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Marie dans l'Evangile de saint Luc (1)

Publié le 12 mai 2010 par Hermas

marie-de-nazareth-copie-1Dans les Evangiles de l’Enfance (les deux premiers chapitres), Luc mentionne onze fois Marie, et Joseph trois fois, dans les différents épisodes retenus par lui, et qui sont d’un caractère tout à fait différent de ceux retenus par Matthieu. Il présente en effet en premier la conception miraculeuse de Jean-Baptiste, et va jusqu’à la première visite de Jésus au Temple, à l’âge de 12 ans. Luc permet en partie de rétablir la chronologie, même s’il prend des libertés très grandes dans ce domaine. Ce qui n’enlève rien à l’historicité de ce qu’il présente. Par exemple, après la présentation au Temple, Luc parle tout de suite du retour en Galilée, à Nazareth, alors que les Mages doivent encore venir, que Joseph, l’enfant et sa mère doivent s’enfuir en Egypte. Ce qui compte pour Luc, c’est de montrer sans tarder la vie cachée de Jésus à Nazareth, et il insiste à plusieurs reprises sur la Sainte Vierge qui garde et médite dans son cœur ce qui arrive à son Divin Fils. Indication précieuse qui montre dès à présent que, à la lumière des Ecritures quelle connaissait parfaitement, Marie a toujours été consciente de la Mission de son fils, qu’elle l’avait pleinement acceptée et y était associée.

Matthieu s’est informé auprès de sa famille directe, notamment pour la généalogie, dressée selon les lois de succession en cours en Israël, qui mêlent la descendance naturelle, et la descendance légale, suivant en cela les lois juives dans ce domaine : chaque famille conservait précisément sa propre généalogie et une copie était déposée dans le Temple de Jérusalem. Luc, en revanche donnera lui aussi la généalogie de Jésus, jusqu’à Adam. Mais ne s’adressant pas à des juifs, il donne la généalogie de Jésus, selon la génération naturelle : de père en fils, jusqu’à Joseph, certes, mais dont le père est différent de celui qui est indiqué par Matthieu. On a aussi un nombre de générations correspondant précisément au temps écoulé depuis David jusqu’à Joseph. Et les noms qui se trouvent dans cette généalogie sont les véritables ancêtres de Jésus. Ce qui n’enlève rien à la valeur historique de la généalogie donnée par Matthieu et à son contenu spirituel ! Je renvoie le lecteur que cette question intéresserait à l’ouvrage cité ci-dessus : « Jésus Fils de David dans les généalogies de saint Matthieu et de saint Luc » (Téqui 1982).

Saint Luc a procédé à un travail plus systématique, "scientifique" pourrait-on dire, comme il l’indique lui-même dès le début de son Evangile :

Luc chapitre 1° :

1. 

Puisque beaucoup ont entrepris de composer un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous,

2. 

d'après ce que nous ont transmis ceux qui furent dès le début témoins oculaires et serviteurs de la Parole,

3. 

j'ai décidé, moi aussi, après m'être informé exactement de tout depuis les origines, d'en écrire pour toi l'exposé suivi, excellent Théophile,

4. 

pour que tu te rendes bien compte de la sûreté des enseignements que tu as reçus

Il s’est informé « exactement de tout depuis les origines », ce qui nous permet de penser sans être téméraire, que les récits concernant Jean Baptiste, l’Annonciation à Marie, la Naissance de Jésus, la Présentation de Jésus au Temple, Jésus retrouvé au Temple à l’âge de douze ans, ont été recueillis par Luc directement de la bouche même de la Sainte Vierge, qui se trouvait, ne l’oublions pas, chez Saint Jean (« Le disciple la prit chez lui » Jean 19, 27). En effet, seule Marie a été témoin et protagoniste de ces événements. Elle seule pouvait les raconter et pas sa famille : Joachim et Anne, ses parents étaient très certainement décédés. Après le songe de l’Ange qui explique à Joseph le caractère miraculeux et divin de l’Incarnation, Marie a dû expliquer tout cela à Joseph. Mais Joseph lui aussi était décédé. Il ne restait plus que Marie ! Et c’est à elle seule que pouvait s’adresser Luc. D’où les récits différents de ceux retenus par Matthieu, la précision, les détails fournis par son auteur.

Luc a donc connu aussi très certainement Jean l’Evangéliste. Monsieur Trinquet, prêtre de Saint Sulpice, mon professeur d’Ecriture Sainte, nous faisait remarquer les petits détails qui sont communs aux évangiles de Jean et de Luc, et reflètent une même tradition, une même origine, même si quelques décennies séparait leur rédaction. Luc a reçu le témoignage direct de la Sainte Vierge, notamment pour ce qui concerne l’Enfance, et dont elle a été la protagoniste, mais aussi de saint Jean qui a suivi Jésus depuis le tout début lorsqu’il quitta Jean Baptiste avec André pour suivre Jésus (cf. Jean 1, 36 et versets suivants), jusqu’au bout, jusqu’à la Croix, jusqu’à la mise au tombeau, et à la découverte du tombeau vide : « Il vit et il crut » (Jean 20, 8b).


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