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J'ai tant aimé Noël...

Publié le 07 janvier 2010 par Tazounette


crèche
Je suis une grande nostalgique de Noël. Non pas que je mette des mois à m’en remettre, loin de là. Pas plus tôt les cadeaux découverts, j’ai ce pincement au cœur qui me prend, me serre et semble me murmurer que voilà, c’est fini jusqu’à l’année prochaine ! J’aime les tas de cadeaux au pied du sapin, j’aime la magie des papiers tous différents, des formes qui questionnent. J’aime la générosité que ces tas sous-entendent. Mais je n’aime pas le moment de les ouvrir. Comme si la magie contenue juste avant, s’envolait en même temps que le tas de papiers déchirés et de rubans arrachés, grandit.

Pourtant cette magie que je ne peux m’empêcher de rechercher n’est plus. Ou disons que ce n’est plus la même. Et cette différence d’approche, je ne parviens pas à m’y faire. Lorsque le mois de décembre approche, j’ai cette hâte de découvrir les villes décorées de mille lumières, de mille effets qui vont engendrer un peu de rêve. J’aime la course aux cadeaux et aux idées. J’aime décorer le sapin, modestement, car cette étape que représente ma vie belge ne me donne pas envie de faire d’efforts particuliers. C’est chez moi, sans être chez moi, alors à quoi bon ?

Et chaque année lorsque Noël approche j’ai cette nostalgie qui enfle, recherchant dans un présent d’adulte cette magie que j’éprouvais petite fille. Et je ne peux m’empêcher d’attendre avec mes yeux d’enfants ces Noël qui ne sont plus. Des grands-parents partis, des rejets d’adulte, des vies qui occupent et maintiennent les cousins, oncles ou tantes éloignées. Les grandes tablées qui s’amenuisent. Et puis nous qui grandissons. Les parents qui deviennent grands-parents et qui n’ont plus à s’occuper d’offrir cette magie, ayant passé le flambeau à leurs enfants, nous qui devons désormais nous efforcer de livrer à notre tour ces rêves à nos enfants.

Et je regrette quelque part, de ressentir si fortement que mes parents se sont un peu retirés de cela. Je me souviens de cette maison lorsque nous étions petits, lorsque mes parents, ma sœur et moi nous efforcions de créer cette magie pour notre petit frère. Et la maison autant que le jardin reflétait cette attente. Le sapin changeait de parure tous les hivers et revêtait parfois de drôle de guirlandes de pâtes sur de la ficelle à rôti, dorées à la bombe, bref, le résultat de travaux manuels acharnés qui occupaient les dimanches pluvieux de l’avent. Nous décorions tout ce que nous pouvions : le salon, la cheminée, la salle à manger. Une année nous avions trouvé une magnifique branche aux mille formes que nous avions décoré de rubans colorées et petites boules que nous avions placée au-dessus de la grande table… Le mois de décembre était tout entier consacré aux décors, aux friandises qu’on allait préparer (que je regardais plus que je ne mangeais, contrairement à aujourd’hui ;o).

Le début des vacances de Noël, on le consacrait à la crèche et aux santons qu’on disposait dans un décor savamment orchestré dans le barbecue intérieur. J’étais si fière de l’étable en carton façonné par mon père. Les « murs » recouverts de colle sur laquelle il appliquait de la sciure, qu’il peignait afin de rendre un crépi vieilli, les tuiles représentées par le carton gondolé peintes en bordeaux et les volets verts. La paille. La mousse que nous allions chercher avec mon père lors de ballades mémorables, cagette à la main pour disposer avec précision les plaques de mousse parfois immenses que nos petites mains appliquées parvenaient à récolter. Cette mousse qui recouvrait ensuite le papier de crèche, façonné en collines et en vallées, qui emplissait la petite cheminée intérieure, à hauteur de buste, qui se tenait dans l’entrée, non loin de la cuisine.

J’aimais cette crèche. C’est con à dire, probablement que c’est même ce que je préférais de mes noëls. Pourquoi ? Mais c’est tout simple ! Ma mère était au foyer, nous en profitions chaque jour. Mon père tenait sa pharmacie, il travaillait tous les jours jusque tard, travaillait parfois le dimanche et avait peu de congés. Le dimanche lorsqu’il n’était pas de garde, il s’occupait de son jardin. Bref, mon papa, c’était une ombre. Une ombre bienfaisante autant qu’apaisante, dont on ne profitait que trop peu et qui contrastait grandement avec les accès de colère de cette mère qu’on ne voyait que trop. Alors, lorsqu’il arrivait au petit déjeuner, le premier dimanche de nos vacances de Noël et qu’il se frottait les mains (crasseuses de la terre qu’il venait de remuer) en nous disant qu’on allait s’occuper de la crèche, c’était un peu mon bonheur d’enfant. Je savais que j’allais profiter de mon papa, que j’allais m’appliquer à ramasser la mousse pour en sortir la plus belle plaque qui soit pour voir ses yeux briller, ses mots de félicitations et ses sourires entendus…

Et puis, lorsque nous 3, les enfants, nous avons quitté le nid, les décorations de la maison se sont allégées et la crèche a disparu des préparatifs… Nous arrivons maintenant au mieux la veille du réveillon et la magie n’a pas le temps de s’installer. Et puis comme désormais c’est moi qui offre cette magie à mes filles, je ne la ressens plus de la même manière. Et chaque année, lorsque Noël approche, je ne peux m’empêcher de retourner à la petite fille que j’étais, impatiente des vacances, impatiente de façonner la crèche…

Elle est un peu con cette vie… Lorsqu’on est enfant on donnerait tout pour être grand et lorsqu’enfin on l’est, on donnerait tout pour retrouver un peu de notre âme d’enfant qui rayonnait dans les choses les plus simples qui soient et les plus belles aussi… On ne fait que courir après ce qu’on ne peut pas avoir, ou plus ressentir…

Cette préparation de la crèche, je ne l’offrirai probablement jamais à mes filles, puisque vieux compromis oblige, elles ne sont pas baptisées.

Peut-être est-ce dans ce plaisir ressenti durant des années, dont je sais que je prive mes adorables amours, que tient la plus grande part de cette nostalgie et cette impression latente de ne ‘jamais’ parvenir à offrir à mes filles le quart de la magie que mes parents mettaient dans nos Noël…

Même si elles ne sont pas moi.

Même si ce passé n’est plus.

 


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