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Leu franssé kisparle plus...

Publié le 27 mai 2010 par Amaury Watremez @AmauryWat

Passion de la langue française – recueil de textes présentés par Gérard de Cortanze

chez Desclée de Brouwer

Je remercie Steevy, le clèbre chroniqueur culturel de Laurent Ruquier, qui m'a inspiré le titre de cette note.

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Je suis en train de lire cet excellent recueil de divers textes sur la défense de la littérature et de la langue française. Au départ, il y en a qui se diront que c'est un combat d'arrière-garde, un peu poussiéreux tellement la littérature et les lettres sont méprisées comme jamais auparavant elles ne l'ont été, attaques subies du fait d'une alliance contre-nature a priori (à mon avis, elle est tout à fait logique) entre les anciens de "soissantuite", maissi ce monôme petit-bourgeois, et les partisans du tout-économique, rappelez-vous les djeuns. Entre parenthèses, et en passant, même si je trouve soissantuite parfaitement ridicule quant à ses aspirations, ceux qui ont vécu cette période en avaient, au moins, des aspirations à autre chose, de plus grand et de plus beau que la contemplation obsessionnelle de leur nombril.

C'est un combat ultra-minoritaire, la majorité trouvant que les classiques au Collège ou des dissertations en Seconde, c'est opressif et dictatorial pour les cervelles des élèves, c'est trop difficile à comprendre pour eux des écrits qui élèvent l'esprit ou amènent à des idéaux moins terre-à-terre qu'une vie bien égoïste en lotissements rurbains. L'individu devient finalement un spéculateur de ses capacités intellectuelles, qu'il se doit d'adapter aux besoins du marché de l'emploi, devant s'estimer quant à sa valeur marchande car il n'est plus qu'une machine comme une autre, un investissement, et ensuite se vendre au plus offrant, ce qui n'est pas immédiatement utile à cette spéculation, comme les livres justement, ou l'art en général, il s'en fiche complètement, ignorant que c'est justement toutes ces choses futiles à ses yeux, petites ou grandes, qui font le ciment d'une communauté et qui vont du goût d'un vin à des phrases de Chateaubriand.

L'anglais anglicise tout ou plutôt américanise tout, selon la colonisation douce dont parle Dominique Noguez dans le livre, qui date son début à la signature du Traité de Versailles, dont les négociations se firent en anglais et non en français, langue diplomatique traditionnelle. Pour se moquer de cette manie du franglais, quelques écrivains, je ne sais pas si c'est Marcel Aymé ou Céline qui ont commencé (suivis ensuite par Nimier ou Blondin, ou ADG), se sont amusés à franciser l'anglais, louque pour look, poulovère pour pull-over et ainsi de suite.

Mais on ne comprend plus, l'anglais, comme l'a dit un ministre qui depuis fait une belle carrière dans les médias, Claude Allègre, en 1997, « ne doit plus être une langue étrangère » : les pièces de théâtre du répertoire devraient être au minimum sous-titrées, au mieux jouées en anglais, les articles scientifiques et universitaires rédigés en anglais, les films itou. Il faut dire que notre société est profondément influencée par la société anglo-saxonne, les chtits n'enfants français roses et meugnons ayant de plus en plus tendance depuis quelques années à muer en de grosses patates de canapé obèses et cyberautistes vautrées devant la téloche, casquettes moches sur le crâne, et/ou qui ont le nez perpétuellement vissé sur leur téléphone celullaire dernier cri, à donner de l'audience aux pires conneries, comme Dilemme, par exemple, la dernière absconserie téléréelle, animée par Faustine Bollaert, en se nourrissant de pizzas et de la djunk food la plus écoeurante, mais qui sont tellement conviviales et tellement modernes, comme le leur suggère la pub.

A gauche en grande partie, mais aussi plus généralement d'ailleurs pour ceux qui regardent le monde à travers des lunettes roses, donc également à droite, ce qui est à la mode est d'affirmer que, le langage évoluant sans cesse, jargon essèmesse, verlan, qui existe depuis plus longtemps que les cités dortoirs, il faudrait que quelqu'un le dise aux rappeurs qui imaginent que ça leur donne une allure d'affranchis alors que l'on songe plutôt à un autre mot commençant par "a", exétéra, que ces nouveaux barbarismes enrichissent le français dans une sorte de progrès constant vers le bonheur de l'humanité toute entière, soucieuse du « care » de son voisin, et surtout du sien, et qui pense enfin à sortir le chien et faire la vaisselle, tout genre de petites corvées qui suffit à détruire la misère selon les éléphants roses en 2010 (persuadés qu'ils sont que cela suffira à rendre l'hyper-libéralisme plus supportable).

Dans la bien-pensance, pour ces raisons, on aime bien l'Esquive parce que Marivaux en verlan c'est tellement coule, et puis c'est plus facile à comprendre, tout comme on trouve tellement génial et émouvant de voir un prof de français acheter la paix civile en jouant les rebelles Entre les murs. De temps en temps, heureusement, il y a des inconscients comme Cécile Ladjali qui osent encore parler d'exigence et de travail, les salauds, et même d'écriture, ce truc opressif selon les pédagogistes, voire même d'écriture collective, ô scandale, des adolescents qui se donnent du mal pour écrire une pièce de théâtre qui n'est même pas slamée. Ce mouvement de progrès donne d'excellents résultats, arrivera bientôt le moment où nos chères têtes blondes reviendront à la communication bien plus simple et moins poussiéreuse que l'écriture, ce vieux machin, les grognements, et de toutes façons, ils n'auront plus à le faire, n'ayant plus besoin de sortir de chez eux, excepté à la rigueur pour des rassemblements grégaires fèce-bouquiens qualifiés sans rire par les commentateurs divers et variés de rassemblements conviviaux (sont-ils spirituels...).

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La bien-pensance aime bien aussi le slam, du rap sans l'obsession fessière, le sexe et celle du fric, ce qui le rend fréquentable et civiquement utile (pour du bon « care » pour la communauté). Le slam permet aussi au premier lascar venu d'imaginer qu'il a du talent et qu'il sait écrire, et de se faire un peu de thunes pour quelques vers de mirlitons. Et puis financer un atelier de slam c'est pas mal pour les finances publiques, dont on nous serine qu'il faut réduire les déficits pour stabiliser l'Euro, c'est quand même des économies intéressantes, ça évite de payer par exemple deux postes de professeurs de français au lieu d'un et ça donne bonne conscience dans le même mouvement. C'est pratique. Moi, j'ai du mal avec la vision à la fois misérabiliste et angélique de la banlieue que l'on trouve dans les textes de Grand Corps Malade par exemple. Pour parler d'une des idoles actuelles des MJC en dehors des champions de macramé.

Le français, enfin la langue française veux-je dire, est mal barré, le bétail étant persuadé que c'est obsolète de bien s'exprimer et convaincu que les trois-cent trente chaînes qu'il a sur le câble ou le satellite compensent son inculture crasse (cela ne l'empêche pas d'avoir des prétentions culturelles car il est sûr pour lui que lire deux ou trois articles sur Wikipédia suffit pour connaître un sujet).


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