Magazine Humeur

De l'échangisme et du libertinage...

Publié le 11 décembre 2007 par Laurent Morancé

De l'échangisme et du libertinage...

Nicole Kidman in Eyes Wide Shut

Film de Stanley Kubrick (1999)

 


Il pleut sur la ville comme il pleut dans mon coeur, mais pas de panique à bord...

Que voulez-vous, j'ai mes parapluies secrets, mes refuges essentiels, mes souterrains en pleine lumière...

 

Détonations, fer et feu, carcasses déchiquetées et corps calcinées, et Alger la Blanche (re)devenue rouge sang...

Pendant ce temps-là, comme on dit dans les fims muets, un terroriste intégré, institutionnalisé, pavoise en notre Palais Bourbon...

Honte.

Mais, c'est vu d'avance, en vrais chacals et en infectes sanibroyeurs qu'ils sont, ils nous feront bien vite digérer tout ça...

 

Miss France (suite).

La nouvelle élue - pardon, la nouvelle désignée - répond au patronyme de Bègue (je n'invente rien).

Sans vouloir sombrer dans le jeu de mots calamiteux, je dirai seulement qu'ils remettront ça l'année prochaine...

 

Téléthon (suite).

Promesses de dons de l'édition 2008 inférieures à celles de l'année dernière.

Ils évoquent ici et là les mauvaises conditions climatiques qui, paraît-il, auront découragé plus d'une âme généreuse et sensible...

Il est vrai qu'invoquer pêle-mêle la baisse du pouvoir d'achat, la démobilisation générale, la sinistrose ambiante, certaines critiques malvenues de l'Eglise catholique et la concurrence déloyale de Télé-Bouygues eussent fait désordre dans la boutique, et la bulle unanime d'éclater...

 

Avec la massification de l’érotisme appliqué - un érotisme du bout des lèvres sur papier glacé -, celui-ci filtré, donc régénéré, par l’arrogant tryptique Spectacle-Technique-Commerce, et de l'atterrissage du  sexe obligatoire jusque dans nos assiettes (quelle époque climatisée sous surveillance, quand on y songe), tout ce qui a trait au libertinage, à commencer par le vocable lui-même, a été rabaissé au niveau exclusif de l'activité sexuelle et, par effet d'entonnoir, de la pratique qu’est l’échangisme, pratique hebdomadaire et débonnaire, festive et sportive, du ressort de quelques pervers à temps partiel triés sur le volet - comprendre quelques B.B.B. : Bourgeois-Bohêmes-Branchés ou encore Baise-Bed-Breakfast...

 

Du coup, on peut dorénavant se faire une soirée libertine (!?), une soirée privée (sic), comme on se fait une soirée raclette ou bien un restaurant chinois - et si on se faisait un chinois ?...  

Assisterions-nous à la fin consommée du vrai libertinage, celui de ce (mon) cher dix-huitième siècle ? C'est probable.

En tout cas, les preuves affluent, le dossier s'épaissit...

 

Comme je l'écrivis naguère, en deux temps trois mouvements Venise sodomisée par le Cap Agde, ses canaux d'air, d'or et d'eau vampirisés par des jacuzzi réputés sulfureux, en tout cas poisseux et savonneux (nouvelles bulles unanimes), et Casanova et son Eminence le cardinal de Bernis (eh oui, même lui) rattrapés au pas de course par les sieurs Laurel et Hardy alias Frédéric Beigbeder et Patrick Sébastien...

Le libertinage nouveau est arrivé ! Politiquement trop dangereux, et à terme trop coûteux, il sera donc dénaturalisé, c'est-à dire non optionnel ; il sera people et artificiel ou bien il ne sera pas...

Allez, arrête ton char Ben Hur, t’entames la falaise... Quoique, à la réflexion...  

 

Cela étant, loin de moi le souhait de villipender les clubs libertins, comme ils disent, ou échangistes ou non-conformistes, comme mentionné parfois à leur porte d'entrée (et de sortie) ou encore dans des guides idoines...

Loin de moi ce souhait, donc, mais, de grâce, osons nous lier et nous liguer pour arraisonner et assaisonner le Système comme il se doit, pour l'apostropher en plein hémicycle, pour lui faire danser la gigue jusqu'à l'aube, pour lui faire connaître sa douleur, pour lui faire comprendre que le libertinage, avant d’être une affaire de cul (si c’en est une), en l’espèce un cul mal baisé ou trop baisé, est essentiellement, est seulement (?) une affaire esthétisante (et esthétique), un art de vivre, une philosophie, un truc aristocratique offert à tous (contraire absolu d'un machin démocratique à l'adresse de personne, spécialité du Système, menu du jour de l'Adversaire), bref, en un mot comme en mille, un choix poiltique...  

 

Faire ses preuves dans un club ou dans une soirée privée, dans un sauna, sur un parking ou sur une plage, peut-être, pourquoi pas, après tout il n'y a pas de mal à se faire du bien, et il est souvent bon d' abuser des bonnes choses, mais aussi et surtout faire ses preuves en toute occasion et en tout lieu, dans un isoloir comme dans un pieu...

 

Le vrai libertin ne doit rien (se) refuser, au nom même du Bonheur et du Plaisir qu’il doit apprendre à conjuguer sur tous les modes et à tous les temps, un Bonheur et un Plaisir d’autant plus forts qu’ils seront médiatisés et partagés (dans le meilleur des cas), un Bonheur et un Plaisir comme " pièces à vivre ", voire comme morales à suivre (ça y est ; le mot est lâché),  au service d’une catégorie supérieure de l’existence qui restera toujours à définir puis à déployer...

 

Voilà pourquoi le libertin digne de cette appellation d'origine contrôlée (encore le siècle des Lumières) se fera un devoir de tout écouter, de tout toucher, de tout sentir, de tout voir, de tout goûter ;

voilà pourquoi il cherchera à jouir par les cinq sens à la fois (la hantise du Système) ;

voilà pourquoi il vivra mille vies en même temps ;

voilà pourquoi, libre et fier, il aimera vagabonder avec son frère jumeau l’épicurien...

 

Credo : ici et maintenant, élever le Bonheur et le Plaisir au rang de vertus théologales.  

 

Pour en revenir à l’échangisme en tant que tel, une orientation effectivement revendiquée par plusieurs épicuriens et libertins (hélas ! souvent dans la discrétion et/ou dans le doute) et, par effet de loupe, aux différents comportements affiliés ou dérivés (exhibitionnisme, fétichisme, mélangisme, voyeurisme ; les allergiques aux mots en "isme", dont je suis, choisiront félicité, sensualité, volupté...), je veux confesser que les moments les plus exquis et les plus grandioses que j’ai vécus l’ont précisément été avec des vrais, comprendre avec des êtres incroyablement doués pour être des adversaires acharnés de tous les commerces sans fin et de toutes les collectes de fond, de tous les corps empêchés, de toutes les formes de  crime organisé, de tous les racismes et rejets de l'Autre, de tous les sectarismes, de la morale judéo-chrétienne par trop étouffante et culpabilisante, de la pudibonderie qui, comme chacun sait, n’a  rien à voir avec la pudeur, du puritanisme, de l’hypocrisie...

 

Je sais, je sais, je n'ai rien dit de plus que vous ne sachiez déjà...

Mais je devine aussi les questions concrétes qui se pressent aux portillons du samedi soir (vous n'êtes tout de même pas en train de lire les pages de Le Jour et la Nuit tout à fait par hasard) :

qui (se) sort dans ces clubs, saunas ou autres ?

Quels en sont les choses interdites, les comportements proscrits, les codes et les coutumes, les rites et les rudiments ?

Que dire et que revêtir pour réussir son examen de passage, pour être admis dans la joyeuse confrérie des bouilleurs de cru et des mangeuses d'andouillette ?

Sans vouloir faire du prosélytisme à deux balles (comme tout prosélytisme), je serais tenté de répondre : allez-y ! Par exemple après (je vous en conjure : pas à la place) un restaurant chinois ou une soirée karaoké à la mémoire de Joe Dassin et Claude François - il faut bien se divertir...  

 

Avant de conclure, cette interrogation que j’entends régulièrement :

de plus en plus de femmes fréquentent assidument ce genre d’endroit comme obligées, poussées par leur mari ou bien par un indigne représentant de la gent masculine ; vrai ou faux ?

Pour ma part, je me souviendrai longtemps de la belle et profonde réponse que me fit l’inventive et lascive C. :

" Ce n’est mon mari qui m’ordonne d’y venir ; ce sont plutôt l’Eglise et la Famille qui durant des siècles m’en ont barré l’entrée." 

 

Alors ?

Alors, pour faire carricatural et court, peut-on être " libertin " sans être " échangiste " ? Assurément oui.

Et peut-on être " échangiste " sans être " libertin " ? Pour moi, non ; mais pour le Système générateur de consommateurs (con-sot-mateur), oui...    

 

Rideau.

 

 

* Laurent Morancé

Ajouter un commentaire Signaler un abus Imprimer cet article Partager sur Facebook Voir l'article original
Retour à La Une de

Ces articles peuvent vous intéresser :

LES COMMENTAIRES (1)

Ajouter un commentaire