Magazine Journal intime

C'était hier (constat)

Publié le 12 mars 2010 par Lephauste

C'était hier, le 10 Mars 2007, un Samedi je crois. Il faisait un temps de Printemps, un temps qui autorise, au sortir des boues noires de l'hiver, à rêver que des dieux s'accordent pour nous fiche la paix. Le ciel était placide. C'était hier, il y a trois ans très exactement. Je bourniflais des naseaux en frappant le sol de l'entendement du monde, d'un sabot vengeur. Il allait comme toujours nous falloir tout changer, révolutionner l'ensemble, ne rien laisser debout des forteresses au sein desquelles on festoyait en ignorant la chair tendre que le monde mettait innocemment à la disposition des empereurs du désert. On nous élevait en batterie, maigrement nous engraissait jusqu'au but final, nous faire aller en chantant des complaintes désabusées, jusqu'aux seuils des abattoirs. Cyniques nous étions, piétons, piétailles, mercenaires à la solde, toujours enclins à lever les yeux vers qui nous servirait un discours bien tourné, vers qui nous montrerait le bon choix à faire, la patience était notre vertu. La vertu de qui n'attend rien que de servir encore les intérêts bien compris du capital qui ne risquait rien puisque nous avions renoncé à l'abattre proprement, d'une balle dans la nuque.

C'était hier, il y a trois ans, cette page naissait et la Liberté, depuis longtemps tenait salon chez le bourgeois. Mais la rage, la rage, cette rage de faire naître un monde sur les ruines des révolutions médiatiques véhiculait déjà, sous les bandeaux publicitaires de produits hurlant la haine de l'homme, l'absence de désir commun. Nous étions devenus un, uniques en nos épaves consommées jusqu'à la pourriture humoristique, philosophique, statistique. Cette page peu à peu faisait son audience, me flattait. On me lisait, quelque part dans des alvéoles fournies par Areva, on se délectait de mes grincements de portes. Je rougissais d'aise. Combien aujourd'hui de visiteurs uniques ? J'étais profondément malhonnête, je ruais en rougissant de ce qu'on m'accordait un tant soit peu d'attention : Et toi tu fais quoi dans la vie ? Je suis poète, polémiste, écriveur, artisan du verbe ! Je clamais haut et fort qu'il allait falloir falloir, que nous allions devoir devoir et je restais assis rassis. Comme vous, devant la machine à branler la bonne conscience. Vrai ! C'est un métier que de ramener, contre le gré de leurs envies de jouir, ses semblables face à l'absolue nécessité de tout arrêter là, de réfléchir un peu à ce que nous voulons vraiment. Vraiment ? J'aimerais bien ne plus entendre parler de rien et partir à Pâques vers des pays de rêve en low cost. Vraiment la douleur des bêtes que nous sommes devenues, au fin bout d'une évolution clownesque, je m'en fiche un peu ! Ce que je veux à présent ? Acheter pour pas cher un petit coin de terre, un petit peu de vent, un rayon de soleil modeste, quelques nuages légers, de la pluie comme il faut, une nuit d'amour et vivre hors les murs qui se sont dressés, sans que j'y prennent garde en nous et la vie.

C'était hier, il y a trois ans. Et quand j'y pense, à ce 10 Mars 2007 je me dis que la défaite ressemble à une révolution que je n'ai pas faite et qui par conséquent a eu lieu sans nous. La révolution ? Ce sont les riches qui en parle le mieux. Chut!

Je pense aux enfants.


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