Magazine Journal intime

Bivouac d’hiver (1)

Publié le 17 février 2010 par Dunia

Montagnes neuchâteloises

Vivante et sans rhume!

JE L’AI FAIT ce bivouac d’hiver que ma famille et mes amis considéraient comme une folie! J’en suis sortie vivante, sans engelure, ni mal de gorge, ni rhume! Pas un instant je n’ai eu froid malgré les -13 degrés à l’extérieur de la tente et les -8 à l’intérieur. Ce fut génial! J’ai adoré! Suis prête à recommencer!

Avant d’entamer mon récit, je tiens à souligner un point important: j’ai réalisé ce bivouac d’hiver par des températures mortelles, avec un spécialiste des activités extrêmes qui possède un matériel de qualité parfaitement adapté, acheté dans des magasins de sport, non pas au supermarché du coin. Le matériel bon marché est à proscrire pour les grands froids. L’improvisation aussi. Un minimum de préparation demeure nécessaire. Le non respect de ces deux règles de base peut entraîner quelque problèmes dont le plus grave reste la mort. Comme quoi je suis moins folle qu’il n’y paraît. Jamais je n’aurais demandé à un amateur un peu rêveur de l’accompagner dans cette expérience.

Après avoir passé une partie du jeudi après-midi à essayer les vêtements que je devais porter, vers 17h nous sommes montés dans la voiture et pris la direction de la Pouette-Mange, un lieu dit dans les Montagnes Neuchâteloises, dans le Val-de-Ruz à 9km de mon appartement chaux-de-fonnier. Sur le ciel gris le soleil orange, rond et gros comme le fruit,  se dirigeait derrière la montagne. Arrivés à l’endroit repéré sur la carte une fois l’agrume occulté derrière les sapins, nous avons parqué le véhicule, enfilé les raquettes, endossé nos sacs et sommes entrés dans un champs recouvert d’un mètre de neige dont 60 centimètres de poudreuse. Je marchais avec les engins inouits pour la première fois. Les onze premiers pas m’ont paru faciles. Au douzième, j’ai mis le pied dans un trou de poudreuse qui malgré notre équipement s’affaissait énormément. Je suis tombée jambe droite vers l’arrière, jambe gauche à l’avant, les pieds dans les raquettes enfoncées et plantées dans la neige, mon sac à dos tirant vers la droite, un bâton devant et l’autre derrière moi. J’ai essayé de me relever. Impossible. Sacha est venu m’aider mais son sac de … euh… une soixantaine de kilos l’empêchait de se pencher. Il pouvait juste tirer le mien contre lui pour m’alléger un peu. Malgré ce coup de main et tous mes efforts, je restais clouée. J’ai commencé à paniquer en me maudissant intérieurement genre “Putain de bordel de merde! J’ai l’air con! Moi qui n’ai pas arrêté de me vanter que je ne surévaluais jamais mes forces, j’ai l’air d’une nouille! Une vraie tâche! Et si je m’étais trompée? Et si c’était trop pour moi? Sacha va me détester! Il doit se dire que je lui gâche son bivouac! Merde! Impossible de me lever! Merde! Faut que j’y arrive! Faut que j’y arrive!” Sacha conseillait “Prend appui sur les bâtons” Sauf qu’avec une jambe à l’avant et l’autre écartée vers l’arrière dans des raquettes coincées dans la poudreuse, avec mes bras aussi musclés que des chaussettes cent-vingt-trois fois lavées en machine et mes abdominaux aussi mous qu’une crème caramel, impossible de me relever. J’ai vaguement marmonné à Sacha que je n’avais ni sa musculature ni son sens de l’équilibre, que je n’y arriverais pas de cette manière, puis me suis débarrassée de mes bâtons. Sacha m’a fait remarquer que les bâtons étaient prévus pour prendre appui et m’aider. J’ai poursuivi mon idée. De mes mains libres, j’ai enlevé la neige qui recouvrait mon pied droit et la raquette qui se trouvaient dans mon dos,  et les ai ramené vers l’avant en les tirant de mes bras. Puis j’ai repris mes bâtons pour prendre appui. Me suis relevée. Opération réussie. Par la suite je suis encore tombée deux fois. Deux fois de trop pour m’être trop rapprochée de Sacha et avoir une fois marché sur sa raquette et l’autre sur son bâton. Deux fois où j’ai de nouveau paniqué, ou je me suis de nouveau maudite, ou j’ai pensé que je me payais la honte tout en plaignant Sacha de s’être laissé si facilement convaincre d’emmener une novice sous prétexte que son coeur bat pour une freluquette. Heureusement les deux autres fois, contrairement à la première, je savais que j’avais les capacité de me relever, ce qui rendais la mésaventure moins angoissante.

Des flocons légers tombaient sur nos épaules. Nous avons traversé un bois qui débouchait sur une clairière. Nous avons décidé d’y monter la tente. La nuit presque noire s’était déjà abattue. Tandis que Sacha s’occupait de tout, j’ai vaguement contribué à tendre la toile et à lui passer les sardines après les avoir décrochées du mousqueton qui les rassemblait. J’ai aidé à réunir les affaires sans avoir le temps, engoncée dans la veste, la cagoule, le bonnet et les deux paires de gants qui m’entravaient, d’effectuer le tiers des choses que l’amoureux me demandait. Très zen, pas une seule fois mes maladresses l’ont incité à râler. Il a pris les devant, c’est tout.

Une fois installés, il a préparé une fondue sous la tente. Le fou furieux n’avait pas hésité à se charger de deux bouteilles de vin, d’un poivrier et d’une topette de kirsch. Le thermomètre indiquait une température extérieure de -13 degrés et de -8 à l’intérieur. Le pain que j’avais déjà coupé en morceaux avant notre départ, en phase de congélation de par le froid ambiant, figeait le fromage qui dans le caquelon s’avérait déjà nettement plus froid que la normale, puisqu’en surface une couche assez épaisse demeurait  figée. Inutile de souffler sur la bouchée avant de la mettre en bouche. Elle était plus froide que chaude. Il n’en reste pas moins que c’est l’une des plus délicieuses fondues que j’aie jamais mangé. Après cette restauration arrosée d’une bouteille de vin blanc, nous nous sommes enfilés dans les sacs de couchage.

J’avais pour la dernière fois uriné à la maison. Ma vessie commençait à exiger une vidange. N’avais aucune envie de l’exposer à -13 degrés par crainte d’attraper une cystite. Nous avons discuté jusqu’à ce que les bougies se consument entièrement. Sur les parois et la tubulure intérieure de la tente, la condensation échappée de nos corps, se cristallisait en une fine couche de givre. En l’éclairant avec la lampe suspendue autour de mon cou, elle brillait de milliers de diamants d’eau.

(Suite du récit demain).

Bivouac d'hiver dans les montagnes neuchâteloises

Ferme neuchâteloise à côté de la Vue-des-Alpes. On ne le voit pas à l’image, mais il neige. Les fermes neuchâteloises typiques ont une toiture d’une faible inclinaison, qui descend très près du sol, afin de pouvoir facilement supporter la neige. Autrefois les familles paysannes bloquées par la couche blanche, s’y enfermaient durant l’hiver et y vivaient en autarcie sans sortir de leur habitat durant plusieurs mois. Généralement la neige bouchait toutes les issues.

Bivouac d'hiver dans les montagnes neuchâteloises

Sous la cagoule MOI, prête à marcher pour la première fois dans la poudreuse avec des raquettes. J’ignorais encore qu’il me faudrait tomber trois fois pour apprendre à me déplacer avec ces engins. Hormis mes bottes d’un style après-skis ultra performant, achetées au début de l’hiver pour supporter les tonnes de neige de ma Cité Horlogère, un bonnet porté entre la cagoule et le capuchon,  une paire de gants de laine enfilés sous les mitaines, une écharpe, mon slip et le soutien-gorge, aucun des vêtements que je porte ne m’appartient, pas même les chaussettes. Tout l’équipement, y compris ce que l’on ne voit pas, relève du vêtement spécial pour supporter les grands froids.

Bivouac d'hiver dans les montagnes neuchâteloises

Dans l’immensité, les traces de raquettes dans la neige et au loin Sacha.

Bivouac d'hiver dans les montagnes neuchâteloises

La tente dans la nuit, durant le montage du campement.

Bivouac d'hiver dans les montagnes neuchâteloises

La préparation de la fondue. A portée de main le vin, le kirsh, le poivre, le thé dans le thermos, mon peek-flow, le ventolin, le Séretide et la cortisone. On ne joue pas avec l’asthme!

Bivouac d'hiver dans les montagnes neuchâteloises

La condensation couvre l’intérieur de la toile de la tente de milliers d’étoiles blanches et glacées.


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