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Appartement à vendre (épisode1)

Publié le 10 septembre 2010 par Cochondingue

Mon appartement est magnifique. Vraiment. Il serait le plus bel appartement du monde s'il n'y avait pas en face ce vis-à-vis infâme. En plus de la vision d'horreur de culottes informes moisissant à la fenêtre et d'objets divers couverts de mousse et d'insectes rampants, il y a surtout la cinquantaine de morceaux de viande que mes voisins font sécher sur une corde à linge à 3 mètres à peine de ma chambre.
Des steacks qui se balancent au gré du vent, attirant les mouches et se décomposant lentement pendant des semaines, avant de finir dans l'assiette du client inconscient qui fréquente les restos chinois de mon quartier.

Je hais mes voisins.

Ils crachent des glaviots gros comme des balles de tennis, ils rotent à s'en décrocher la mâchoire, ils gueulent, ils beuglent, ils hurlent sur leurs gamins, qui pleurent, gueulent et beuglent à leur tour.

Je suis au bord de la crise de nerfs.

Si j'avais des preuves, j'aurais contacté la protection à l'enfance mais le problème c'est que je ne sais pas bien qui maltraite qui. Qui des enfants ou des parents sont les bourreaux et les victimes. Comme ils crient en Chinois, ça n'aide pas à la compréhension de l'action.

De toute façon, je crois qu'il n'y a plus rien à sauver, les moutards sont devenus eux aussi des monstres. Pour les calmer, j'avais déposé dans leur boîte aux lettres des crayons de couleurs et des livres de coloriage. Activité artistique et paisible, me disais-je. Quelques minutes après, ils se plantaient les crayons dans les yeux et les cris reprenaient de plus belle.

J'ai changé de stratégie. J'ai offert une poupée toute mignonne à la gamine, pour qu'elle joue tranquillement à la dinette. Mais après lui avoir arraché bras et jambes, la fillette s'est acharnée sur la tête, faisant voler à la fenêtre des poignées de cheveux.

Une flûte pour le garçon, la musique adoucit les moeurs, paraît-il. Grossière erreur. Il s'est mis à jouer pendant des heures la même note, stridente et horripilante, avant d'enfoncer le bec de la flûte dans la bouche de sa soeur, en lui cassant une dent au passage.

Alors j'ai commencé à prier. Au début, juste pour qu'ils se taisent. A la base, je ne leur voulais pas de mal. Je ne demandais pas grand chose, seulement pouvoir vivre en paix. Mais mes prières n'ont eu aucun effet, au contraire. La famille déchaînée continuait à étaler sa viande pourrie aux fenêtres et à crier du matin au soir avec encore plus de vigueur qu'avant. Alors j'ai prié pour qu'ils meurent tous, si possible dans d'atroces souffrances. Qu'un incendie ravage leur appartement ou que Sarkozy après les Roms décide d'expulser les Chinois. J'en devenais insomniaque. J'en devenais raciste. La vue d'un nem ou d'un pâté impérial me glaçait d'effroi. Quand je croisais dans la rue une petite asiatique de 4 ans, me tendant une marguerite avec un sourire tout charmant, j'avais juste envie de lui foutre une tarte.
La folie m'attendait au tournant, mais le hasard a voulu que Stéphane Plaza me sauve. Le présentateur de l'émission "Maison à vendre" m'est apparu miraculeusement sur l'affiche d'une agence immobilière.

La solution était si simple. Pourquoi n'y avais-je pas pensé avant. J'ai franchi la porte de l'agence.

- Bonjour, que puis-je faire pour vous ? M'a demandé un commercial derrière son bureau.

- J'ai un appartement de 60m2 dans le 11ème et j'aimerais avoir une estimation.

Une femme a surgit de nulle part.
- C'est bon Eric, tu peux prendre ta pause, je m'occupe de madame.
Eric a serré la mâchoire et s'est retiré en faisant la gueule.
- Bonjouuuur madaaame. Je vous en prie, asseyez-vous. Alors, que puis-je faire pour vous ?

Toi, tu tiens à ta comm et tes dents rayent le parquet.

- Je souhaiterais faire estimer mon appartement.
- Mais bien sûr, notre agence est là pour vous accompagner... M'a t'elle répondu avec un sourire carnassier.

(A suivre...)


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