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Avec le temps...

Publié le 08 décembre 2010 par Revolutie

Va, tout s’en va. Nous ne sommes qu’un instant dans « l’éternité ». Une poussière d’étoiles, un organisme insignifiant dont rien et personne ne se rappellera dans quelques centaines d’années. Souvent dans encore moins de temps. Et qu’aura été notre petite vie ? Qu’aurons nous laissé ? Du néant. « Chaque pas dans la vie est un pas vers la mort » disait Cioran. Quoi de plus vrai ? Nous venons du néant, jetés dans l’existence, obligés de la supporter, pour retourner ensuite dans le même néant. C’est peut-être inutile comme question, mais pourquoi ? Pour quoi ? (Je parle ici dans une perspective plutôt agnostique, voire athée). Pourquoi cette absurdité qu’est la vie ? N’est-on pas comme Sisyphe dont parle Camus, qui était condamné à monter sur la montagne une grosse pierre pour la voir à chaque fois retomber ? Et cela à l’infini.

Quoi de plus absurde ? Quoi de plus inutile à l’univers qu’une vie d’homme ? Quoi de plus ridicule que nos quêtes d’argent, de succès voire d’amour ou d’amitié ? Quoi de plus ridicule que nos vêtements, nos voitures, nos bâtiments, nos livres ? On se précipite tous dans le néant et de ce qui aura été plus rien n’aura de sens. C’est là la réalité de l’existence. Créez, tout sera détruit. Espérez, tout s’évanouira. Aimez, tout sera oublié. Vivez, tout sera inanimé. Comment vivre avec cette peur presque quotidienne ? Tout ce qu’on fait n’est-il pas pour se divertir dans le sens pascalien du mot et pour se voiler la face ? Mais la mort et le néant (j’ai peut-être fait un pléonasme) sont là, derrière chacun de nos gestes et plus on essaie de les couvrir, plus ils apparaissent dans toute leur froideur. « Tu es vivant aujourd’hui, tu seras mort demain et encore plus après-demain » chantait Aznavour. Pensez à vous, un petit être sur cette planète dans un univers immense (voire illimité d’après certaines théories…).

D’après la théorie du Big-bang, l’univers  aurait 15 milliards d’années. D’après cette même théorie, il serait en expansion. Finira-t-il par se contracter ? Et si oui, combien de fois ce processus a-t-il eu lieu ? Supposons que l’éternité existe. Ainsi il a pu y avoir une infinité de Big-bang (ou plutôt il y aura une infinité car on ne peut pas parler de l’infini au passé). Vous, moi, faisons partie d’un de ces processus répétitifs. (N’oublions pas que je ne fais que supposer). On a peut-être pu exister une autre fois et on existera encore peut-être. Mais on ne le saura pas. Et si tout, à un grand intervalle de temps, se répétait indéfiniment ? Ne revenons-nous pas au héros de Camus ? Quoi de plus absurde : cette répétition vide de sens ou l’unicité (tout aussi vide) de l’existence ? Ne vous sentez vous pas petit dans tout cela ? Voyez vous un vrai sens à votre existence dont seulement quelques personnes sont au courant ? Quel est le rôle d’une fourmi dans l’univers ? Et d’une feuille d’arbre ? Et d’une fleur ? Et de l’homme ? Aucun précisément.

   « Vivons puisque la vie n’a pas de sens ! » disait par ailleurs, Cioran. Oui le néant nous attend, oui la mort nous fait peur, oui la vie est absurde, oui l’existence est contingente, oui l’homme est insignifiant au regard de l’univers. Mais « même si l’univers l’écrasait, l’homme  serait encore plus noble car lui, il sait qu’il meurt. »(Pascal) Est-ce le néant, est-ce la mort, est-ce l’absurdité qui nous empêchent de vivre pleinement ? Non, car, comme disait Epicure, « la mort n’est rien pour nous car, quand nous sommes là, elle n’est pas encore et quand elle est là, nous ne sommes déjà plus ». La mort serait absence de sensation. Logiquement donc nous n’avons pas à la craindre. C’est la pensée de la mort qui nous fait souffrir. Et sachez que s’il existe une façon de mal vivre sa mort, c’est celle-la : mal vivre sa vie. S’il y a une seule victoire que la mort peut avoir sur nous c’est de nous détruire l’existence, en nous guettant à chaque coin de rue, à chaque geste, à chaque projet, à chaque espoir. La mort doit être là seulement pour nous rappeler de ne pas oublier de vivre. « Profitez, soyez heureux tant que vous le pouvez » paraît-elle nous dire. « Tu ne peux pas arrêter ce jour, mais tu peux ne pas le perdre » rappelait une inscription latine. Ne nous faisons pas plus de mal que nécessaire. Le néant n’est pas là. On vit « au milieu de l’extraordinaire ». Rien n’est banal, tout est merveilleux. Et la beauté est surtout dans l’instant. Qui serait heureux de manger 24h sur 24 ? Qui serait heureux de faire l’amour toutes les demi-heures ? Sans dire qu’il n’y a pas de bonheur sans malheur, il faut reconnaître qu’un bonheur trop long et presque inchangé deviendrait banalité. Le divers est vie, l’éternel est néant. La vie est merveilleuse car elle est à chaque fois nouvelle.

Essayons de voir quel miracle nous sommes en train de vivre : il y a quelques dizaines d’années, nous étions néant (représentons ce néant par une ligne droite). D’un coup, nous sommes apparus dans la vie, qui coexiste avec le néant (représentons la vie et l’univers sous une forme ovale, comme le ballon de rugby). Nous sommes maintenant dans cette immensité et au milieu du merveilleux. Nous, qui venons du néant, nous avons de quoi nous émerveiller. Le néant qui nous suit est encore une ligne droite après le « ballon ». Voyez-vous, le temps qui précède notre « entrée » dans l’Univers et surtout celui qui la suit est immense. Mais le temps d’une vie est encore « plus immense », car il est riche, il est nouveau, il est miraculeux. Le sourire pur d’un enfant, un « je t’aime » sincère, un regard, une pensée, une fleur, un rayon de soleil, un bâtiment, une voiture etc. sont le produit d’au moins 15 milliards d’années d’évolution. Ils n’ont donc rien de banal. La vie n’est pas banale, c’est l’homme qui, malheureux, a projeté son pessimisme sur le monde. Je sais, nous avons tous des problèmes, des malheurs, des peurs. Mais ne les laissons pas détruire cette unique (peut-être) chance d’admirer et de vivre. Nous sommes encore dans le « ballon », nous pouvons encore nous émerveiller. Le jour se lève encore…Profitons de l’existence et nous vaincrons le néant. C’est cela le sens de la vie. Il se résume à la vie. Oui nous allons mourir, oui le malheur existe, oui tout disparaîtra. Mais doit-on ne pas profiter des bienfaits du Soleil parce qu’il disparaîtra dans quatre milliards d’années ? Doit-on ne pas manger aujourd’hui parce que nous aurons faim demain ? Doit-on ne pas être heureux aujourd’hui parce que nous serons malheureux demain ? Non, justement ! C’est parce que le Soleil disparaîtra qu’il faut en profiter, c’est parce que demain nous serons affamés qu’il faut manger quand nous en avons l’occasion, c’est parce que demain nous pleurerons qu’il faut sourire aujourd’hui. C’est parce que la vie finira qu’il faut la vivre. Vivons comme si nous devions mourir demain. Mais non pas d’après la devise « après moi le déluge ». Disons « je t’aime » à quelqu’un qui nous est cher, sourions à un(e) inconnu(e), soyons bienveillants, soyons ouverts, émerveillons-nous. La vie est immense, nous n’avons pas le temps de tout découvrir. Et heureusement. Ne mourrons pas avant terme. Tant que la vie existe, tout est possible. Tant que la vie existe, l’espoir ne doit pas mourir. Il n’y a pas de bonheur sans vie, mais seulement des vies sans bonheur. Dostoïevski a dit « si vous voulez être heureux, soyez-le ». Oui, même si tout n’est pas simple. Le bonheur s’invente. Nous sommes vivants, nous pouvons encore l’inventer. Nous n’essayons jamais tout pour être heureux. Ainsi, ne disons pas « le bonheur n’est pas fait pour moi » mais plutôt « je n’ai pas trouvé la bonne méthode » ou « s’il existe pour d’autres, il existe sûrement pour moi aussi ». Nous allons mourir. Aujourd’hui, demain, dans cinquante ans. Mais avant, vivons. Vivons vraiment. Non pas pour économiser de l’argent, non pas pour acheter beaucoup d’objets, mais pour sentir et s’émerveiller. La banalité est dure à vaincre, mais faisons comme l’enfant qui découvre. Il reste énormément de choses à découvrir. Ce miracle dans le néant, la vie, ne doit pas passer « à côté » de nous. La vie est en nous, laissons-la s’épanouir. L’univers est si grand, le néant si petit. Notre destin est celui-ci, notre bonheur celui-là. Néant. Vie... Néant.

 

Cristi Barbulescu


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