Cette note est dédiée aux deux vrais faux frères de ma blogroll (and rock), Didier Goux et Nicolas (Nicolas the Best, pas l'autre défoncé de la rue du Faubourg Saint Honoré), qui, notons-le, préfèrent évidemment la divine mousse des êtres à la maussade écume des choses... Au fait, Monsieur le Progressiste et Monsieur le Réac - mais qui est qui, bon sang ? -, je vous attends juché sur un tabouret du côté de Strasbourg : les boissons effervescentes et fermentées y coulent à flot et sont délectables... Ciel pluvieux, mais naturellement jeune à chaque nouvelle aube. À propos de ciel, ces lignes bleues et noires de Marguerite Yourcenar extraites des somptueuses Nouvelles orientales (Gallimard, 1963) : "Les
cloches sonnaient le glas dans le ciel presque insupportablement bleu.
Elles semblaient plus fortes et plus stridentes qu'ailleurs, comme si,
dans ce pays situé à l'orée des régions infidèles, elles eussent voulu
affirmer très haut que leurs sonneurs étaient chrétiens, et chrétien le
mort qu'on s'apprêtait à mettre en terre. Mais en bas, dans la ville
blanche aux courettes étroites, aux hommes accroupis du côté de
l'ombre, on ne les entendait que mélangés au cris, aux appels, aux
bêlements d'agneaux, aux hennissements de chevaux et aux braiments
d'âne, parfois aux hululements ou aux prières des femmes pour l'âme
récemment partie, ou au rire d'un idiot que ce deuil public
n'intéressait pas." Ah, ces hommes accroupis du côté de l'ombre ! Ecrire (comme) ça...* * * Blague (même pas drôle) : deux types se retrouvent à la sortie du travail et entrent dans un bar puis, de conserve, appellent le serveur. - Deux bières s'il vous plaît. - Des pressions ? - Non, alcoolisme. [Sans commentaire de grâce, il est tard et je fais ce que je peux...] Anecdote (très drôle) : réception à l'Elysée. Malraux se presse devant De Gaulle pour lui présenter Jacques Tati. - Jacques Tati : Mon Oncle, mon Général. - Vous avez de la famille, Malraux ? [Pas sûr que cette histoire vraie fasse les choux gras de nos amis les modernoeuds, pour user d'un néologisme rigolo souvent employé par Didier Goux, mais bon, il est vrai que ceux-ci ont sans doute oublié que la fréquentation des salles obscures eût été impossible sans le génial truchement des Frères Lumière...]* * * Mallarmé : "Un coup de dés jamais n'abolira le hasard." Là-dessus, je vois déjà Didier et Nicolas dubitatifs, la tête dans les paumes évasées, les coudes sur le comptoir, en train de se persuader et plus tard de nous convaincre que décidément ça ne veut rien dire - ce qui est vrai. Confiance et courage Messieurs, Rimbaud est là qui, comme toujours, répond coup pour coup : "Un coup de ton doigt sur le tambour décharge tous les sons et commence la nouvelle harmonie." La nouvelle harmonie... Les modernoeuds n'ont qu'à bien se tenir... Rimbaud, encore : "Il faut être absolument moderne."* * * Ce que j'entends sans plus y prêter l'oreille : le ciel bas de l'automne, le ciel lessiveuse de l'automne va bientôt s'effondrer. Il va nous recouvrir d'une eau bête qui fatalement noiera les couleurs différentes et les parfums subtils d'un temps déjà révolu, les noiera dans une flaque obligatoire. C'est un ciel brumeux, gris, dont l'enveloppe et la lettre se confondent en une seule et même marmite de lait bouilli, celui-ci veiné tel un fruit trop mûr et bientôt pourri. [Pensez à leur dire, aussi, que le ciel est un présent...] Et c'est dans ce "contexte", figurez-vous, que je me demande, parfois, pourquoi quelque quidam qui aime les chiens ou les papillons, ou les crêpes ou les champignons, ou les crêpes aux champignons (ou Alain Finkielkraut ou Alain Badiou), ne se contente pas de son seul bon plaisir, dans son coin, la nuit, à la faible lueur d'une mauvaise lampe, ou en pleine lumière sélénienne, pour un bon quart d'heure de branlette, pas espagnole pour un sou du coup, mais, coûte que coûte et vaille que vaille, souhaite balancer ses images érigées en icônes , ses marottes et ses mascottes, à la face (interdite) d'autrui qui, neuf fois sur dix, a déjà tourné les talons (ou le fion) - regardez autour de vous... - prétextant une grosse fatigue, des courses à faire ou un rendez-vous à honorer, en vérité un rêve à assommer, une bière à boire ou des ongles à vernir. Qu'on se le dise bordel, on peut très bien vivre - et on vit même très bien... - sans le moindre cadeau, sans en recevoir s'entend... Christophe Borhen
Magazine Nouvelles
Didier Goux et Nicolas n'amassent pas mousse...
Publié le 24 septembre 2010 par Borhen
Cette note est dédiée aux deux vrais faux frères de ma blogroll (and rock), Didier Goux et Nicolas (Nicolas the Best, pas l'autre défoncé de la rue du Faubourg Saint Honoré), qui, notons-le, préfèrent évidemment la divine mousse des êtres à la maussade écume des choses... Au fait, Monsieur le Progressiste et Monsieur le Réac - mais qui est qui, bon sang ? -, je vous attends juché sur un tabouret du côté de Strasbourg : les boissons effervescentes et fermentées y coulent à flot et sont délectables... Ciel pluvieux, mais naturellement jeune à chaque nouvelle aube. À propos de ciel, ces lignes bleues et noires de Marguerite Yourcenar extraites des somptueuses Nouvelles orientales (Gallimard, 1963) : "Les
cloches sonnaient le glas dans le ciel presque insupportablement bleu.
Elles semblaient plus fortes et plus stridentes qu'ailleurs, comme si,
dans ce pays situé à l'orée des régions infidèles, elles eussent voulu
affirmer très haut que leurs sonneurs étaient chrétiens, et chrétien le
mort qu'on s'apprêtait à mettre en terre. Mais en bas, dans la ville
blanche aux courettes étroites, aux hommes accroupis du côté de
l'ombre, on ne les entendait que mélangés au cris, aux appels, aux
bêlements d'agneaux, aux hennissements de chevaux et aux braiments
d'âne, parfois aux hululements ou aux prières des femmes pour l'âme
récemment partie, ou au rire d'un idiot que ce deuil public
n'intéressait pas." Ah, ces hommes accroupis du côté de l'ombre ! Ecrire (comme) ça...* * * Blague (même pas drôle) : deux types se retrouvent à la sortie du travail et entrent dans un bar puis, de conserve, appellent le serveur. - Deux bières s'il vous plaît. - Des pressions ? - Non, alcoolisme. [Sans commentaire de grâce, il est tard et je fais ce que je peux...] Anecdote (très drôle) : réception à l'Elysée. Malraux se presse devant De Gaulle pour lui présenter Jacques Tati. - Jacques Tati : Mon Oncle, mon Général. - Vous avez de la famille, Malraux ? [Pas sûr que cette histoire vraie fasse les choux gras de nos amis les modernoeuds, pour user d'un néologisme rigolo souvent employé par Didier Goux, mais bon, il est vrai que ceux-ci ont sans doute oublié que la fréquentation des salles obscures eût été impossible sans le génial truchement des Frères Lumière...]* * * Mallarmé : "Un coup de dés jamais n'abolira le hasard." Là-dessus, je vois déjà Didier et Nicolas dubitatifs, la tête dans les paumes évasées, les coudes sur le comptoir, en train de se persuader et plus tard de nous convaincre que décidément ça ne veut rien dire - ce qui est vrai. Confiance et courage Messieurs, Rimbaud est là qui, comme toujours, répond coup pour coup : "Un coup de ton doigt sur le tambour décharge tous les sons et commence la nouvelle harmonie." La nouvelle harmonie... Les modernoeuds n'ont qu'à bien se tenir... Rimbaud, encore : "Il faut être absolument moderne."* * * Ce que j'entends sans plus y prêter l'oreille : le ciel bas de l'automne, le ciel lessiveuse de l'automne va bientôt s'effondrer. Il va nous recouvrir d'une eau bête qui fatalement noiera les couleurs différentes et les parfums subtils d'un temps déjà révolu, les noiera dans une flaque obligatoire. C'est un ciel brumeux, gris, dont l'enveloppe et la lettre se confondent en une seule et même marmite de lait bouilli, celui-ci veiné tel un fruit trop mûr et bientôt pourri. [Pensez à leur dire, aussi, que le ciel est un présent...] Et c'est dans ce "contexte", figurez-vous, que je me demande, parfois, pourquoi quelque quidam qui aime les chiens ou les papillons, ou les crêpes ou les champignons, ou les crêpes aux champignons (ou Alain Finkielkraut ou Alain Badiou), ne se contente pas de son seul bon plaisir, dans son coin, la nuit, à la faible lueur d'une mauvaise lampe, ou en pleine lumière sélénienne, pour un bon quart d'heure de branlette, pas espagnole pour un sou du coup, mais, coûte que coûte et vaille que vaille, souhaite balancer ses images érigées en icônes , ses marottes et ses mascottes, à la face (interdite) d'autrui qui, neuf fois sur dix, a déjà tourné les talons (ou le fion) - regardez autour de vous... - prétextant une grosse fatigue, des courses à faire ou un rendez-vous à honorer, en vérité un rêve à assommer, une bière à boire ou des ongles à vernir. Qu'on se le dise bordel, on peut très bien vivre - et on vit même très bien... - sans le moindre cadeau, sans en recevoir s'entend... Christophe Borhen
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