Magazine Journal intime

Une vie de gland

Publié le 19 mars 2010 par Lephauste

Je me suis fait l'ami d'un chêne, aux abords des bois de Port-Royal des champs, entre Saclay et Gif. Comment devient-on l'ami d'un chêne, qui au vrai n'en demandait pas tant ? Ca vous vient comme une envie de pisser, de pisser dru. Une envie qui ne tiendrait pas dans un châssis long de chez Renault, un Master on appelle ça. Ce Master dans lequel chaque matin, je loge quatre anges déglingués et que j'emmène vers Bures, sanglés comme des fils de Mormon par les Sioux de la nation de la déraison dératée. J'ai pas dit dératisée. Dératiser ? Il y a assez des "rebirth" du gouvernement pour nous faire accroire que la France a besoin d'être assainie, purgée, saignée ... à blanc. Ah ! les blancs. Alors chaque matin l'envie de pisser me prend, aux alentour de par là dont je vous parlais plus haut. Entre par ici la sortie et plus loin le bonheur.

J'arrête donc le Master sur un petit parking bordé par l'orée des bois et les prés où des chevaux grelottent en fumant l'herbe amère des rosées sulfatées. J'ouvre en grand la porte latérale de la carlingue où mes anges voyagent, absents, abstraits de tout, en petits fauteuils roulant. Il y a là Lesclandre, l'ange des joies incontrôlables, Rathure le roi de la ceinture au sourire franc comme un cri de corneille et parfois aussi le gars Briel qui est un duvet d'oison fort accroché au besoin de vivre étroitement avec l'embrasement des bras maternels. Et je sors, m'enfonce dans les ronces qui sont l'amour même et vous disent : Reste, mais reste donc ! Les ronces, qui n'a pas rêvé d'être aimé ainsi. Et là, au pied du chêne dont je me suis fait l'ami, je pisse à l'aise sur un lit de glands. Ce chêne-là est nu encore, la saison est petite et à peine né le printemps, immensément nu, aussi je ne lui pisse pas dessus, j'urine sur les glands de longs jets dorés comme une pluie acide et privée. On a ses catastrophes écologiques intimes, nous autres les amis des chênes. Je pisse sur les glands, ces glands qui passent en carrosses énormes et rutilant comme des cercueils démocrates et qui Dimanche prochain iront encore et toujours voter pour des salauds qui n'ont rien trouvé de mieux pour échapper au chômage que de se faire élire à des postes d'arrière-garde-chiourme. Depuis l'invention du TGV le chef de gare est cocu à la vitesse grand Veule, oui et l'électeur de Bavière en bave de pas être à la place du prince-électeur. Souverain au pays des roupies de sansonnet.

Et le chêne que fait-il ? Et le chêne que dit-il ? Oh rien, voilà bientôt trois cent ans qu'il voit s'enrhumer les glands, passer les révolutions écologiques, filer à vive allure ceux qui pense que la vitesse les fait s'échapper de leur condition de germination molle. Le chêne cultive l'amour des ronces, dans ses branches bien des anges ont pris leurs ailes, les anges de Port-Royal et chaque matin il se dit : Tiens voilà l'autre, avec sa cargaison d'innocents et son envie de pisser. Être l'ami d'un chêne, voyez-vous c'est doux et tendre comme le silence d'une abstention non comptabilisée.

(toutes ressemblances avec des chênes existant ou ayant existés ne serait qu'invraissemblance. tout comme le fait d'aller voter Dimanche prochain ne vaudra jamais l'acte mitoyen de faire l'amour en lieu et place dudit acte citoyen, à l'abri du regard des glands.)


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