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De toi à moi

Publié le 18 février 2010 par Cameron

Nous avons déjà eu cette conversation, j’en suis consciente. Maintes fois. Et justement, hier, cette « fuite en avant » dont tu fais ton argument final, soudain, il m’est apparu qu’elle ne s’appliquait nullement à la situation mais bien plutôt à nos mots. Oui, nos propres mots. Ce sont eux qui s’enchaînent inexorablement, sur des chemins déjà parcourus, au point que lorsque la conversation commence, je sais déjà comment elle va finir. Et toi aussi, sans doute.

La vie n’est pas comme ça. Elle n’est pas cet assemblage d’attitudes que tu prétends observer. Rien n’est aussi prévisible, aussi mécanique, que la manière dont nous parlons de nos actes. Je sais, c’est si facile, n’est-ce-pas ? Si facile de céder aux mots qui enchaînent, aux mots qui enferment.

Mais pourquoi ne l’ai-je pas dit ? Pourquoi, alors même que je voyais la conversation dériver vers ce territoire sur lequel je suis toujours, toujours perdante, n’ai-je pas tenté au moins d’arrêter ?

Parce que moi aussi, sans doute, je suis fascinée de ces mots qui prétendent décrire une situation et ne composent en réalité que le paysage fantasmé de nos différences. Oui, c’est une forme de fuite en avant. Pas tant dans la vie, pourtant, qu’entre nous, qu’entre tout ce qui fait que nous apprécions les instants, et la manière de les goûter, et la manière de leur échapper, aussi. Partir m’est aussi nécessaire que douloureux, tu le sais. Et tu as raison en affirmant qu’il en sera de même ailleurs, que tout cela n’est qu’un perpétuel recommencement, une attitude dont je suis la prisonnière consentante. Mais ta fameuse « fuite en avant », elle est ce qui nous fonde, non ? Elle est à la source du mouvement. Et sans fuite, je ne ressentirais pas le besoin d’attaches.

Voilà, c’est cela, en fait : nous construisons une réalité parallèle par nos mots. Avec l’illusion qu’ainsi, nous maîtrisons, nous influençons. Mais je ne sais pas ce qui est le pire, vois-tu, du départ toujours renouvelé et que tu annonces inutile, ou de nos propres conversations que ne sont que rabâchage stérile des mêmes griefs, des mêmes constats. Ainsi sommes-nous. Il est vain de prétendre changer, n’est-ce-pas ? Mais il est de notre liberté d’accepter que les mots sont notre recours illusoire. Peut-être au fond parviens-je à trouver, dans ces discussions qui m’épuisent, une vraie satisfaction. Fondées ou non, elles sont encore, elles sont toujours, ce que nous avons réussi de mieux. Va pour la fuite en avant, après tout. Je serais déçue si soudain tu voyais les choses autrement.


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