Magazine Journal intime

Un peu de blues...

Publié le 30 août 2010 par Alterego

J'ai retrouvé ce recueil par hasard, sous trois millimètres de poussière. Des textes d'un vieil ami. V rai bon copain, perdu de vue . Recueil de "jeunesse" dit-on, recueil d'émotions adolescentes, l'espérance intacte. Sorti à compte d'auteur, parce que ça démangeait trop d'attendre. Ça ne risquait pas de sortir autrement, de toute façon. Même en faisant semblant d'y croire. Privilège de l'innocence, privilège de la jeunesse, donc.

Feuilleté comme un vieil album photos, la tendresse au bord du cœur. L'incrédulité amusée, en points de suspension. Une relique déterrée, un témoin du temps d'alors.

Comme un fait exprès, il y a ce long poème. Etonnamment présent. Présent pour moi. Qu'importe maladresse, ou naïveté ! Présent comme la putain de réalité du temps présent. Ma réalité du jour. Je le presse comme une grappe, j'en sors ce jus. Ce jus, mon amertume.

"Je veux mourir comme mon chien"

Un peu de blues...

Le petit chien s'en est allé sur la pointe des pattes, ce vendredi funeste. Le monde n'en sera pas bouleversé, ni pire. Ni moins vaste. Mais le mien sera plus sec. Sec comme une terre aride. Sec. Et plus étroit aussi, et plus gris.

Mais le monde s'en fout, et il a bien raison. C'est quoi, un petit chien de plus ou de moins ? Quand grondent tant de malheurs dans l'univers blessé. C'est quoi ? Une boule de poils de sept kilos ?

Une boule de poils de sept kilos... Combien ça pèse, une boule de poils de sept kilos ? Dans les treize ans et demi de compagnonnage ?... "Pratiquement deux ans par kilo, donc", dit le statisticien. Pratiquement, monsieur le professeur, pratiquement. Mais pas tout à fait quand même. L'épaisseur de ce pratiquement... Ce n'est pas rien, quelques mois, quelques semaines... Le petit cœur brinquebalant, et ce qu'il y a autour, ça n'a pas pu tenir ces quelques mois. Ça lui aurait fait un compte rond, au statisticien. A moi une petite rallonge. Un peu de rab. "Oui, oui. Je prends, je prends ! J'ai encore de la place, no problem. Sept, huit mois, même si vous voulez. Mettez m'en plus, s'il le faut, si vous avez. Vous en faites pas pour moi, je trouverai où caser tout ça." Un compte rond... Le statisticien s'en fout sûrement un peu. Il a d'autres choses à compter, et bien plus importantes. Moi ça m'aurait bien été.

Une boule de poils de sept kilos, ça pèse combien de kilos de tendresse ? Pelote de laine blottie au flanc du maître, sur le divan des soirs d'hiver. Combien de kilos de réconfort ? De chaleur ?... Une boule de poils de sept kilos, ça pèse plus lourd qu'on ne croit. Et puis quand on aime on ne compte pas, non ?...

Le petit chien s'en est allé sans bruit. Le "fil à la patte", qui nous compliquait toujours un peu la vie. A faire garder pour les restos, les hôtels, les séjours "interdits à nos amis les bêtes"... A faire pisser le matin trop de bonne heure. A faire pomponner, à faire soigner, à faire promener deux fois par jour. A faire sécher les jours de pluie, à faire manger au milligramme, à faire dormir au pied du lit, à tranquilliser les nuits d'orage, les soirs de 14-Juillet... Le "fil à la patte" s'est rompu. Tu m'as rendu ma liberté, petit compagnon. Mais cette liberté tu vois, je la déteste.

Tu me manques petit chien. Un peu de blues, quoi... Salue les étoiles pour moi.


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