" Le tampon de trois nuits nous ferait-il encore du sang, si je le réchauffais ? "Pierre Guyotat in Arrière-fond (Gallimard, 2010)" Habiter l'instant. Etre là, très là. Et d'autant plus vivant qu'à demi mort. "Renaud Camus in Loin (POL, 2009) Un printemps sous les giboulées puis sous un soleil voilé. Jeune, beaucoup plus jeune, à la seule évocation du printemps, allez savoir le pourquoi du comment (et réciproquement), je poussais la célèbre chansonnette consacrée au renouveau et due au camarade Michel Fugain, lequel camarade croisé naguère à la Fête de l'Huma entre faucille et marteau, d'une part, et merguez et bière, d'autre part (je dois à l'honnêteté de confesser qu'en ce temps-là le séminariste que je fus se destinait au ministère presbytéral et qu'il perdait alors son temps à faire de l'entrisme, comme pour mieux coloniser le territoire des illusions - ici, j'évoque bien entendu le leur comme le mien...) Depuis quelques années - mais là je connais le comment du pourquoi (et inversement) -, quand j'entends le substantif printemps je pense instantanément à " ma " chère et vieille ville de Prague et, par effet d'entonnoir, ou bien par extension, à l'ignition du grand Jan Palach, place Venceslas, sans oublier, bien sûr, ce grand corps malade de Kafka et cette épiphanie solaire de Vaclav Havel (plus tard, j'apporterais clandestinement des bibles et autres manuels de savoir-vivre en Tchécoslovaquie, mais ceci est une autre histoire). Ceci posé, du printemps de La Courneuve au Printemps de Prague, je pense tout de même avoir gagné en Humanité - on me pardonnera ce jeu de mots facile mais opportun...* * * Dans notre quotidien les Dernières Nouvelles d'Alsace, daté du dimanche 28 mars 2010, cette une que je restitue telle quelle : " Strasbourg court après son carnaval. Reporté à deux reprises - en raison de la tempête du 28 février, puis aujourd'hui, entrée de la semaine sainte pour les chrétiens -, la cavalcade dans les rues de Strasbourg annoncera finalement l'été le samedi 19 juin en semi-nocturne, deux jours avant la fête de la musique. " Décidément, ces Alsaciens n'ont pas encore perdu le sens commun.* * * L'autre nuit, j'ai convoqué en mon lieu d'aisance particulier et privilégié, à savoir la bibliothèque, un sarkozyste sous psychotrope, un socialiste sous naphtaline, un communiste burkaïsé, un écologiste empaillé, un gaulliste neurasthénique, un bayrouïste hagard, un réac de gauche (j'en connais une bonne brochette...), un progressiste de droite (j'en connais tout un chapelet...), un fasciste moisi (pléonasme), un ex maoïste égocentrique reconverti dans le grand patronat (pléonasme - bis), un anarchiste alcoolisé, un athée pratiquant, un croyant énervé, et, avec un plaisir inouï, leur ai commandé de s'engouffrer dans le souterrain secret qui relie mon tabernacle à mes chiottes, non que j'eusse voulu renvoyer dos à dos tous ces foutus morts-vivants en pyjama - ils auraient encore été capables de se frotter les uns les autres ces cochons ! -, quoique, à la réflexion... Puis, prenant ostensiblement place sur mon trône de faïence, hiératique et stoïque bien qu'en train de bouter quelque colon récalcitrant hors de mon intérieur épuisé, devant cette joyeuse bande de con(voqué)s, je me suis dopé en m'injectant une intraveineuse de Conrad, délogée de Nostromo, pour la leur cracher sans effort poussif ; voici : " Nostromo, tout ruisselant d'eau, avait grimpé jusque dans la cour principale du vieux fort ; et là, au milieu des pans de murs en ruines et des restes pourrissants de toits et d'appentis, il avait dormi toute la journée. " À l'évidence sourds à l'évangile selon Joseph, j'ai dû mettre à profit les bienvenus avatars calendaires pour rappeler à ces plébéiens de merde - non, il ne s'agit pas d'un troisième pléonasme... -, qu'en piéton ou en pèlerin léthargique ou non, nous étions tous en marche forcée vers Gethsémani, goulet d'étranglement obligé avant d'atteindre enfin le champ de (la) Lumière ; et que tout ceci soit vrai ou faux ne revêt finalement aucune importance et n'infère strictement aucune incidence... Alors, toujours le cul sur ma souveraine cuvette, le dos douloureux contre la lunette, j'ai sorti l'artillerie lourde, à savoir cette interrogation en forme de réprimande dû au pas encore Crucifié pas plus, du reste, que Ressuscité : " Pourquoi dormez-vous ? " (Lc 22, 46)* * * Sur ces bonnes paroles - n'est-ce pas ? -, je vous laisse à vos fulgurances, à vos silences et/ou à vos élucubrations. Et hop ! au lit.Christophe Borhen
Magazine Nouvelles
La promesse de l'aube...
Publié le 29 mars 2010 par Borhen
" Le tampon de trois nuits nous ferait-il encore du sang, si je le réchauffais ? "Pierre Guyotat in Arrière-fond (Gallimard, 2010)" Habiter l'instant. Etre là, très là. Et d'autant plus vivant qu'à demi mort. "Renaud Camus in Loin (POL, 2009) Un printemps sous les giboulées puis sous un soleil voilé. Jeune, beaucoup plus jeune, à la seule évocation du printemps, allez savoir le pourquoi du comment (et réciproquement), je poussais la célèbre chansonnette consacrée au renouveau et due au camarade Michel Fugain, lequel camarade croisé naguère à la Fête de l'Huma entre faucille et marteau, d'une part, et merguez et bière, d'autre part (je dois à l'honnêteté de confesser qu'en ce temps-là le séminariste que je fus se destinait au ministère presbytéral et qu'il perdait alors son temps à faire de l'entrisme, comme pour mieux coloniser le territoire des illusions - ici, j'évoque bien entendu le leur comme le mien...) Depuis quelques années - mais là je connais le comment du pourquoi (et inversement) -, quand j'entends le substantif printemps je pense instantanément à " ma " chère et vieille ville de Prague et, par effet d'entonnoir, ou bien par extension, à l'ignition du grand Jan Palach, place Venceslas, sans oublier, bien sûr, ce grand corps malade de Kafka et cette épiphanie solaire de Vaclav Havel (plus tard, j'apporterais clandestinement des bibles et autres manuels de savoir-vivre en Tchécoslovaquie, mais ceci est une autre histoire). Ceci posé, du printemps de La Courneuve au Printemps de Prague, je pense tout de même avoir gagné en Humanité - on me pardonnera ce jeu de mots facile mais opportun...* * * Dans notre quotidien les Dernières Nouvelles d'Alsace, daté du dimanche 28 mars 2010, cette une que je restitue telle quelle : " Strasbourg court après son carnaval. Reporté à deux reprises - en raison de la tempête du 28 février, puis aujourd'hui, entrée de la semaine sainte pour les chrétiens -, la cavalcade dans les rues de Strasbourg annoncera finalement l'été le samedi 19 juin en semi-nocturne, deux jours avant la fête de la musique. " Décidément, ces Alsaciens n'ont pas encore perdu le sens commun.* * * L'autre nuit, j'ai convoqué en mon lieu d'aisance particulier et privilégié, à savoir la bibliothèque, un sarkozyste sous psychotrope, un socialiste sous naphtaline, un communiste burkaïsé, un écologiste empaillé, un gaulliste neurasthénique, un bayrouïste hagard, un réac de gauche (j'en connais une bonne brochette...), un progressiste de droite (j'en connais tout un chapelet...), un fasciste moisi (pléonasme), un ex maoïste égocentrique reconverti dans le grand patronat (pléonasme - bis), un anarchiste alcoolisé, un athée pratiquant, un croyant énervé, et, avec un plaisir inouï, leur ai commandé de s'engouffrer dans le souterrain secret qui relie mon tabernacle à mes chiottes, non que j'eusse voulu renvoyer dos à dos tous ces foutus morts-vivants en pyjama - ils auraient encore été capables de se frotter les uns les autres ces cochons ! -, quoique, à la réflexion... Puis, prenant ostensiblement place sur mon trône de faïence, hiératique et stoïque bien qu'en train de bouter quelque colon récalcitrant hors de mon intérieur épuisé, devant cette joyeuse bande de con(voqué)s, je me suis dopé en m'injectant une intraveineuse de Conrad, délogée de Nostromo, pour la leur cracher sans effort poussif ; voici : " Nostromo, tout ruisselant d'eau, avait grimpé jusque dans la cour principale du vieux fort ; et là, au milieu des pans de murs en ruines et des restes pourrissants de toits et d'appentis, il avait dormi toute la journée. " À l'évidence sourds à l'évangile selon Joseph, j'ai dû mettre à profit les bienvenus avatars calendaires pour rappeler à ces plébéiens de merde - non, il ne s'agit pas d'un troisième pléonasme... -, qu'en piéton ou en pèlerin léthargique ou non, nous étions tous en marche forcée vers Gethsémani, goulet d'étranglement obligé avant d'atteindre enfin le champ de (la) Lumière ; et que tout ceci soit vrai ou faux ne revêt finalement aucune importance et n'infère strictement aucune incidence... Alors, toujours le cul sur ma souveraine cuvette, le dos douloureux contre la lunette, j'ai sorti l'artillerie lourde, à savoir cette interrogation en forme de réprimande dû au pas encore Crucifié pas plus, du reste, que Ressuscité : " Pourquoi dormez-vous ? " (Lc 22, 46)* * * Sur ces bonnes paroles - n'est-ce pas ? -, je vous laisse à vos fulgurances, à vos silences et/ou à vos élucubrations. Et hop ! au lit.Christophe Borhen
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