Puis j’ai ressenti des douleurs nouvelles, qui n’en étaient pas vraiment. Des choses froides collées sur mes chevilles, ma poitrine, mes membres, des piqûres de moustique au bout des doigts, des piqûres d’araignée ou de guêpe, plus violentes, dans les veines du bras, des choses collantes autour du poignet, un objet glacé et dur enfoncé dans ma gorge, mon nez respirant un air trop clair, soufflé par une bouche en plastique.
Et toutes ces ombres vertes et blanches qui planaient autour de moi, qui dansaient presque, mais la seule musique présente était le métronome aigu d’un Jean-Michel Jarre mal inspiré. Savoir qu’une vie ne tient qu’à un appareil émettant un signal plus ou moins régulier, une balise Argos, un repère parmi les vivants, ça fout la trouille. Et la trouille était présente. Celle qui vous fait bloquer sur l’insignifiant : j’aurais dû effacer mes mails depuis longtemps. J’aurais du faire disparaître les choses compromettantes que j’ai dites ou faites. Vont-ils voir les traces de foutre que j’ai laissé sur mon lit le matin de ma chute ? Vont-ils voir que le vernis était bien fin, recouvrant comme il peut la gangue pourrie que fut ma vie ? Et eux, les autres, ceux qui comptent sur moi, où vont-ils aller, moi qui serai aveugle et sourd dans quelques minutes ? Vont-ils mettre sur la place publique mes amours ratées, mes comptes bancaires naufragés, mes slips sales ? Le pire dans tout ça, c’est de sentir la peine immense de ne pas connaître la suite, de ne plus être capable d’influencer ce qui devrait suivre, de ne plus être le spectateur-acteur, de comprendre que l’immortalité, c’est bon pour les pierres, et encore…
Puis il est entré et m’a tiré par les pieds.Publié par les diablotintines - Une Fille - Mika - Zal - uusulu



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