"Je cherche le chant."Jérôme Leroy in ça rime à quoi (France Culture, 1er mai 2010) Il y a huit jours, deux heures et quinze minutes, pour la 807ème fois de mon existence - précision : le Taulier cosmoplanétaire que j'incarne convoque rarement le nombre 807 pour amuser la galerie... -, j'ai ouvert la Bible posée sur ma table de nuit. À mon chevet, une réalité branlante veillait (la lampe, pas la lumière). Je chaussai mes lunettes de vue et m'enfonçai dans les premières pages du Livre de la Genèse, ce grand poème du Commencement, plutôt des commencements car, comme chacun sait, il y a deux récits de la Création, l'un consigné au chapitre premier et l'autre au deuxième. [Message de service adressé à tous les créationnistes de mes fesses (cathos intégristes, coupeurs en quatre de cheveux tombés dans le potage aux vermicelles "à la lettre", et autres trafiquants d'âme) : les lignes inaugurales du premier livre du Livre - "premier" s'entend ici dans la distribution canonique et certes pas dans la chronologie scripturale - sont un chant, un hymne, une louange, d'aucune façon quelque carbone (14) de la vérité "génétique" du monde en ses nervures et ses ramures...] Enfin bref. Donc je relus et je m'arrêtai là-dessus : "L'homme et sa femme étaient tous les deux nus et n'en avaient pas honte." (Gn 2, 25). Notons, au passage, que nos communs et paraboliques ascendants ne pouvaient avoir honte de leur nudité puisqu'il ne voyaient pas qu'ils étaient nus. Au Paradis, il s'avère en effet inutile et stérile de voir, de se faire voyant, dans la mesure où l'Enfer en est exclu. Peu après, je redécouvris qu'à l'instigation du serpent - pour rappel, également créature de Dieu - notre couple mythique croqua dans le fruit défendu afin d'"(être) comme des dieux" et, enfin, de "(connaître) le bien et le mal" (Gn 3, 5). [Relevons que le texte sacré parle exclusivement de "fruit", nous laisserons donc la pomme à la seule Blanche-Neige revisitée par l'industrie du cinéma.] Aussitôt le truc ingéré, "les yeux de tous deux s'ouvrirent ; ils prirent conscience du fait qu'ils étaient nus. Ils se firent des ceintures avec des feuilles de figuier cousues ensemble." (Gn 3, 7). Aussi bien, le premier châtiment infligé à l'Homme - ici, l'Homme est un terme générique qui embrasse la Femme - aura été administré par lui-même, comme une espèce d'autoflagellation en plus "cool" et plus "soft" si vous voulez, à savoir cacher la tuyauterie et la matrice dévolues à la descendance, autrement dit se vêtir - plus tard, dans son infinie bonté, Dieu ne manquera de leur fourguer des habits de peau : bon sang mais c'est bien sûr, Dieu a donc tué des bestioles, c'est le premier assassin de l'histoire, mais ce ne furent que des bestioles ; d'ailleurs, tout plein de mémoire, donc d'amour, Il saura s'en souvenir lorsque le père Abraham aura rendez-vous avec le sacrifice du genre humain via son fils innocent... C'est très bien, la Bible. [Relevons aussi que la Genèse n'évoque que la feuille de figuier, la feuille de vigne ne sera donc bonne que pour les peintres. Le texte bordel, le texte !!!] Sur ces "entrefaites", comme disent les pétasses et les péteux, ce grand cochon de Dieu - tout est bon dans le cochon ! -, familier des trous de serrure sans oublier les judas (et pour cause) se fâcha tout rouge, son côté (in)humain en somme. Foi de Christophe, je vous garantis que se mettre Dieu à dos n'est certes pas le plus léger des fardeaux... Il dit : "Qui t'a appris que tu es nu ? Est-ce que tu as mangé de l'arbre dont je t'avais défendu de manger ?" (Gn 3, 11). Pour la suite de la divine engueulade et, accessoirement, pour épargner vos globes oculaires - vous en avez tant vu et vous n'avez pas fini d'en voir ! -, permettez que je vous renvoie au Livre de la Genèse (chapitre 3, versets 11 à 24). Je résume tout de même : Il nous a renvoyé du paradisiaque jardin non sans nous avoir signifié que nous gagnerions puis mangerions notre pain (blanc) à la sueur de nos fronts, et qui plus est en marchant sur nos ventres et en mordant la poussière - je rappelle que le serpent fait semblant de roupiller dans chaque homme en un satanique et savant fondu enchaîné... Autrement formulé, c'est Dieu et seulement Dieu qui a inventé et l'expulsion et le travail. [Signalons que l'obstétrique reprendra à son compte les vocables expulsion et travail pour poétiser notre acte de naissance - la salope !] Résultat de l'originelle opération (du Saint-Esprit), entre autres : toutes et tous, on aime, on meurt, on travaille, on dort, on baise, on biaise, on sécurise, on surveille, on tue, on se tue, on se promène et on loue Dieu, voire son prochain, étouffés dans le textile. On est en burka, en soutane, en pagne, en jean, en costard, en col Mao, en treillis, en robe longue latéralement échancrée - tout ce qui est fendu n'est pas défendu, ne vous en déplaise ô Dieu ! -, en survêtement, en maillot de bain, en petite culotte, en string nécessaire, en pyjama, en haillons, en blouse, en lange ou en linceul, etc. Eh bien, brûlons tout ça ! Organisons un gigantesque feu de camp (je préfère l'expression "feu de joie") ! Faisons crépiter le brasier ! Et jouissons de la fumée qui s'élèvera sans relâche vers des cieux décidément voraces ! Et dansons et baisons et buvons jusqu'à l'aube nouvelle qui en fait se sera déjà incrustée dans nos yeux allumés ! Et, continuum métaphorique oblige, rendons grâce à la céleste orbe solaire qui bénira nos pleines lunes offertes ! Et puis vengeons-nous ! Oui, fomentons la vengeance autour des flammes de la lumière enfin maîtrisée et diffusée et organisons l'incandescent terrorisme avec des lances (et des langues) de feu qui nous ramèneront au temps d'avant les meurtriers, au Paradis ! [Après tout, en Europe, on a fait exactement le contraire pour à jamais amputer l'humanité d'un bout de son âme : organiser des partouzes de vêtements et réduire nos légendes en cendre ; c'était l'époque pas si lointaine, c'était hier en vérité, quand les fours brûlants et puants faisaient un carton...] Qu'il me soit à présent permis de projeter quelque plan sur la comète. Nous sommes en juillet, sur une plage. Votre Taulier chéri entre tous est là, nu comme un ver, en train de courir dans un livre (le Taulier lit toujours sur les plages), entouré de quelques-uns de ses congénères, le vermicelle (bis) en berne et le plan de persil, cueilli ou non, en jachère, qui tantôt bouffent de gras beignets aux pommes - décidément... -, tantôt font des mots croisés - évidemment... -, tantôt font des ronds dans l'eau - naturellement... Les allongés et les aquatiques ont l'air "psychiquement fatigués", comme l'a justement notifié Jean-Paul Delevoye, le Médiateur de la République, dans son dernier rapport annuel, ils ont comme la tête dans le sable ou sous la flotte, et le soleil est sans pitié qui les aveugle et qui les crame, parfois jusqu'au mélanome... C'est alors que le Taulier, n'écoutant que son bon génie, se juche sur un monticule minuscule bâti à la sueur de son front - bah oui... - puis, du haut de cette chaire fragile, et de sa chair lavée de tout soupçon, avec ses lunettes de vue (toujours), il fait lecture aux (in)fidèles médusé(e)s de la bonne parole selon Jérôme, extraite de Physiologie des lunettes noires (Mille et une nuits, 2010, page 47). Voici : "[...] le communisme sera sexy, poétique et balnéaire, ou ne sera pas. Ce sera un temps heureux, nous serons sur les plages. la grammaire sentimentale se jouera avec des lunettes noires que l'on s'amusera à enlever ou à remettre selon un ordre très précis. Nos cartes du Tendre se dessineront sur le sable du temps libéré, dans des marivaudages rieurs. Et quand celle qui n'aura connu, à dix-huit ans, que cette société où le libre développement de chacun sera l'unique condition du développement de tous, quand celle-là remontera ses lunettes de soleil dans ses cheveux épais, cela voudra dire que oui, décidément oui, avant le crépuscule il y aura la fantaisie de deux épidermes qui se toucheront dans la gratuité de l'amour au temps du communisme réalisé. " Soudain, que vois-je ? Des fruits de mère qui sont en train de bouger, de changer, de chalouper, de s'émanciper (le verbe de prédilection de Jérôme), puis de nationaliser la chaleur pour se la réapproprier avant de l'être, en chaleur, des bigorneaux qui se tendent et des moules qui se fendent... Mais je vois aussi des causeurs en colère, mâtinés de conservatisme électrique et de pétainisme écologique - ses (im)postures poussiéreuses - en train d'ourdir une cabale contre Leroy (et le Taulier) pour foutre à terre le "communisme" et la "gratuité", pour exploser leurs ventres jusqu'à ce que des purées de viscères et des ruisseaux de sang finissent par se répandre dans la mer calme et salée, aujourd'hui noire et muette comme un sépulcre... On a beau leur dire qu'on est dans le poème, rien n'y fait, rappelez-vous, on leur avait déjà dit qu'on y était, dans le poème, avec la Genèse... - Dites Borhen, qu'est-ce que vous foutez avec ce dandy stalinien doublé d'un libertin aviné ? Ces derniers temps vous nous aviez habitué à mieux, à moins moisi en tout cas, on fondait des espoirs sur vous, l'un de nos journaux était même tout disposé à vous embaucher pour quelques piges... - Leroy stalinien ? Leroy armé de la tête aux pieds pour une nouvelle fois éclater la tronche des spectres courbés et des cadavres congelés de la Kolyma ? Leroy avocat de la dictature, de la censure et de la torture ? Mais où avez-vous lu ça bande d'éjaculateurs précoces ? - Mais enfin, c'est un coco, un rouge qui tache, un franchisé du goulag, c'est une enflure, un enfoiré, un émasculé du ciboulot, un enculé, une entaille à l'honneur et à la patrie, c'est une enclume, une bombe à neutrons travesti en faucille et en marteau... Ouvrez les yeux merde ! À cet instant, je l'avoue, j'ai douté, alors j'ai fermé les yeux et j'ai vu Jérôme pleurer... Ne pleurez pas Jérôme, ne pleurez pas, ces salauds de capitalistes merdeux et de réacs frigides seraient encore capables de les vendre, vos larmes, et les miennes avec par-dessus le marché - l'expression par-dessus le marché... (Notre Rimbaud qui est aux cieux, vous n'avez pas fini de vous faire photographier, croyez-moi.) [Un jour ou l'autre, peut-être demain allez savoir, je pulvériserai ces Lettres libres dans la vacuité internautique et j'ouvrirai aussitôt un site géopolitique où je révèlerai l'existence de ce putain de corridor secret qui relie Moscou à Washington, en passant par les caves du Vatican - souvenons-nous du réseau Odessa... - et les bordels (et les usines) de Pékin et de toute la Chine, ce qui, du reste, permet à tous les exploitants et à tous usufruitiers du corridor ainsi mis à jour d'envoyer chier dans les bidonvilles, parmi les rats crevés et les métaux rouillés, l'Asie la plus pauvre, l'Afrique aux abois et l'Amérique Latine.] Encore une fois je gagne ma chaire de sable, celle-ci déjà entamée par le vent lié aux enfants piétineurs - ah ! la vieille obsession du Golem à détruire... - et, rongé par l'écoeurement et les médicaments, bien que je sois de la race des Seigneurs, de ceux qui préfèrent boire du Médoc plutôt que d'avaler des médocs, les larmes aux yeux, je lis le psaume éternel de Saint Jérôme, celui-ci débusqué dans Un dernier verre en Atlantide (La Table Ronde, 2010) - avouez, un dernier verre en Atlantide face à la mer ça a quand même de la gueule... ! Voici : "11 novembre Il faut aller à Ypres Il faut essayer de nommer les morts tous les morts Il faut réchauffer les plus de dix-huit ans Il faut réchauffer mon arrière-grand-père qui n'a jamais eu mon âge Il faut lire les plaques les croix et nommer encore nommer Il faut croiser les centenaires avec l'accent écossais et le coquelicot en papier à la boutonnière Il faut se promener à Vimy, sur la crête au-dessus du bassin minier dans la brume bleue et dorée Un arbre pour un mort une forêt un mémorial immense Et les noms les noms gravés encore les noms les noms des morts Il faut que les larmes montent aux yeux pour la dernière relève Nommer pour réchauffer nommer dans le bleu et l'or du ciel d'Artois du ciel des Flandres Nommer les morts tous les morts" Il écrit : "tous les morts." [Cher JEA, très cher JEA, avez-vous déjà lu Leroy ?] À la nuit tombante, en rond au pied des flammes unanimes, on fera un dîner délicieux, on s'aimera les uns les autres puis les uns sur les autres, on lira des poèmes, et on entonnera un chant nouveau. Le lendemain, à l'aube, il sera midi.* * * Bon, c'est pas l'tout, mais si Dieu me prête vie - et Il serait bien avisé de me prêter vie après l'oraison jaculatoire que vous venez d'écumer -, j'ai prévu de "regravir" la montagne Philippe Muray par la façade nord, juste pour le plaisir de réessayer ses lumineuses Roues carrées (Fayard/Les Belles Lettres, 2006), et histoire d'entretenir, aussi, le véhicule à essence (et à cambouis) de ma ligne éditoriale.Christophe Borhen PS : J'ai failli oublier de mentionner le titre du blog de Jérôme Leroy, Feu sur le quartier général !
Magazine Nouvelles
Leroy solaire...
Publié le 02 mai 2010 par Borhen
"Je cherche le chant."Jérôme Leroy in ça rime à quoi (France Culture, 1er mai 2010) Il y a huit jours, deux heures et quinze minutes, pour la 807ème fois de mon existence - précision : le Taulier cosmoplanétaire que j'incarne convoque rarement le nombre 807 pour amuser la galerie... -, j'ai ouvert la Bible posée sur ma table de nuit. À mon chevet, une réalité branlante veillait (la lampe, pas la lumière). Je chaussai mes lunettes de vue et m'enfonçai dans les premières pages du Livre de la Genèse, ce grand poème du Commencement, plutôt des commencements car, comme chacun sait, il y a deux récits de la Création, l'un consigné au chapitre premier et l'autre au deuxième. [Message de service adressé à tous les créationnistes de mes fesses (cathos intégristes, coupeurs en quatre de cheveux tombés dans le potage aux vermicelles "à la lettre", et autres trafiquants d'âme) : les lignes inaugurales du premier livre du Livre - "premier" s'entend ici dans la distribution canonique et certes pas dans la chronologie scripturale - sont un chant, un hymne, une louange, d'aucune façon quelque carbone (14) de la vérité "génétique" du monde en ses nervures et ses ramures...] Enfin bref. Donc je relus et je m'arrêtai là-dessus : "L'homme et sa femme étaient tous les deux nus et n'en avaient pas honte." (Gn 2, 25). Notons, au passage, que nos communs et paraboliques ascendants ne pouvaient avoir honte de leur nudité puisqu'il ne voyaient pas qu'ils étaient nus. Au Paradis, il s'avère en effet inutile et stérile de voir, de se faire voyant, dans la mesure où l'Enfer en est exclu. Peu après, je redécouvris qu'à l'instigation du serpent - pour rappel, également créature de Dieu - notre couple mythique croqua dans le fruit défendu afin d'"(être) comme des dieux" et, enfin, de "(connaître) le bien et le mal" (Gn 3, 5). [Relevons que le texte sacré parle exclusivement de "fruit", nous laisserons donc la pomme à la seule Blanche-Neige revisitée par l'industrie du cinéma.] Aussitôt le truc ingéré, "les yeux de tous deux s'ouvrirent ; ils prirent conscience du fait qu'ils étaient nus. Ils se firent des ceintures avec des feuilles de figuier cousues ensemble." (Gn 3, 7). Aussi bien, le premier châtiment infligé à l'Homme - ici, l'Homme est un terme générique qui embrasse la Femme - aura été administré par lui-même, comme une espèce d'autoflagellation en plus "cool" et plus "soft" si vous voulez, à savoir cacher la tuyauterie et la matrice dévolues à la descendance, autrement dit se vêtir - plus tard, dans son infinie bonté, Dieu ne manquera de leur fourguer des habits de peau : bon sang mais c'est bien sûr, Dieu a donc tué des bestioles, c'est le premier assassin de l'histoire, mais ce ne furent que des bestioles ; d'ailleurs, tout plein de mémoire, donc d'amour, Il saura s'en souvenir lorsque le père Abraham aura rendez-vous avec le sacrifice du genre humain via son fils innocent... C'est très bien, la Bible. [Relevons aussi que la Genèse n'évoque que la feuille de figuier, la feuille de vigne ne sera donc bonne que pour les peintres. Le texte bordel, le texte !!!] Sur ces "entrefaites", comme disent les pétasses et les péteux, ce grand cochon de Dieu - tout est bon dans le cochon ! -, familier des trous de serrure sans oublier les judas (et pour cause) se fâcha tout rouge, son côté (in)humain en somme. Foi de Christophe, je vous garantis que se mettre Dieu à dos n'est certes pas le plus léger des fardeaux... Il dit : "Qui t'a appris que tu es nu ? Est-ce que tu as mangé de l'arbre dont je t'avais défendu de manger ?" (Gn 3, 11). Pour la suite de la divine engueulade et, accessoirement, pour épargner vos globes oculaires - vous en avez tant vu et vous n'avez pas fini d'en voir ! -, permettez que je vous renvoie au Livre de la Genèse (chapitre 3, versets 11 à 24). Je résume tout de même : Il nous a renvoyé du paradisiaque jardin non sans nous avoir signifié que nous gagnerions puis mangerions notre pain (blanc) à la sueur de nos fronts, et qui plus est en marchant sur nos ventres et en mordant la poussière - je rappelle que le serpent fait semblant de roupiller dans chaque homme en un satanique et savant fondu enchaîné... Autrement formulé, c'est Dieu et seulement Dieu qui a inventé et l'expulsion et le travail. [Signalons que l'obstétrique reprendra à son compte les vocables expulsion et travail pour poétiser notre acte de naissance - la salope !] Résultat de l'originelle opération (du Saint-Esprit), entre autres : toutes et tous, on aime, on meurt, on travaille, on dort, on baise, on biaise, on sécurise, on surveille, on tue, on se tue, on se promène et on loue Dieu, voire son prochain, étouffés dans le textile. On est en burka, en soutane, en pagne, en jean, en costard, en col Mao, en treillis, en robe longue latéralement échancrée - tout ce qui est fendu n'est pas défendu, ne vous en déplaise ô Dieu ! -, en survêtement, en maillot de bain, en petite culotte, en string nécessaire, en pyjama, en haillons, en blouse, en lange ou en linceul, etc. Eh bien, brûlons tout ça ! Organisons un gigantesque feu de camp (je préfère l'expression "feu de joie") ! Faisons crépiter le brasier ! Et jouissons de la fumée qui s'élèvera sans relâche vers des cieux décidément voraces ! Et dansons et baisons et buvons jusqu'à l'aube nouvelle qui en fait se sera déjà incrustée dans nos yeux allumés ! Et, continuum métaphorique oblige, rendons grâce à la céleste orbe solaire qui bénira nos pleines lunes offertes ! Et puis vengeons-nous ! Oui, fomentons la vengeance autour des flammes de la lumière enfin maîtrisée et diffusée et organisons l'incandescent terrorisme avec des lances (et des langues) de feu qui nous ramèneront au temps d'avant les meurtriers, au Paradis ! [Après tout, en Europe, on a fait exactement le contraire pour à jamais amputer l'humanité d'un bout de son âme : organiser des partouzes de vêtements et réduire nos légendes en cendre ; c'était l'époque pas si lointaine, c'était hier en vérité, quand les fours brûlants et puants faisaient un carton...] Qu'il me soit à présent permis de projeter quelque plan sur la comète. Nous sommes en juillet, sur une plage. Votre Taulier chéri entre tous est là, nu comme un ver, en train de courir dans un livre (le Taulier lit toujours sur les plages), entouré de quelques-uns de ses congénères, le vermicelle (bis) en berne et le plan de persil, cueilli ou non, en jachère, qui tantôt bouffent de gras beignets aux pommes - décidément... -, tantôt font des mots croisés - évidemment... -, tantôt font des ronds dans l'eau - naturellement... Les allongés et les aquatiques ont l'air "psychiquement fatigués", comme l'a justement notifié Jean-Paul Delevoye, le Médiateur de la République, dans son dernier rapport annuel, ils ont comme la tête dans le sable ou sous la flotte, et le soleil est sans pitié qui les aveugle et qui les crame, parfois jusqu'au mélanome... C'est alors que le Taulier, n'écoutant que son bon génie, se juche sur un monticule minuscule bâti à la sueur de son front - bah oui... - puis, du haut de cette chaire fragile, et de sa chair lavée de tout soupçon, avec ses lunettes de vue (toujours), il fait lecture aux (in)fidèles médusé(e)s de la bonne parole selon Jérôme, extraite de Physiologie des lunettes noires (Mille et une nuits, 2010, page 47). Voici : "[...] le communisme sera sexy, poétique et balnéaire, ou ne sera pas. Ce sera un temps heureux, nous serons sur les plages. la grammaire sentimentale se jouera avec des lunettes noires que l'on s'amusera à enlever ou à remettre selon un ordre très précis. Nos cartes du Tendre se dessineront sur le sable du temps libéré, dans des marivaudages rieurs. Et quand celle qui n'aura connu, à dix-huit ans, que cette société où le libre développement de chacun sera l'unique condition du développement de tous, quand celle-là remontera ses lunettes de soleil dans ses cheveux épais, cela voudra dire que oui, décidément oui, avant le crépuscule il y aura la fantaisie de deux épidermes qui se toucheront dans la gratuité de l'amour au temps du communisme réalisé. " Soudain, que vois-je ? Des fruits de mère qui sont en train de bouger, de changer, de chalouper, de s'émanciper (le verbe de prédilection de Jérôme), puis de nationaliser la chaleur pour se la réapproprier avant de l'être, en chaleur, des bigorneaux qui se tendent et des moules qui se fendent... Mais je vois aussi des causeurs en colère, mâtinés de conservatisme électrique et de pétainisme écologique - ses (im)postures poussiéreuses - en train d'ourdir une cabale contre Leroy (et le Taulier) pour foutre à terre le "communisme" et la "gratuité", pour exploser leurs ventres jusqu'à ce que des purées de viscères et des ruisseaux de sang finissent par se répandre dans la mer calme et salée, aujourd'hui noire et muette comme un sépulcre... On a beau leur dire qu'on est dans le poème, rien n'y fait, rappelez-vous, on leur avait déjà dit qu'on y était, dans le poème, avec la Genèse... - Dites Borhen, qu'est-ce que vous foutez avec ce dandy stalinien doublé d'un libertin aviné ? Ces derniers temps vous nous aviez habitué à mieux, à moins moisi en tout cas, on fondait des espoirs sur vous, l'un de nos journaux était même tout disposé à vous embaucher pour quelques piges... - Leroy stalinien ? Leroy armé de la tête aux pieds pour une nouvelle fois éclater la tronche des spectres courbés et des cadavres congelés de la Kolyma ? Leroy avocat de la dictature, de la censure et de la torture ? Mais où avez-vous lu ça bande d'éjaculateurs précoces ? - Mais enfin, c'est un coco, un rouge qui tache, un franchisé du goulag, c'est une enflure, un enfoiré, un émasculé du ciboulot, un enculé, une entaille à l'honneur et à la patrie, c'est une enclume, une bombe à neutrons travesti en faucille et en marteau... Ouvrez les yeux merde ! À cet instant, je l'avoue, j'ai douté, alors j'ai fermé les yeux et j'ai vu Jérôme pleurer... Ne pleurez pas Jérôme, ne pleurez pas, ces salauds de capitalistes merdeux et de réacs frigides seraient encore capables de les vendre, vos larmes, et les miennes avec par-dessus le marché - l'expression par-dessus le marché... (Notre Rimbaud qui est aux cieux, vous n'avez pas fini de vous faire photographier, croyez-moi.) [Un jour ou l'autre, peut-être demain allez savoir, je pulvériserai ces Lettres libres dans la vacuité internautique et j'ouvrirai aussitôt un site géopolitique où je révèlerai l'existence de ce putain de corridor secret qui relie Moscou à Washington, en passant par les caves du Vatican - souvenons-nous du réseau Odessa... - et les bordels (et les usines) de Pékin et de toute la Chine, ce qui, du reste, permet à tous les exploitants et à tous usufruitiers du corridor ainsi mis à jour d'envoyer chier dans les bidonvilles, parmi les rats crevés et les métaux rouillés, l'Asie la plus pauvre, l'Afrique aux abois et l'Amérique Latine.] Encore une fois je gagne ma chaire de sable, celle-ci déjà entamée par le vent lié aux enfants piétineurs - ah ! la vieille obsession du Golem à détruire... - et, rongé par l'écoeurement et les médicaments, bien que je sois de la race des Seigneurs, de ceux qui préfèrent boire du Médoc plutôt que d'avaler des médocs, les larmes aux yeux, je lis le psaume éternel de Saint Jérôme, celui-ci débusqué dans Un dernier verre en Atlantide (La Table Ronde, 2010) - avouez, un dernier verre en Atlantide face à la mer ça a quand même de la gueule... ! Voici : "11 novembre Il faut aller à Ypres Il faut essayer de nommer les morts tous les morts Il faut réchauffer les plus de dix-huit ans Il faut réchauffer mon arrière-grand-père qui n'a jamais eu mon âge Il faut lire les plaques les croix et nommer encore nommer Il faut croiser les centenaires avec l'accent écossais et le coquelicot en papier à la boutonnière Il faut se promener à Vimy, sur la crête au-dessus du bassin minier dans la brume bleue et dorée Un arbre pour un mort une forêt un mémorial immense Et les noms les noms gravés encore les noms les noms des morts Il faut que les larmes montent aux yeux pour la dernière relève Nommer pour réchauffer nommer dans le bleu et l'or du ciel d'Artois du ciel des Flandres Nommer les morts tous les morts" Il écrit : "tous les morts." [Cher JEA, très cher JEA, avez-vous déjà lu Leroy ?] À la nuit tombante, en rond au pied des flammes unanimes, on fera un dîner délicieux, on s'aimera les uns les autres puis les uns sur les autres, on lira des poèmes, et on entonnera un chant nouveau. Le lendemain, à l'aube, il sera midi.* * * Bon, c'est pas l'tout, mais si Dieu me prête vie - et Il serait bien avisé de me prêter vie après l'oraison jaculatoire que vous venez d'écumer -, j'ai prévu de "regravir" la montagne Philippe Muray par la façade nord, juste pour le plaisir de réessayer ses lumineuses Roues carrées (Fayard/Les Belles Lettres, 2006), et histoire d'entretenir, aussi, le véhicule à essence (et à cambouis) de ma ligne éditoriale.Christophe Borhen PS : J'ai failli oublier de mentionner le titre du blog de Jérôme Leroy, Feu sur le quartier général !
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