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Splice

Publié le 01 juillet 2010 par Mabo @mabomanji
Splice
Synopsis : Clive et Elsa sont des superstars de la science : ils ont réussi à combiner l’ADN de différentes espèces animales pour obtenir de fantastiques hybrides. Ils sont amoureux l’un de l’autre autant que de leur travail et veulent à présent passer à l’étape suivante : fusionner de l’ADN animal et de l’ADN humain. Lorsque le laboratoire pharmaceutique qui les finance refuse de les soutenir, Clive et Elsa décident de poursuivre leurs expériences en secret. Ils créent Dren, une créature étonnante dont la croissance rapide la fait devenir adulte en quelques mois. Alors qu’ils redoublent d’efforts pour préserver leur secret, leur intérêt scientifique pour Dren se mue peu à peu en attachement. Dren finira par dépasser les rêves les plus fous du couple… et leurs pires cauchemars.
C'est comme s'ils n'étaient pas allés au bout des choses. Ce film déborde de possibilités, de questionnements intenses qu'il aurait été bon d'approfondir. Mais non, il faut que ça reste du film de genre, du film de monstre qui doit faire peur dans une forêt en pleine nuit.
Du coup le concept et l'idée originale m'ont beaucoup intriguée surtout que les problèmes d'éthique dans le domaine scientifique m'ont toujours intéressée. C'est un problème qui se pose un jour ou l'autre pour toute personne entamant des études scientifiques. C'est aussi à cause de toutes ces zones d'ombre que je n'ai pas pu me résoudre à travailler dans cette branche.
Méga spoilers à suivre :
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Non seulement ils jouent aux dieux en créant une nouvelle espèce de toutes pièces mais ils s'attaquent en plus à leur propre espèce. Vouloir s'amuser avec de l'humain c'est comme s'auto-disséquer.
Ils créent une chose, un être qu'ils classifient en tant qu'expérience alors qu'elle possède des gènes humains. Ensuite ils mélangent tout et mêlent des attitudes d'empathie envers cet être tout en étant sûrs qu'ils restent scientifiques et donc détachés de cette vie. C'est ce flou dans leur attitude face à leur création qui est le plus fascinant dans le film.
Ils s'attaquent aussi à tous les questionnements et clichés liés à la croissance d'un enfant. Pourquoi ne le ressentent-ils jamais ? Ils devraient s'en apercevoir à un moment donné ou à un autre. Quand il est bébé il a tout du comportement d'un mammifère bébé et jamais ils ne font le lien ? Scientifiques de pacotille ! Elle lui apprend pourtant l'association et est ravie que ça marche comme si elle entraînait un singe. Il lui fait aussitôt la remarque mais c'est déjà bien plus que ça. Elle l'a déjà habillée en petite fille et lui dicte des règles de conduite comme on le fait avec un enfant.
Lui est en total rejet au départ comme un père qui dénigrerait son propre enfant. S'il n'y avait le côté science-fiction, ce film serait un banal drame familial glauque. Avec une mère qui doit sûrement reproduire tout ce que sa propre mère lui a fait subir, un père qui reste en retrais et voudrait bien s'en débarrasser.
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Plus leur créature grandit, plus elle manifeste de comportements humains. Elle nous fait le coup d'Oedipe en se rebellant contre sa "mère" et flashant sur son père. On aura droit à l'Oedipe inversé à la fin d'ailleurs, parlez d'utiliser un concept jusqu'au trognon ! Là où tout se trouble c'est que les "parents" n'en sont pas et se laissent complètement embarquer dans leur monde secret. Tous leurs côtés animaux ressortent. La mère est hyper protectrice même si elle applique le côté humain en essayant de transformer sa "fille" comme si elle se voyait jeune. Et lui voit enfin la ressemblance entre sa compagne et la créature. Son côté interdit et mystique le fascine tellement qu'il éprouve une attirance sexuelle pour celle qui aurait dû rentrer dans la case "fille" de leur schéma familial torturé.
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Je comprends pas qu'en tant que scientifiques ils aient pu s'étonner de tous ses comportements alors qu'ils savaient pertinemment qu'elle possédait à moitié des caractères humains. Son développement est tellement typique d'une ado qu'il est sidérant de les voir perdus face à ses attitudes rebelles. Effet certainement voulu dans le film, qu'ils aient l'air perdu comme de vrais parents face à leur enfant faisait sûrement partie du scénario.
Du coup rien n'étonne vraiment à part le choix étrange de cette fin de film d'horreur. Etait-ce pour rappeler super subtilement que malgré toutes ses ressemblances avec un être humain, Dren était avant tout une créature sauvage et inconnue aux instincts dévastateurs ? Et la toute fin est encore pire, de quoi dégoûter complètement de l'espèce humaine. Genre la dernière fois qu'elle a pris une décision en se disant qu'il ne pouvait rien avoir de pire, elle a crée une créature qu'ils ont maltraîtée, abusée psychologiquement, affectivement, pour ensuite essayer de s'en débarrasser. Ils ont ruiné leur entreprise, provoqué la mort de plusieurs personnes et rien de tout ça n'a arrangé ses instincts de mère. Mais non elle veut en plus continuer et mettre au monde le bébé qu'elle a eu après avoir été violée par sa propre créature changée en mâle par le passage à l'âge adulte. (C'est le deuxième effet kiss-cool du complexe d'Oedipe). Mais quel monde de merde !
Son personnage m'est insupportable, c'est elle tout du long qui veut absolument continuer et fait tout de travers à cause de ses propres problèmes psychologiques et sa relation avec sa mère (dont on ne saura clairement rien, lacune du scénario, autant expliquer ce genre d'allusions sinon ça ne sert à rien) et ensuite elle accuse allègrement les autres, se détourne de tout ce qu'elle a fait pour transformer la créature en humaine, la charcute comme une expérience et s'en détache complètement. Du moment qu'elle a le contrôle elle fait tout ce qui lui chante.
Le père c'est tout le contraire, il était pas du tout impliqué, il se retrouve embarqué là-dedans (à l'insu de son plein gré tout de même), perd tout son professionnalisme et ses repères. Il laisse faire sans se battre, fasciné et répulsé par ce qu'ils font.
Comment voulez-vous qu'une créature unique au monde puisse grandir comme il faut avec de tels tuteurs ! On dirait deux gosses qui jouent à Dieu et oublient tout le temps qu'il y a des conséquences à leurs actes. Tout ce qu'il y a de bas, vil, retors, mesquin et malsain en l'homme est démontré par des personnes intelligentes qui devraient être capables de s'en méfier.
En fin de compte le film m'a fait réagir exactement là où il voulait le faire. Ce qui m'agace c'est cette sensation qu'ils avaient un sujet d'enfer dont toutes les implications étaient vertigineuses, et qu'ils n'ont réussi à pondre en définitive qu'un banal drame qui finit comme un pétard mouillé.
Il aurait dû être révélateur, perturbant mais ça ne l'est que si on est déjà sensible aux problèmes d'éthique et à ce que "jouer avec la vie" signifie vraiment.
C'est tout de même le seul film cette semaine de Fête du Cinéma à m'avoir un tant soit peu fascinée. Même si en général ça se voulait très typé culture Nerd (nom de leur établissement de recherche d'ailleurs, rien que ça, ça veut tout dire...) qui fait de l'humour à deux balles. Très codifié et référencé.

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