une bibliothèque aux critères de rangement—ou de classification—intimes—ou élaborés, même chose ; des boîtes de chocolats et de biscuits qu'il serait assez facile de lier à la période ; la nouvelle femme porte un masque de pirate et nargue un poisson, elle a une cicatrice, de césarienne disons, qui remonte plus haut que son décolleté ; un châle au sol, pour un autre animal, sûrement ; un cartable mauve, preuve d'une petite fille transparente, aux gestes fluides et pouvant s'interrompre pour ne déboucher sur rien, observant les mœurs qu'elle finira par admettre ou les ligatures de son environnement, bloquée au-dessus de son bol liquide, sans focale, ses bras fins en statue digérée, concentrée sur des points et des légendes en marche qu'elle seule voit, une pudeur qui n'aurait pas ce nom, absent car indu, et elle repart dans la même direction en inscrivant l'intervalle au sein du futur, avant de partir à l'école et de jouer sur le trajet, chaussettes sales, fascinée par les périgées des commensaux volants (i.e. des pigeons mal déterminés), ennuyeuse, une chose que des adultes, dépités, verront comme moment miracle et phare incandescent, pépite de pureté à stocker contre les manigances disponibles, muse en laisse, qui n'est pour elle que sa normalité la plus passive, belle uniquement pour les autres ; le nouvel homme porte une chemise noire et sifflote le thème du Flic de Beverly Hills ; une odeur de cannelle cuisine ; sur le portemanteau de l'entrée, maintenant trois vestes de velours, bleu aurore délavée—c'est pourtant la veste d'intérieur. Comme celle de ses, leurs, compagnons absents, elle est marquée
REAL
ITY
OVER
TRUTH
dans une police qui lui rappelle celle du Space Moutain français.
— ça vous étonne ?
— oui et non… mon mari en a une marquée “¡la vasectomia !”—sans accent, ma mère en avait une “surfing like Moses”, elle a toujours été un peu… accablante… mon premier fils en a une blanche avec “KENSUKE OFFICE”, mon frère aîné une—
Daijoubu s'impatiente. Le couple, cessant son isaac&miriaage;, s'approche pour admirer la fissure ou enfin donner des informations.
— madame Pastèque ?
— oui ?
— je suppose que vous avez envie d'en savoir plus. Voici monsieur Chocapic et madame, euh, Parangon. Oui, oui, enchantée, etc.
Monsieur Chocapic ressemble à une caricature d'italien. Madame à quelqu'un qui re-grette de l'avoir amené avec elle à chaque fois qu'il est là. Une sorte de mécène qu'on préfère-rait ne jamais entrevoir parce qu'au moins ses motifs sont trop cons. Avec sa très-robuste et attrayante finesse, il est notamment connu pour avoir salarié, deux semaines durant, six putes se relayant pour l'accompagner à distance, chacune portant une pancarte “convoi exceptionnel”. Il se prétend amateur de haute littérature, et, jusqu'à preuve du contraire, l'est, mais ses propos ressemblent plus à une version livresque d'une Tourette couplée à l'ingurgitation passée d'un ou deux dictionnaires appropriés qu'à autre chose. On ne va quand même pas lui de-mander de préparer des sandwiches ou de s'amuser avec sa bite pendant que les deux autres cherchent les pépins. Il part s'installer devant la télé, à regarder un truc aux enjeux dramatiques où les seules alternatives de chacun sont perfection et sanité.
— madame Pastèque… vous sentez plutôt la myrtille
— pauvre type !
— Daijoubu
— désolé. Bref, avez-vous compris de quoi il retourne ?
— je crois
— avez-vous envie ?
— probablement pour de sales raisons, mais oui
Comme si tout était réglé, ils passent à l'étape de la découverte. Les informations se condensent en solfège stérile, données comme bibelots indécents, à faire ployer l'intérêt. Petit à petit elle croit faire se diriger la conversation sur d'éventuelles directives qu'elle devra suivre pour s'intégrer. Elle a toujours été très douée pour les compliments sans flatteries. Valorisation normale et s'en sert pour tester les directions sans comprendre que l'entreprise de sabotage est déjà autour d'elle. On lui raconte que ses instructions arriveront par courrier et lui fait miroiter quelque chose dès sa sortie de l'appartement.
Un autre homme arrive, petit-pieds et déjà calvitiant.
— sur une coupure ? du gruyère râpé, je pense
On l'abandonne dans un coin. Daijoubu, Parangon et le dernier s'arrange des cocktails et papotent à renforts de gestes. Elle les observe à travers l'aquarium et s'arrange un petit théâtre aux interfaces douteuses, imaginant les répliques, amplifiant les gestes pour les déco-der, jusqu'à se convaincre que ce qu'elle leur fait dire correspond forcément, dans le fond au moins, à ce qui se déroule. Plus juste même, car intégrant les mélanges qui troublent la réception habituelle. Elle pourrait partir avant qu'ils ne viennent exposer les débris de leur conversation, mais est trop polie. Pas de remous. Ses yeux passent à un Poecilia sphenops (écoute, j'en sais rien), qui les conduit vers le cartable mauve, ramené dans les parties inconnues de l'appartement par une gamine suspicieuse, qui la fixe. Sourire timide d'un côté, front plissé de l'autre. L'enfant se barre, pastèque rejoint le poisson puis les autres puis le conciliabule, conti-nuant le dialogue, jamais interrompu ; les gestes reviennent autour de calculs qui ne trouveront jamais leur dernier terme. Le dernier est particulièrement éloquent. Chocapic s'approche et parle de son pénis. Sacrés melons, Pastèque, il la déculotterait bien pour lui observer la pêche, lui grignoter la fraise. Salade de fruits et tout. Il préfère souvent la démarche au résultat. C'est moins difficile quand on est comme lui.
— pauvre type !
Personne ne bouge.
Dehors la neige forme des sous-vêtements aux statues et les nuages lui sourient.

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