Magazine Journal intime

Interlude

Publié le 10 octobre 2010 par Vanillette
Ce texte est l'extrait d'un manuscrit en cours, il est soumis aux droits d'auteur, autant que les photographies. Merci de respecter cela.-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Je croquerai la lune, triplerai le soleil
boirai l'eau de la pluie et mangerai la neige,
jouirai sous les étoiles, sortirai du sommeil
me laisserai caresser par l'ombre et la lumière
Mais l'orage hurlera ce que je ne peux dire
Mais la foudre criera ce que je ne sais dire
Déchirera le ciel d'où sortira l'appel
d'un nourrisson blessé par le corps maternel
Mais l'oiseau noir réplique comme le monstre d'antan,
menace de l'impalpable au-dessus des vivants
Il déchire à son tour le silence trop cruel
d'un enfant silencieux caché sous le réel
Je hurlerais quand même
Parce que j'ai tant rêvé de tuer le silence
Interlude
« Je m'appelle C. L. et j'écris le vain. J'écris le vain et c'est pour cette raison que je suis écrivain dans tout mon être. Des pores de mon visage à mes organes intérieurs, appelant à l'horreur par moment.Je suis écrivain.Bien sûr, vous ne me croyez pas. Bien sûr, je suis pour vous la caricature d'une adolescente en mal de reconnaissance qui, de ses beaux crayons de couleur menteurs, dessine une écriture malhabile. Quand je vous lis à haute voix mes vocables coloriés, vous avez l'atroce sensation que je gerbe à la figure de la littérature française avec un brin d'insolence et quelques gouttes de provocation.J'ai inventé l'horreur d'une vaine vérité et vous me regardez comme si je vous faisais peur. Comme si après vous avoir lu la chute mortifère de mon texte, j'allais être prise d'un rire hystérique et déranger vos consciences reposées par le beau.Mais moi, j'écris le vain. »
D'abord elle avait saisi son plus beau stylo, c'est vrai. Elle était à l'école élémentaire et cherchait le beau aussi. Le sublime. L'institutrice leur avait dit : « Cet homme écrit magnifiquement bien » en parlant d'Antoine de Saint-Exupéry après la lecture du petit prince.Aussitôt de retour dans sa chambre aux allures de royaume fantastique, elle s'était saisie de son plus beau stylo et avait écrit de sa plus belle écriture une histoire de loup dévorateur et de grand-père séducteur. Elle attendait qu'on dise d'elle : « Cette jeune fille écrit magnifiquement bien ».C'est là que tout a commencé. C'est vrai, elle voulait écrire le beau et régaler ses lecteurs d'une magie élégante et d'une écriture toute arrondie. Elle a écrit des poésies en prenant soin de ne pas raturer sa feuille blanche, recommençant sans cesse en quête de la perfection.
Puis il y a eu les bleus dans sa tête. Il y a eu sa démarche devenue fébrile. Il y a eu les fantasmes assassins. Il y a eu la peur qui serrait le ventre et séchait la bouche. Il y a eu les genoux de l'inconnu et ses fesses vierges. Il y a eu les peut-être et les si. Les mots dits, les mots doux. Et ceux qui restaient en équilibre au-dessus de sa caboche d'enfant silencieuse. Ceux qu'elle essayait d'attraper en volant au-dessus des vivants. Mais il y a eu ses ailes d'ange dérobées par celui qui avait aussi des hématomes dans la tête.Elle a gardé ses crayons de couleur contre elle en essayant de transformer le bleu en rouge, a tiré sur ses cheveux bouclés pour chasser la peur, a frénétiquement lavé ses genoux noircis pour faire disparaître l'ombre, a lavé ses fesses avec ardeur, a sauté de très haut pour apprendre à voler. Mais elle est retombée à la vitesse d'un oiseau blessé, meurtrissant son corps tout entier de plaies visqueuses.Ça n'a pas marché. L'échappée fut vaine.Mais dans sa course folle vers le bitume nu, quelque chose de drôle et de magique s'est passé. Dans son envol vers l'asphalte brulant de cet après-midi là, ses yeux se sont fermés très fort pour se rouvrir couleur ocre. Le regard de l'enfance s'en était allé vers d'autres cieux, abandonnant à elle la survivance par l'oubli.Ça n'a pas marché. Mais l'insupportable réel disparut.Alors elle a continué d'écrire, gardant ses crayons de couleur contre elle. Son cahier a changé et est devenu intime. Elle a commencé à écrire le vain. Elle a commencé son travail d'écrivain dans le secret des âmes éveillées.
InterludeL'écrivain, tout à coup, avait clos les volets de sa chambre d'enfant et avait échangé avec lui-même, riant et pleurant tout à la fois parce que personne ne semblait avoir compris que le beau n'existait pas, si ça n'était dans le mensonge des trahisons d'enfant.Bien sûr, l'écrivain aurait bien voulu chanter l'enfance au milieu d'un champ de blé et faire la rencontre d'un petit prince égaré. Bien sûr, l'écrivain aurait bien voulu continuer à voler et à agiter les ailes pour rendre les siens heureux. Mais l'écrivain savait.Il était trop tard. Sa démarche était déjà trop incertaine pour courir à travers des champs de blés aux couleurs du soleil. L'écrivain savait et avait une lourde charge de travail à accomplir : écrire ce vain là.
Elle est écrivain tout à l'intérieur d'elle même. Les mots suivent ce chemin aléatoire que les mouvements internes de son corps empruntent. Ils se confondent en elle, ou c'est peut-être elle qui se confond en eux. Elle ne sait pas. Elle ne se souvient plus, à vrai dire.Elle sait seulement qu'ils sont entrés dans sa tête après la chute finale de la petite fille. Ensuite, ils n'ont cessé de marteler son crâne, parfois avec douceur, parfois avec véhémence et brutalité. Les mots ont tous les pouvoirs puisqu'ils donnent du sens à la pire des violences, à la plus douce des caresses. Ils transforment la fureur en délicats baisers. Elle a accepté leur pouvoir dans sa tête.C'est pour cela qu'elle est écrivain. Il n'est d'autres motifs que cette fusion passée entre son corps et les maux.
Elle n'a cessé de rire avec le temps qui a passé, ce temps qui n'appartient qu'à d'autres et avec lequel elle jongle pour étaler l'encre noire de son stylo sur des feuilles blanches. Elle n'a cessé de raconter les années passées pour maîtriser l'inaliénable présence de l'être. De son être. Elle n'a cessé de danser avec les mots pour ignorer la nuit tombée et rire l'hystérie du vide.Jamais elle n'a cessé d'inventer des raisons obscures à la survie sournoise de son corps biologique, de chanter les méfaits de l'inclusion pour protéger son narcissisme dévastateur.Elle s'appelle C. L. et elle est écrivain. Elle fait couler les mots jusqu'à l'épuisement, jusqu'à rencontrer le vide. Peut-être voulait-elle vider son corps des mots pour se vendre toute entière, donner le temps qui passe en échange d'un visage baissé vers le sien. Peut-être accepterait-elle de vendre sa satanée éternité à des regards avides et avares.Peu importe.Son ticket d'entrée pour la vie aura fait mentir l'inutilité. Elle aura écrit le mensonge dissimulé en affirmant ce qu'elle rejette. Elle aura accouché de sa culpabilité en dénonçant ce qu'elle est.Elle aura tenté de comprendre l'impensable. De conscientiser ce temps obscur pour lequel les hommes et les femmes se reproduisent, fantasment et haïssent. Conscientiser la vie. Et la mort peut-être. Qui sait.Elle a vingt-cinq ans. Vingt-cinq années d'humour avorté dans un élan de vérité. Vingt-cinq années de basses réflexions sur la légitimité d'eux autres, les vivants. Vingt-cinq années à chercher la raison de ce qui les anime pendant qu'elle développe une sexualité acharnée teintée de complétude et de pulsions mortifères.Interlude
Elle n'est écrivain que parce que le vide l'emporta sur sa capacité d'interaction avec le monde extérieur. Qu'est-ce qu'un écrivain sinon celui qui se complait dans une autosatisfaction narcissique, fuyant les mains curieuses et la parole des autres ?
Qu'est-ce qu'un écrivain sinon celui qui ne communique qu'avec des lambeaux de sa personne égocentrique, inventant un public imaginaire qui l'applaudit pour faire revivre l'inexistant ?
Qu'est-ce qu'un écrivain sinon celui qui se nourrit de lui-même et qui construit ses propres lois en inventant des histoires ?

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