Magazine Nouvelles

Cole Swensen/L’acte du verre

Publié le 15 octobre 2010 par Angèle Paoli

«  Poésie d'un jour
(Pour faire défiler les poésies jour après jour,
cliquer sur les flèches de navigation)





Vilhelm Hammershøi 2




L’ACTE DU VERRE


Vilhelm Hammershøi (1864-1916) peignait obsessionnellement des fenêtres donnant sur des fenêtres.

Et peignait une enfilade de portes vitrées n'ouvrant que sur des pièces vides. Vert pâle sur gris pâle. Souvent sont les portes. Elles donnent sur d'autres chambres également ouvertes. Il peignait aussi des femmes, souvent de dos, et souvent penchées vers quelque chose sur leurs genoux, mais il inclinait à ne pas les mêler aux fenêtres.

« Je ne vois aucune différence » disait-il, « J'ai la manie

de dessiner un cœur dans sa paume avec son pouce.






Hammershoi, Strandgade, 30
Source





Hammershøi fit d'une salle

un navire sans amarres
et partout sur le sol un chevauchement de vitres
les fenêtres sont dessinées,

les fenêtres arrivent les fenêtres entrent vite

                    et la porte qui s'ouvre tombe
                                                    de pièce en pièce avec le silence
du soleil. Il dit ouvrir

et alors tout ce qu'il peignait s'ouvrit
une femme cousant
apparaît avec d'infinies gradations, le blanc
qui ne va jamais jusque-là
reste
            celui qui, seul dans une maison avec la lumière,
se construisit une maison tout en portes.


Cole Swensen, « L'Acte du verre » in L'Âge de verre [The Glass Age, Alice James Books, janvier 2007], Librairie José Corti, Série américaine, 2010, pp. 41-42. Traduit de l'anglais par Maïtreyi et Nicolas Pesquès.





L’ÂGE DE VERRE


     Deuxième livre de l'auteur à paraître chez Corti ― après Si Riche Heure en 2007 ―, L'Âge de verre retrouve le rythme de vers coupé qui est sa signature mais en alternance cette fois avec de brefs blocs de prose. L'auteur parcourt ainsi à sa façon l'histoire du verre et donc, surtout, celle de la fenêtre : tant l'invention de l'objet et ses conséquences sur le regard que nous portons sur le monde, que la représentation qui en est faite depuis la Renaissance. La peinture s'étant emparée de la fenêtre pour en faire son deus ex machina : la source de toute mise en scène, cadrage et perspective.

      Raison pour laquelle cette histoire s'entretisse avec celle de Bonnard ― le peintre des fenêtres s'il en est ― poursuivant en sa compagnie, de vitre en reflet et réciproquement, une réflexion sur la réflexion. Poème de la traversée de la transparence et de ce qui la procure, ce livre noue et dénoue ce qu'il en est de la vue et de la vision, de l'intensification des diverses modalités du voir.


Nicolas Pesquès







COLE SWENSEN

Portrait de Cole Swensen
Image, G.AdC


■ Cole Swensen
sur Terres de femmes


17 août 1427/Cole Swensen, Première mention des Bohémiens en Europe
12 octobre 1492/Cole Swensen, Mort de Piero della Francesca
Une expérience simple…


■ Voir/écouter aussi ▼

→ (sur Poezibao) une notice bio-bibliographique sur Cole Swensen
→ (sur en.Wikipedia)
une notice sur Cole Swensen
→ (sur libr-critique) [Chronique] Cole Swensen, « L’Âge du verre. La Fenêtre ouverte (extrait) »
→ (sur poets.org) plusieurs poèmes de Cole Swensen dits par l'auteure
→ (sur le site de Poetry Foundation) plusieurs poèmes de Cole Swensen dits par l'auteure
→ (sur Google videos) Cole Swensen : interview in The Continental Review
→ (sur le site de la Royal Academy of Arts, London) Vilhelm Hammershoi, The Poetry of Silence (plaquette d'exposition en fichier pdf)
→ (sur Artliste) une fiche sur Vilhelm Hammershoi





Retour au répertoire de octobre 2010
Retour à l' index des auteurs

» Retour Incipit de Terres de femmes

Ajouter un commentaire Signaler un abus Imprimer cet article Partager sur Facebook Voir l'article original
Retour à La Une de

Ces articles peuvent vous intéresser :

Ajouter un commentaire

Magazines