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On frappe à la porte. Un jeune homme m’attend avec une ma...

Publié le 17 mars 2010 par Adèle B.
On frappe à la porte. Un jeune homme m’attend avec une mallette.

- Bonjour Madame… (Je l’interromps)
- Allô, allô! Dites-moi Monsieur, ça vous dérangerait si je vous demandais de passer le pied de ma porte? C’est que je tiens à garder le peu de chauffage que j’ai pour moi; j’ai assez donné pour l’extérieur…
Je m’en balance bien de ce qu’il a à me vendre, mais je suis incapable de lui dire d’emblée que je ne suis pas intéressée donc je m’apprête à l’écouter jusqu’au dernier mot. L’amour non réciproque et les vendeurs, c’est du pareil au même. Je devrais commencer par fixer mes limites avec les fatigants qui font du porte-à-porte; j’arriverais peut-être ensuite à le faire à plus grande échelle.

Visiblement mal à l’aise en voyant d’un seul coup d’œil l’étendue de mon chez-moi et le dépouillement quasi total de la pièce, je prends les devants.

- Faut pas se fier aux apparences… Je suis très bien ici entourée de mes livres et de mes tableaux. Et puis, moi, j’ai un lit et même des meubles en surplus : une commode grandeur «pour nains», une table pour travailler, pour quand je veux avoir l’air sérieuse, mais la plupart du temps depuis quelques jours, je «travaille» dans mon lit, au chaud. C’est que j’ai fait un don pour Haïti, pour ceux qui vivent dans la misère, vous savez, et je n’ai pas envie de mettre ma prochaine facture d’Hydro-Québec sur ma carte Mastercard, faute d’avoir de quoi payer, alors je tiens la température de la pièce au plus bas.
- Je vois, je vois… (Ne sachant quoi dire) J’aime votre Pollock, là-bas.
- Ah, ça, c’est pas un Pollock, c’est un Bertrand. Un Adèle Bertrand. C’est moi qui l’ai fait. Quand je veux me défouler, j’installe mon rideau de douche au sol – enfin, un vieux rideau – et je décapite la toile. (Gestes à l’appui)
- (Décontenancé) Écoutez, je dois partir...
- Ah! J’ai cru que vous aviez sonné chez moi non pas pour une visite-éclair, pour vous assurer que l’ermite que je suis était toujours en vie, qu’elle s’était alimentée, bien ou mal, mais qu’elle s’était alimentée (quand je ne semble plus savoir où me placer dans mon corps qui déborde, c’est signe que j’ai mangé, mangé autre chose que mes émotions), mais plutôt pour me vendre quelque chose, la jeunesse éternelle en élixir ou une cure thérapeutique miracle, que sais-je! Je pourrais peut-être vous offrir un verre pour que vous restiez encore un peu, un verre de… de jus Oasis, parce que je ne tiens pas d’alcool ici, parce que je me soucie de la santé des autres aussi, parce que, mine de rien… Je me sens terriblement seule. Vous l’ai-je dit, Monsieur?

Monsieur?
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