Magazine Journal intime

Nouveau petit conte de l'Apostof': La crapouille

Publié le 03 novembre 2010 par Enfantdenovembre

Ce soir encore, je crapouille.

De l’humeur guillerette à la pensée crapuleuse, je roule ma bouille en boule et la malaxe pour y adapter l’expression adéquate. La finesse de ses traits requiert une agilité dans la pratique, et mes tics cyclothymiques imposent une dextérité folle. Chaque geste, chaque caresse, se doit d’user d’une grande subtilité de telle sorte qu’ils soient une danse.

Un peu crapaud pouilleux entre deux nénuphars, je n’ai rien de tout cela. Mais la nécessité d’une telle pratique au quotidien m’a quelque peu amené à discerner les bons réflexes des mauvais. Sans pour autant parvenir à maîtriser totalement l’objet de ma dégaine, j’ai appris à goûter le délice de mes travers, apprivoisé la matière qui m’encombre.

La crapouille est une anse que l’on saisit, une danse que l’on manie, une transe même pour qui veut bien s’accorder un temps au succédané de sa personne.  Rien de conscient ne peut venir la provoquer, rien de constant pour la défaire. Il faut être disposé à le recevoir, et à n’en attendre rien.  Un peu féline par nature, elle ne fait que passer. Filante et fugace, mais toute entière offerte à nos quatre volontés ! La crapouille ne consent à offrir que peu de son temps, mais un consentement d’elle promet tant d’intensité qu’on la sent ici pour cent ans.

Concentré à lâcher totalement mes pulsions naturelles dans tout ce qu’elles ont de plus effrayant, je sculpte au scalpel les reflets ambigus de ma trombine, et souffle le chaud sur mes froids.

Je roule ma bouille en boule, m’embrouille au bout de peur qu’elle rouille. Ecrabouillée dans mes mains tièdes de trouille, je la sens bouillir, frémir, prête à éclater, éclabousser, éclabouillir !

Sensation pareille à l’aspiration d’une taf’ voluptueuse, profonde et inspirée. Sans crapoter ;  jamais ! On ne simule pas dans la crapouille. On s’y livre en entier, plein de nos petites fiertés taquines et de nos démons rutilants. Chaque chose dans le même temps, car il presse…

Crapaud à sang chaud, je dégaine mes élans d’antan, offre mon venin de têtard avec la promesse des songes les plus fous. Polissant ma bouille avec mes larmes, j’y inscris toute la face ténébreuse et lunaire de ma carcasse.

A l’aise dans ma besace,

j’absorbe le temps qui passe.

Pas si fier pour autant,

je brasse même pas du vent…

 

Mais ce soir, je crapouille.

 

Je suis calamité

Crapaud des joncs

Cas bufonidae

Crapolisson !

Les yeux cernés,

le trait miné,

grenouille gribouille gargouille

j’crapouille !

Ajouter un commentaire Signaler un abus Imprimer cet article Partager sur Facebook Voir l'article original
Retour à La Une de

Ces articles peuvent vous intéresser :

Ajouter un commentaire

Dossier Paperblog