Magazine Journal intime

La princesse et les palmipèdes

Publié le 17 mai 2010 par Anaïs Valente

Il était une fois une petite ville perdue dans un pays à l'époque encore appelé Gelbique (n'en déplaise à certains).  Cette ville était bordée par un fleuve, près duquel vivaient des palmipèdes de tous poils, de toutes plumes pardon.  Il y en avait des blancs, des beiges, des noirs, des tachetés, des mouchetés, des vilains, des beaux, des méchants, des gentils.  Parenthèse (Et c'est là que l'auteur réalise combien les palmipèdes sont semblables aux humains, tout compte fait.) fin de la parenthèse

Un beau matin, une jeune princesse dénommée Anaïs, qui vivait dans un tout petit château tout bordélique, tout kitsch, tout encombré de livres et qui ressemblait à tout sauf à un château (mais dans les contes de fées, y'a toujours un château, alors nous dirons que c'était un château), donc, un beau matin, la princesse Anaïs apprit qu'un couple de cygnes avait établi sa résidence en bord du fleuve, à un endroit visible de tous.

Elle qui vouait aux animaux une passion inébranlable décida de se rendre sur place pour admirer les bestiaux.

Elle enfila sa plus jolie robe sur ses jupons de crinoline se glissa dans un vieux jeans et ramassa un pull poussiéreux qui traînait sur le sol, se para de mille diamants prit son sac argenté rempli de victuailles pour la route et fit seller un cheval emporta son lecteur MP3 sur lequel étaient téléchargés de morceaux de Mozart opéra rock.

Elle marcha deux lieues avant de parvenir à destination et de découvrir le nid, fait de branchages et de déchets quelconques (bouts de plastique, emballages de biscuits, caoutchouc..., le monde moderne était déjà aux portes du royaume à l'époque).  Il avait été construit en surplomb du fleuve, permettant à ses occupants d'aller et de venir à leur guise, en fonction de leurs besoins.  La mère cygne quittait cependant rarement les lieux, occupée qu'elle était à couver ses œufs. 

La princesse prit la décision de revenir chaque jour afin d'observer le nid et de rédiger, de sa plus belle plume d'oie, une étude sur la vie des cygnes au XXXXXIVIIIXXXXMMMMTTTTTTEZOPLKUGDe siècle.  Elle n'était pas la seule à se passionner pour la chose.  Ainsi, à chacune de ses escapades sur les lieux, elle croisait qui un vieux monsieur qui lui expliquait la vie des cygnes et autres volatiles, qui un chien qui fantasmait à l'idée de croquer les cygneaux une fois nés, qui une famille entière qui, à grands cris de joie, attendait l'heureux événement.  Point de prince brun et ténébreux, à son grand regret.  Mais quelle convivialité, quel bonheur que ces échanges, dans un monde habituellement si silencieux.

Les jours passaient, le rituel était immuable.  Tout comme la situation en bord de fleuve.  Les œufs, d'abord au nombre de cinq, s'étaient réduits à trois, sans doute par la faute d'un prédateur ou d'un manant de mauvaise vie qui passait par là.

Anaïs n'avait qu'un rêve, assister en direct live à l'éclosion des œufs (on vit d'espoir).   Mais rien ne se passait.  A peine si la mère cygne daignait soulever son arrière train occasionnellement pour aérer sa future progéniture, provoquant à chaque fois une bouffée d'espoir dans le regard de notre princesse.  En vain.

Un soir d'avril, alors que le soleil se couchait, après avoir réchauffé le royaume durant toute la journée, la princesse se rendit, comme à l'accoutumée, sur place.  Elle ne put réprimer un cri d'effroi en remarquant un énorme rat brun aux abords du nid.  Elle n'avait vu que son arrière-train tout brun et sa longue queue glabre, mais cela avait suffi à lui faire réaliser l'ampleur de la catastrophe qui s'était sans doute jouée peu de temps auparavant.  Les parents cygnes s'étaient éloignés du nid, peut-être sous l'effet de morsures du rongeur.  Les trois œufs étaient abandonnés.  Pire encore, l'un d'entre eux était troué.  Troué !

Anaïs plongea alors dans un désespoir aussi profond que ses latrines et, persuadée que les bébés cygnes ne verraient jamais le jour, elle se résolut à ne plus jamais se rendre aux abords du fleuve, tant sa tristesse était grande et sa peine trop lourde à porter (surtout quand on trimballe des crinolines, un sac énoooorme et un lecteur MP3).  Elle décida de rentrer chez elle, de sortir sa boîte à couture pour se piquer à une épingle et dormir cent ans, et adviendrait que pourrait, ou un truc du genre.

Quelques semaines plus tard, une princesse d'un village voisin rendit visite à Anaïs, la réveilla d'un coup de baguette magique et l'incita à aller prendre l'air, passque, on a beau être une princesse, des semaines au lit, ça donne une haleine de chacal et des aisselles de babouin.  Elles se transportèrent alors, sur leurs fidèles destriers, jusqu'au fleuve.  Anaïs tremblait à l'idée de revoir le lieu du carnage d'antan, mais elle avait le courage d'une grande dame et n'hésita pas à approcher lentement de la rive.

Le spectacle qu'elle y découvrit fut de toute beauté.  Des trois œufs qu'elle pensait dévorés par le rat, seul un avait réellement été détruit.  Les deux autres avaient muté en deux splendides petits cygneaux.  L'un était doré comme le blé, l'autre aussi gris que les sous-vêtements d'Anaïs (voilà ce qui arrive quand on n'utilise pas Dash).

Notre princesse ne se lassa pas de contempler le spectacle qui s'offrait à elle.  Elle revint, jour après jour après jour après jour, afin d'observer cette nouvelle famille dans sa vie quotidienne. 

Par la même occasion, elle fit la connaissance de toutes les autres familles de palmipèdes qui peuplaient les rives du fleuve, ainsi que de tous les vieux princes et les familles royales qui faisaient de même, mais c'est une autre histoire, que nous vous conterons prochainement...

Photo 1 : moi je couve, toi tu surveilles, et ne te retourne pas, y'a un intrus

Photo 2 : attends, je checke nos petits, un, deux, trois, c'est bon

Photo 3 : coucou, vous m'avez vu ?  Allez, là, à gauche, le petit gris, c'est moua

Photo 4 : notre repas de famille

Photo 5 : balade digestive

cygnesmontage



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