Magazine Journal intime

Trois grands films - page 11.

Publié le 21 novembre 2010 par Douce58
   Peu à peu, je m'enhardis à fréquenter les salles de cinéma du centre-ville.  J'y avais été préparé en quelques occasions par mes proches.  Je ne parle pas des séances auxquelles j'assistais quelquefois, petit, avec mes parents et au cours desquelles je m'endormais régulièrement (j'effectuais le retour à la maison juché sur les épaules de mon père, car ces sorties en soirée se faisaient à pied).  Non, je me souviens particulièrement de trois visites aux salles du centre-ville, qui furent motivées par le prestige de trois grands films.  Pour la première de ces visites, j'étais accompagné de mon grand-père François, avec qui, enfant, je passais beaucoup de temps.  J'avais neuf ans.  Nous vîmes, au cinéma Castillet,  Autant en emporte le Vent.  La deuxième visite fut pour le Nouveau Théâtre, où l'on passait Quo Vadis.  J'avais onze ans.  A la sortie, alors que nous étions encore sous le charme de ce film magnifique, la neige tombait.  Ce n'est déjà pas si fréquent de voir Perpignan sous la neige, mais là, elle tombait drue, serrée, à gros flocons et tout disparaissait sous sa blanche accumulation.  Nous sommes rentrés à pied, comme nous étions venus, mais nous progressions de plus en plus difficilement et je me rappelle très bien que je m'enfonçais jusqu'aux cuisses en atteignant le seuil de la maison.  En cet hiver 1954, il tomba sur la ville un mètre de neige.  Le toit du grand garage Citroën s'effondra sous le poids.  A Paris, un certain Abbé Pierre lançait à la radio son appel de détresse:  un bébé était mort de froid dans une caravane et le corps sans vie d'une femme avait été retrouvé sous un pont.  Ses doigts étaient crispés sur le billet qui lui signifiait son expulsion.
  Pour la troisième visite, j'avais quinze ans et, cette fois, c'était en compagnie de mon père.  Il m'emmena voir, au Familia, une reprise des Aventures de Robin des Bois de Michael Curtiz, avec Errol Flynn et Olivia de Havilland.  Ce film avait enchanté la jeunesse de mes parents et mon père tenait beaucoup à ce que je le visse.
  Ce cinéma Familia, qui surplombait la Basse, petite affluent de la Têt, dont les eaux sages coulent toujours entre des quais fleuris de lauriers roses, portait bien son nom.  Sur ses affiches flamboyaient les titres et les images des films pour tous:  d'aventures, de cape et d'épée, westerns, mélodrames et comédies, qu'on pouvait venir voir en famille.  Il était situé dans le faubourg et on ne se croyait pas tenu d'y paraître sur son trente et un, à une époque où aller en ville ne se concevait pas sans un minimum de soin vestimentaire.  L'ambiance y était donc détendue et bon enfant.  Le Familia n'existe plus.  Il fait partie des points de repère de mon enfance qui me manquent.

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