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Le dernier Houellebecq

Publié le 03 septembre 2010 par Jlk

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La carte et le territoire - Lecture annotée.
Avertissement : il est déconseillé de lire ces notes avant d’avoir lu le roman, en librairie ces prochains jours.
Exergue de Charles d’Orléans : « Le monde est ennuyé de moy. Et moy pareillement de luy ».
- « Jeff Koons venait de se lever de son siège, les bras lancés en avant dans un élan d’enthousiasme ».
- En face de la star de l’art kitsch-porno-branché : Damien Hirst, autre figure de la pseudo-avant-garde contemporaine hyperfriquée.
- On comprend que les deux lascars sont en train d’être portraiturés dans un décor chicos, par un certain Jed.
- Jed éprouve autant de peine à saisir l’expression de Koons que s’il s’agissait d’un « pornographe mormon ». Bien vu.
- Lui trouve également une dégaine de vendeur de décapotables Chevrolet. Pas mal vu non plus.
- C’est tout de suite très vif, comme dans les premières pages d’Extension.
- On est le 15 décembre, et son chauffe-eau fait de drôles de bruits.
- Un an auparavant, il était carrément tombé en panne.
- Or il se met en quête d’un réparateur.
- Qu’il finit par dénicher au matin du 24 décembre en la personne d’un Croate.
- Lequel lui donne l’impression d’en « savoir gros sur la vie ».
- Jed se rappelle comment il s’est installé dans son atelier d’artiste, neuf ans auparavant.
- Il a fait récemment un portrait de son père au milieu de ses collaborateurs. Dont la composition est inspirée d'une toile de Lorenzo Lotto…
- Son père, architecte, est un homme fini.
- Il va passer Noël avec lui.
- Le vieux a longtemps vécu à Raincy dans une zone désormais à risques.
- Un an plus tard, le chauffe-eau a tenu et le portrait intitulé Jean-Pierre Martin quittant son entreprise se trouve chez le galeriste de Jed.
- Excellente modulation de la temporalité narrative.
- Le père a quitté le Raincy pour une maison de retraite.
- Se retrouvent Chez Papa.
- Il parle de sa prochaine expo à son père, dont il évoque la vie de vieux veuf (p.22)
- Et l’idée de son galeriste de faire un portrait de Michel Houellebecq.
- Que son père, à son étonnement, connaît.
- Le père de Jed : « C’est un bon auteur, il me semble. C’est agréable à lire, et il a une vision assez juste de la société »…
- Jed observe les autres vieillards pendant qu’ils conversent.
- Voit son père désormais « dans la position de l’enfant pensionnaire ».
- Tout cela tendrement amer et mélancolique. Très fin, très bien perçu.
- Jed de son père : « Il attend la libération, l’envol »…
- Se réveille pendant la nuit suivante.
- Son chauffe-eau lui rappelle le réparateur croate.
- Qui lui a dit qu’il rêvait d’ouvrir une location de scooters des mers en l’île de Hvar.
- Va voir sur Internet ce qu’il en est de Hvar…
- Puis revient à sa toile inachevée de Koons et Hirst.
- Se demande s’il ne faudrait pas peindre des ailes à Jeff Koons…
- La paire canaille est au top du classement mondial d’ArtPrice, Hirst No 1 et Koons No 2.
- Jed, lui, est No 583, mais 17e Français.
- « C’était vraiment un tableau de merde qu’il était en train de faire ».
- Il se considère lui-même à une « fin de cycle ». (p.31)
-
- Première partie
- Retour à l’enfance de Jed.
- Qui a connu ses premiers moments d’extase en dessinant.
- Des fleurs pour commencer.
- Dont il a compris le sort dès ses 5 ans…
- Sensible aussi à la volonté de vivre des animaux.
- Son père est PDG d’une entreprise de construction de stations balnéaires.
- La première peinture de Jed, une gouache, représentait « Les foins en Allemagne ».
- Une œuvre d’imagination…
- Considère que la beauté est « secondaire en peinture ».
- Son grand-père était photographe, et son père a eu de grandes espérances d’artiste.
- En entrant aux Beaux-Arts de Paris, Jed a abandonné la peinture pour la photo.
- Il a hérité une chambre Linhhof Master Tecnika Classic de son aïeul.
- Pendant ses études, il s’adonne à la photo des objets manufacturés de toute sorte.
- Son ambition encyclopédique est de « constituer un catalogue exhaustif des objets de fabrication humaine à l’âge industriel ».
- Me rappelle une idée de Walter Benjamin.
- Après son diplôme il se rend compte qu’il va être seul…
- Il a accumulé quelque 11.000 photos.
- Après ses études, il revient vivre avec son père au Raincy.
- Il est alors question de la mère de Jed, Anne, qui a épousé son père par amour et s’est suicidée à l’âge de 40 ans.
- Son père, un jour, lui propose de l’aider à acheter un appart à Paris, pour mieux percer.
- Ce qui l’amène au boulevard de l’Hôpital.
- Sa mère ressemble au portrait d’Agathe von Astighwelt ( ???).
- Une nature apparemment angoissée.
- Ne l’imagine pas à un concert de rock dans les années 60…
- Jed a été casé dans un internat dès sa sixième.
- Accomplit des études sérieuses et tristes. Lit beaucoup. Sa qualité d’orphelin le protège.
- Soin projet d’artiste de donner « une description objective du monde » se fonde donc sur un terreau dense.
- En tout cas on voit très bien le personnage.
- Après son installation dans le XIIIe, le goût pour la photo lui passe.
- Quelque temps, il va se passionner pour l’émission de Julien Lepers, Questions pour un champion.
- Julien Lepers dispute la place de Jean-Pierre Foucault dans son top ten des animateurs…
- Puis son père l’invite à se rendre à l’enterrement de sa grand-mère, dans la Creuse.
- C’est au cours de ce voyage qu’il subit son second grand choc esthétique, en achetant la carte « Michelin Départements » de la Creuse, dont la sublimité le bouleverse…
- Une carte au 1 :150.000e.
- « L’essence de la modernité, de l’appréhension scientifique et technique du monde, s’y trouvait mêlée avec l’essence de la vie animale. »
- Devant le corps de sa grand-mère dans son cercueil de chêne, son père lui dit timidement : « Elle croyait en Dieu, tu sais »…
- Suit un enterrement « à l’ancienne », évoqué avec une sorte de tendre ironie.
- Le prêtre est un « vieux routier » qui ne cherche pas à escamoter « la réalité du décès ».
- Son père reparti à Paris, Jed repense à une certaine Geneviève, avec laquelle il a perdu sa virginité.
- Une Malgache qu’il a connue à l’époque des Beaux-Arts et qui lui a raconté les coutumes de son pays
- Une étudiante en art qui fait commerce de ses charmes pour arrondir ses fins de mois, et qui lui a tout appris.
- En matière de dessin, Geneviève était essentiellement « innocente et joyeuse », ce qui le touche.
- Mais Geneviève lui a préféré un avocat d’affaires.
- Quant à la maison de la grand-mère, on a décidé de la garder.
- Considérations sociologiques bien filées sur l’évolution de la campagne française, qui prendront tout leur sens vingt ans plus tard… (p. 61)
- À son retour à Paris, Jed achète toutes les cartes « Michelin Régions ».
- Il va travailler pendant six mois sur ce matériau.
- Et vient le jour du vernissage.
- Auquel il remarque bientôt « la plus belle femme qu’il ait jamais vue ».
- Elle montre beaucoup d’attention à ses travaux.
- Lui dit travailler chez Michelin : Olga Sheremoyova, du Servie de la communication.
- La rappelle le lendemain.
- Se voient Chez Anthony et Georges, rue d’Arras.
- Olga essaie de pousser le mécénat de Michelin dans le domaine de l’art.
- Olga trouve les cartes de Jed « vraiment belles ».
- Après le repas, fin, elle l’accompagne chez lui.
- Mais il vaut mieux aller chez elle.
- Où ils vivront leur liaison.
- Olga est une jeune Russe de l’élite.
- Elle le fait beaucoup sortir.
- Il apprend à se tenir en société, sur la défensive.
- Avec une « courtoise neutralité ».
- Il en vient à rencontrer Beigbeder en conversation avec une ex-hardeuse qui vient de poublier des entretiens avec un religieux tibétain.
- Beigbeder à Jed : « Alors c’est vous ? ». par allusion à Olga, qu’il a « eue ».
- Mais Jed ne sait pas quoi répondre. Et MH philosophe : « Que répondre, en général, aux interrogations humaines ». Exquis.
- Croquis rapide de FB. Pas mal.
- Déconne gentiment : « La littérature, comme plan, c’est complètement râpé », dit-il à Jed, sous entendu. C’est artiste qu’il faut être pour lever les plus belles femmes. Ce gens de choses.
- Dans la foulée, Jed s’est trouvé « lancé ».
- Sa prochaine expo est projetée, à laquelle collaborera une attachée de presse, Marylin, qui dit travailler « dans l’humain ».
- Marylin fait très fort.
- Titre de l’exposition : La carte est plus forte que le territoire.
- Marylin gère les médias en championne.
- Les articles vont gicler.
- Patrick Kéchichian va délirer dans le genre mystique.
- On fête l’événement chez les deux tantes sympas.
- Anthony a un peu forci. MH : « c’était sans doute inévitable, la sécrétion de testostérone diminue avec l’âge, le taux de masse graisseuse augmente, il abordait l’âge critique ». Toujours la note romantique…
- Où il est question de l’outing décisif de Jean-Pierre Pernaut, décisif pour les cuisiniers…
- Un mois plus tard, Marylin débarque avec la presse. « On a tout le monde »…
- Et Marylin repart vers sa destinée obscure de « guerrière »…
- Considérations de MH sur les effets de mode et les engouements spontanés. (p.89)
- Le succès de Jed mis en rapport avec celui des cours de cuisine, de la randonnée et des nouvelles créations charcutières ou fromagères, entre autres vins exquis.
- De la « magie du terroir » et autres tartes.
- Patrick Forestier, patron de Michelin, convoque Jed et lui déclare : We are a team »…
- Lui propose de se déployer par lui-même, non sans lui proposer un contrat win-win.
- Tout ça est finement et rondement mené.
- Jed découvre ensuite les arcanes de la « formation du prix ».
- En plaçant se sphotos en ligne, constate qu’il vaut cher : 2000 euros pour du 40x60.
- Son revenu, entretemps, a dépassé celui d’Olga.
- Considérations sur les goûts culinaires de l’époque et la préférence pour unecuisine « à l’anciene », qui incite Olga à contacter le directeur du segment Food luxe pour booster la gastro vintage. Exquisite.
- Jed et Olga vivent plusieurs semaines de bonheur.
- Suivent trois pages assez carabinées sur l’épicurisme tendance, la « cuisine d’intuition » et toutes ces sublimités coûteuses.
- Cependant Olga va poursuivre sa vie en Russie, pour développer la présence de Michelin.
- Elle propose à Jed de la suivre.
- Mais il met du temps à répondre… (p.103)

Michel Houellebecq. La carte et le territoire. Editions Flammarion, 428p.

À suivre...


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