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Au fond du baril

Publié le 03 novembre 2010 par Patrickduval

C’est donc ça, la destiné de mon destin? Terminer mes jours seul, sans femme ni enfant?

Joanie m’a détruit. Moi qui ai cru qu’elle m'aimait pour vrai. Non, pas pentoute. Me donner une volée et rompre avec moi juste pour avoir kidnappé son chat, c'est la preuve que notre couple ne tenait pas à grand chose.

Au fond du baril

Non.

De nos jours, on peut plus se fier à personne.

C’est chacun pour soi. Fucking système individualiste.

Je suis en colère contre tout le monde, contre la vie, contre le destin, contre tout.

(Soupir)…

J’ai acheté deux bouteilles de vin, je les ai bues en deux heures.

Dans la folie de mon ivresse, j’ai détruit mon appartement.

J’ai arraché les comptoirs en marbre de la cuisine, j’ai démoli la céramique de Chine dans la salle de bain, j’ai troué les murs à coups de pied, j’ai brûlé mes vêtements dans la cour arrière et j’ai même déchiré la totalité de mes cartes d’affaire de chirurgien plastique.

Sans boulot, sans femme, sans statut social, je ne suis plus rien, sauf un fardeau pour la société.

En une seule journée, je suis devenu grand roi des perdants.

Ça m’a fait rire.

(Long silence)…

Je suis devenu dément. J’ai décidé d’appeler Karine la pute.

Je voulais descendre le plus bas possible. Pour au moins être champion de quelque chose.

Le champion des losers.

Karine est arrivée trente minutes après mon appel.

- Tu sais, ce n’est pas gentil de faire attendre ta fidèle clientèle, ai-je dit, le ton enivré.

Elle s’est avancée dans le salon pour constater les dégâts.

- Es-tu devenu fou???

Je me suis mis à danser et à sautiller partout.

- Je fête ma nouvelle découverte! Que les femmes sont salopes! Toutes des putes qui sortent de l’asile! Allez, viens faire la fête avec moi!

J’ai tenté de la prendre dans mes bras mais elle m’a repoussé.

- Je ne reste pas ici. C’est le bordel, tu pues et tu n’es pas dans ton état.

Je me suis placé devant la porte pour l’empêcher de me quitter.

- Tu n’as pas le choix de rester ici, je te paye, tu es une pute!

- Je vais partir si j’en ai envie. Tu n’es pas loser au point de battre une femme?

Je suis tombé à genoux en pleurant toutes les larmes de mon corps, de deux corps, même.

- Je ne suis pas un loser! Pourquoi je ne trouve pas de copine? Pourquoi aucune femme ne veut de moi? Dis-le moi, tu es une fille, pourquoi???

Elle m’a enjambé pour atteindre la porte.

- C’est tellement simple, idiot. Tu n’es pas un vrai homme. Tu refuses d’évoluer. Tu as quarante ans et tu parles, penses et agis comme un ado. Les filles que tu cherches ne sont pas celles qu’il te faut.

Je l’ai regardé, plein de pitié.

- Dis-moi, Karine… Quelles sont les femmes qu’il me faut???

Elle a longuement soupiré.

- Une femme de ton âge, triple imbécile!

- Impossible, la jeunesse est le premier critère sur ma liste!!! Ai-je vivement réagi.

- Ce que tu ne comprends pas, du con, c’est que même si tu trouves une femme entre vingt et trente ans pour le restant de tes jours, elle va finir par vieillir. Ta liste de critères, c’est du superficiel, c’est du vent, c’est de la grosse merde. Je te le répète, tu ne cherches pas le bon genre de femmes!

Elle a claqué la porte.

(Silence une nouvelle fois)…

Je n’ai jamais pensé à ça. Effectivement, le premier critère de ma liste ne peut être qu’éphémère.

Ma future femme aura inévitablement cinquante ans un jour.

Un fait de la nature impossible à combattre.

Mais suis-je prêt pour une femme de mon âge?

Est-ce ma destinée?

Impossible. Je n’arrive pas à y croire. Mon destin ne peut pas être si tragique. J’ai toujours refusé les femmes de mon âge.

Parce que…

(Soupir)…

Non.

Je refuse d’en parler pour l’instant.

*Photo: http://www.chblog.com/post/2009/10/28/Dicton-de-Walincourt

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