Hier, vous avez eu droit à la naissance vue par la maman et comme promis aujourd’hui c’est le papa qui raconte!!!
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Jeudi 12 Juin 2008
Une journée tranquille, en tout cas tranquille dans le paysage de ces dernières semaines : je me réveille à l’hôpital (donc 7h !), je me lave les dents, j’embrasse ma femme et je file au boulot.
Matinée tranquille. J’ai eu ma chérie au téléphone dans la matinée, c’est pas la formichette mais j’essaye de pas trop m’inquiéter. Je me met un max le cerveau dans le boulot histoire de ne penser qu’à ça, d’oublier tous les problèmes de ces derniers temps. Ca a commencé il y a 6 semaines pour une échographie de contrôle, avec un col mesuré à 17mm et l’hospitalisation immédiate de la future maman. Depuis on est trimbalé d’avis médicaux en avis médicaux, avec un déménagement à 24SA de St Joseph (bien !) vers la Conception (moins bien !), avec tous les ennuis logistiques que peut représenter une hospitalisation, et une angoisse omniprésente.
Bref, j’essaye d’avaler quelque chose avec les potes du boulot à midi, en me disant que tout irait bien, que les 30SA étaient pas si loin, et que les minots attendraient bien jusque là pour sortir !
Vers 13h je me remet à bosser, j’aimerais bien finir ce truc avant la réunion qualité. 13h30 coup de fil de ma femme, elle perd du sang.
J’attrape ma sacoche et je presse le pas vers la sortie.
- désolé Chef je dois filer, je te tiens au courant
- pas de problème
30mn de bagnole ça laisse largement le temps à mon cerveau d’élaborer ma théorie d’expert médicale par rapport à ces saignements : elle a plus de col donc c’est pas ça qui saigne, et si c’est pas ça qui saigne c’est un bébé. Lily-Rose a rompu sa poche récemment, donc si ça saigne là dedans c’est sûr ça vient d’elle.
Pendant le début de la grossesse, il m’était arrivé de me demander si j’étais prêt à être père. La question ne me taraudait pas spécialement, mais revenait de temps en temps à mon esprit. Mais la peur de perdre nos enfants avait été tellement grande, tellement angoissante que j’étais maintenant persuadé que j’étais prêt, plus que prêt.
J’étais inquiet pour eux, mais aussi pour ma chérie, qui était dans un état pas possible. Il allait me falloir prendre sur moi pour tenir le choc, assez pour la soutenir et qu’on continue à y croire tous les deux, tous les quatre.
J’arrive à l’hôpital, je demande plus de détails et je vais voir les infirmières pour avoir plus d’infos. Ma théorie bidon ne tenait carrément pas la route, elles étaient certaines que ce sang ne venait pas de Lily, mais plutôt des contractions qu’elle avait eu ces derniers temps.
Inquiets mais rassurés par les infirmières, on passe une AM à peu près tranquille, ponctuée des contractions, parfois assez douloureuses mais pas fréquentes. Ouf, au moins c’est pas le travail qui commence, « allez ma chérie on va tenir tu vas voir ils vont rester au chaud ça va bien se passer ».
Tout a commencé à s’accélérer après mangé. Ma femme avait une « barre » au niveau de l’estomac qui lui faisait super mal. La dernière fois qu’elle nous avait fait le coup c’est quand la poche de Lily avait rompu. Là exactement pareil, elle a super mal et la douleur veut pas passer.
Selon moi ce truc lui arrive quand elle digère mal, ce qui lui arrive assez régulièrement en temps normal. Au moins cette théorie on saura jamais si elle était vraie ou fausse !
On bip les infirmières, qui viennent et lui file des médicaments pour que ça passe. Elle les prend, et je tente de regarder la télé en espérant que sa douleur passe, ce soir là c’était des épisodes de Cold Case sur Canal +. Pas trop le temps de se concentrer sur la télé, elle allait de plus en plus mal. Je re-sonne, et l’infirmière prend son joujou pour prendre la tension. 9-5 ça va c’est pas trop mal. Ma femme lui explique que ça fait comme la dernière fois et que sa tension va sans doute baisser. Pas vraiment persuadée, l’infirmière reprend quand même sa tension, 6-5. Ah ouais quand même ça baisse pas mal.
Moi j’étais en « panic mode » à côté, essayant tant bien que mal d’aider ma chérie. Parce qu’en plus elle avait des contractions qui lui faisaient mal. Je laissais ma main à sa disposition pour qu’elle la serre quand elle avait mal. J’ai parfois senti une phalange ou deux se casser mais c’est le maximum que je pouvais faire pour elle.
Une perf posée à la va-vite plus tard, l’interne arrive avec son méga joujou pour faire une échographie et voir si les bébés vont bien. Le PC qui centralise tout ça est un vieux truc qui met 5mn à démarrer, et 10mn de plus pour lancer l’application noir et blanc !
A l’écho tout a l’air normal, les bébés bougent bien, pas de problème à l’horizon. Mais elle veut quand même faire vérifier ça par sa chef qui a plus d’expérience.
Le médecin « méga boss » arrive alors et confirme que tout va bien à l’échographie. Si les contractions ne s’intensifient pas, pas de raison de s’alarmer. Cool on va pouvoir pieuter et attendre tranquillou les 30SA !
Là on se couche, quand même attentifs aux contractions et en particulier à leur régularité. Il me semble qu’il était minuit à ce moment là. Chaque contraction est notée à la minute près sur un papier.
- aïe aïe aïe
- je note, 00h12, elle était douloureuse celle là ?
- ouais quand même !
- ok
Quelques contractions douloureuses plus tard, on sonne parce que là on commence à être inquiets quand même. L’infirmière nous explique que c’est pas très grave et qu’il ne faut surtout pas noter comme ça les horaires de contraction parce que si on fait que y penser ça aggrave les choses. Ah ben ok on arrête alors.
Par mesure de précaution quand même, elle va faire un TV pour voir si tout va bien. Elle enfile le gant, touche un peu, et là c’est immédiat : « bon ben ils ont décidé d’arriver aujourd’hui ». Oh putain.
Elle dis à sa collègue de prévenir tout le monde pour préparer le bloc parce que là les minots ils vont sortir !!
Là c’est plutôt la panique de mon côté, ils sortent rapidement ma femme avec son lit de la chambre pour l’amener vers la salle de l’accouchement. Je demande à ce qu’on ferme la chambre, je prends ma sacoche et je suis le lit. J’essaye de la rassurer comme je peux. Je lui dit que les bébés iront bien. Elle pleure mais sourit. Après elle pose ses mains sur son ventre pour rassurer les bébés, pour leur donner du courage et leur dire que tout va bien se passer. A ce moment là je me souviens m’être dit que ce serait une maman extraordinaire.
Un dernier bisou à ma femme et on se sépare. On me dit d’attendre là mais moi je tourne en rond, j’ai des milliards de trucs dans ma tête qui me font angoisser. Est-ce que mes bébés iront bien, est-ce que l’accouchement va bien se passer ? Bref je tenais pas trop en place.
Du coup je suis sorti histoire d’appeler mon frère voir si il pouvait venir. Il était chez un pote, et m’a dit qu’il venait directement. J’ai aussi appellé ma soeur qui arrivait aussi.
En attendant je suis descendu fumer une cigarette pour patienter et me calmer un peu. Je suis tombé sur une famille dont la fille était en train d’accoucher. J’ai parlé un peu avec eux, et la femme m’a beaucoup rassuré, en me disant que tout irait bien. Elle m’a expliqué comment elle avait accouché de ses jumeaux en Arménie, pile poil au moment des tremblements de terre des années 80. L’accouchement c’était passé à l’extérieur de l’hopital, alors que tout tremblait autour d’eux. Ca m’a quand même pas mal rassuré, je me suis dit que si dans des conditions pareilles des enfants avaient vu le jour il fallait pas que je m’inquiète, mes enfants iront bien. C’était pas très cohérent mais il fallait que je me rassure autant que possible sinon j’allais craquer.
15mn après mon frangin et ma frangine arrivent. Moi j’étais à 2000, aussi parce que les infirmières m’avaient demandé de tout sortir de la chambre pour tout monter au 3eme étage. Et c’était pas une mince affaire vu tout le bordel qu’on avait amassé après 3-4 semaines passées à l’hôpital !
Pas très cohérent sur le moment, j’avais décidé de remettre plein de trucs dans la voiture, aidé de mes frères et sœurs. En allant pour sortir avec toutes les affaires sur le dos, une infimière m’interpelle en me disant que l’accouchement avait démarré ! Là j’étais encore plus speed. Vite je ramène tout à la voiture et je reviens, l’accouchement était terminé.
On me dit que je peux aller les voir. Du coup je m’habille avec blouse, protège chassures, masque, etc… Une infirmière m’explique que ça s’est bien passé et que pour le moment mes enfants se comportent bien. Elle m’amène là où sont Lily-Rose et Arthur : dans une petite pièce avec les deux couveuses et un autre mioche qui braille sur une autre table. Là un médecin me montre mes enfants. Fache’ ils sont petits les minots ! Mais ça m’inquiète pas hors de là, on m’a dit qu’ils allaient bien c’est l’essentiel.
Ils les ont alors emmené dans le bâtiment d’en face, en réanimation.
C’est marrant parce que quand je sortais de la pièce les infirmière s’inquiétaient de savoir à qui était le minot sur la table. J’ai halluciné à quel point l’organisation était chaotique ce soir là pour qu’elles ne sachent pas à qui était ce mioche.
En retournant à l’entrée j’ai croisé ma femme qui allait en salle de réveil. Je la rassure un peu en lui disant que j’ai vu les bébés et qu’ils se comportaient bien pour l’instant. On me dit que je pourrais venir voir ma femme dans la matinée.
Du coup je suis retournée en bas avec mes frères et sœurs, qui étaient au taquet !!
A ce moment j’ai pas mal cogité. J’étais très heureux d’être papa, mais j’était presque autant inquiet pour la santé de mes enfants. En fait j’avais très peur d’annoncer leur naissance à tout le monde, parce que si l’un d’entre eux mourait il faudrait aussi le dire à tout le monde, et ça ça serait horrible.
Du coup j’ai décidé d’y croire à fond, d’oublier tous mes doutes. Ils en auraient besoin pour aller bien, et moi pour leur donner de la force.
Mon père m’avait souvent dit que quand j’étais né c’était le plus beau jour de sa vie, et qu’il avait envie de le dire à tout le monde. En repenssant à ça j’étais déçu de ne pas pouvoir ressentir ça à fond.
Après un texto d’annonce envoyé à des dizaines de personnes, j’ai reçu un coup de fil de mon père avec qui j’ai un peu parlé. Par contre impossible de joindre ma mère, elle dormait avec les boules quiès donc impossible de la joindre.
Un peu plus tard je suis allé voir mes bébés en réanimation. J’ai pu les voir un peu mieux qu’après leur naissance. C’était quand même assez impressionnant de les voir avec tous ces tubes de partout et ses fils. Mais après des dizaines de questions à la nana qui s’en occupait j’ai bien pigé à quoi tout cet équipement servait, et ça m’a pas mal rassuré. Tout avait l’air moins impressionnant ensuite.
Après des dizaines de papiers à remplir, je suis allé leur dire au revoir, leur dire que je les aimais, et je suis redescendu. J’ai raconté un peu tout ça à mes frère et soeur et je suis allé voir la nouvelle maman de jumeaux !
Elle était en salle de réveil, shootée à la morphine, mais elle allait bien.
J’ai aidé l’infirmière qui s’en occupait à la ramener dans sa chambre. Je crois qu’il était 3h du mat à ce moment. Ensuite ma chérie ’a raconté comment l’accouchement s’était déroulé, et moi je lui ai expliqué comment les bébés allaient.
Après on s’est endormis, elle sur le lit et moi sur le siège parce que comme un con j’avais ramené la chauffeuse dans la voiture !
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Si vous souhaitez les voir aujourd’hui allez voir cette vidéo très émouvante!
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