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Scènes d'une cour de récré

Publié le 14 janvier 2010 par Anaïs Valente

Moi, au chaud, dans le bus.  Qui avance à la vitesse d'un escargot paraplégique.  Voire tétraplégique.  Vue plongeante sur la cour de récré.

Enneigée, la cour de récré.

Pleine de mômes, la cour de récré.

Ils courent dans tous les sens, les petits bouts, grisés par toute cette blancheur qui devient grise, boueuse et cradingue sous leurs pas.

Au loin, un bonhomme de neige finit (ou commence ?) sa vie.  Avec son allure de tour de Pise, il a déjà dû en voir, depuis son érection.  Cible des gamins détenteurs de grosses boules blanches, peut-être ? (« érection » et « boules », c'est rien que pour attirer les pervers avides de sensations fortes ici et leur dire « zêtes au mauvais endroit les gars » - et puis ça fait monter le compteur hein).

En voilà une, d'ailleurs, de boule (de neige, hein, mieux vaut le préciser) qui heurte la fenêtre du bus, tiens de boule.  Attention, le chauffeur risque de ne pas apprécier, vade retro enfantas.

Deux fillettes en mauve (deux sœurs ?) font quelques glissades sur la neige un peu fondue, un peu gelée, va savoir.  Elles s'en donnent à cœur joie, et me donnent froid. 

De dos, un papa.  Il a l'air mignon comme tout : jeans moulant son postérieur à la perfection (rhaaaaaa), veste noire parfaite, cheveux en bataille juste ce qu'il faut.  Il tient dans ses bras une petite fille, qui elle-même tient un parapluie.  Ils attendent.  Ils attendent et attendent encore.  Soudain, il fait un petit signe.  Un gamin les rejoint.  Son père s'accroupit alors, et tente de refermer son manteau, resté ouvert malgré le froid.  On sent une telle tendresse... et une telle maladresse, passque ça prend du temps hein, de fermer un manteau.  Une fois la tâche enfin accomplie, le papa se redresse, et entraîne ses enfants ailleurs.  Vers un ailleurs dont j'ignore tout.  La gamine continue à tenir le parapluie, ennuyant au passage les autres parents, les autres enfants. Le papa s'est retourné, mignon, en effet.  Mais si marié, si papa.

Une gamine habillée de rose fuchsia ère, seule.  Elle attend.  Elle ne semble pas aimer attendre.  Impatience de l'enfance.  Keskelle attend ? Une maman, une mamy ?  Qui n'arrivent pas, ralenties par la neige, sans doute.

De petits groupes d'étudiantes déjà ados avant l'heure déambulent sur le trottoir, heureuses de ce mercredi après-midi sans doute plein de promesses.

Une instit referme sa classe à triple tour et s'éloigne en saluant au passage ses élèves, et ses anciens qui se précipitent pour un petit « bisou-souvenir ».  ça marque, une instit, dans une vie.  Dans le bon comme dans le mauvais sens, mais certaines marquent plus que d'autres, c'est clair.

Un gamin stressé repère le bus, toujours aussi rapide qu'un escargot paraplégique, et s'élance au pas de course vers l'arrêt, situé quelques mètres plus loin.  Ne cours pas, t'as le temps, tu vas glisser et tomber...

Et quand on parle de chute, patatras, c'est un tout petit bout qui s'étale en voulant rejoindre rapidement sa maman.  Un gros bisou dans le cou plus tard, c'est oublié.  Un gros câlin et on rentre à la maison, bien au chaud.  Peut-être au coin du feu de bois (je sais, le mythe famille « petite maison dans la prairie » me reprend).

La gamine en rose attend toujours.  Ses joues sont aussi roses que son manteau, maintenant.  Elle scrute un GSM, attendant un sms ou un appel salvateur.

La cour se vide petit à petit.

Le bus avance petit à petit.

Et j'arrive à bon port.  Enfin à bonne école (même si l'expression « aller à bonne école » signifie autre chose, je saiiiiiiis hein une fois).

Je descends, j'enfile mes gants, je resserre mon écharpe.

Je lève la tête, entrouvre la bouche et happe un petit flocon éphémère.  C'est froid.  C'est doux.  Et c'est fondus.

Je marche à petits pas.  Pas envie de me vautrer devant quelqu'un qui m'observerait d'un bus...

Je souris à l'idée de ce qui m'attend : piano de mes rêves me voilà !

Photo issue du blog Saranoujamy.  

courneige



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