Rhô cette histoire... si j'avais voulu l'inventer, je ne sais pas si j'aurais su.
Vendredi matin, après avoir passé la nuit à garder mes neveux, je sors de chez ma soeur "au naturel": à peine réveillée, coiffée d'un petit coup de main pour juste replacer la mèche qui partait en live, fringuée comme le jour précédent en pire, avec les affaires que j'n'avais pas eu le courage de plier la veille au soir et qui avaient atterries en boule à côté du lit.
Mais bon, ne vous offusquez pas: je comptais remettre de l'ordre dans l'alphabet de tout ça une fois rentrée chez moi, et métamorphoser la chenille en papillote pour avoir le style paillettes sur les photos de Noël, comme vous. Bref.
Je sors donc de chez ma soeur, version épouvantail, et, péniblement, je m'en vais gratter les vitres de la voiture (rappel: le nord, c'est la Sibérie en ce moment, je ne serais pas surprise de croiser des poissons panés surgelés un de ces quatre).
Le temps que mes doigts tombent l'un après l'autre, c'est fait, hop, je monte dans le cockpit. Je tourne la clef dans la chevillette, je charge un p'tit CD parce que j'aime bien chanter en conduisant, je frotte dans mes mains histoire d'arriver à tenir le volant, et vogue la galère.
En descendant la bordure du trottoir, je me dis que, dis donc, je ne me souvenais pas qu'elle était si haute, et, oh la la, si L avait été là (elle est partie fêter Nowel dans sa famille), je me serais fait disputer de l'avoir descendue de façon si rock'n roll. Et en même temps, comme tout était congelé comme dans un freezer, je me fais la réflexion que quand même, c'est abusé, j'avais eu l'impression d'aller doucement, et je me serais fait disputer pour rien, limite j'avais envie de faire la tête en me disant ça, et de quitter L dans la foulée parce que vraiment, même quand elle n'est pas là, elle est trop méchante avec moi. Soit.
Arrivée au stop, je me suis dit que ça allait être chaud-patates d'arriver à Lille. Que d'habitude, dans ces conditions, c'est L qui conduit, et que moi, le verglas, ça me fait franchement peur. Que je n'suis pas habituée quoi, et que je ne savais pas que c'était si dur de contrôler la voiture.
J'étais limite de garer ma voiture et pleurer un petit coup quelques mètres plus loin, puisqu'en plus je n'étais pas maquillée, autant saisir l'occasion, mais je me suis souvenue que ça ne servait à rien, de pleurer, donc j'ai continué.
Au premier dos d'âne, j'ai eu l'impression de faire un écart de 5 mètres, alors que bon, non, certainement pas, la route n'était pas si large. J'ai eu une suée avant de passer le deuxième dos d'âne, mais je me suis dit: "allez zeste, au bout de la route, ça a été salé, ça va le faire!".
Je trouvais aussi que ce bruit de verglas faisait trop peur, ça rendait un genre de "SRFFFCHHHHHHHRRRRRRRRRRRRR", et j'n'osais même pas passer la seconde vitesse. J'ai même failli ouvrir ma vitre pour voir si c'était normal, mais comme c'était congelé, je n'ai pas réussi.
Arrivée au feu rouge, je me suis dit que bon, allez, on allait retrouver une route normale, et ouf quoi.
Sauf que, quand le feu est passé au vert et que j'ai accéléré, bon, ben il n'y a que mon pied sur la pédale qui a bougé, rien d'autre...
J'ai revu dans ma tête les images que j'avais vues à la télé, de ces gens qui étaient dans leur voiture à accélérer sans pouvoir avancer d'un centimètre, et je me suis dit que zut, c'était quand même trop bête, à un mètre même pas de la route déneigée quoi... J'ai immédiatement regardé dans mon rétroviseur, et j'ai soupiré en voyant que derrière moi c'était un p'tit vieux qui n'allait pas pouvoir user de ses muscles pour m'aider.
Le feu est repassé au orange, puis au rouge, et pendant ce temps
J'ai fini par sortir de la voiture, en mode épouvantail je vous rappelle, les bras ballants, à dire au gars de derrière: "bon ben, bon, heu, j'suis bloquée, quoi...". Parce que "embourbée", j'n'étais pas sûre qu'on puisse l'utiliser pour de la neige ou du verglas, et "enneigée" et "enverglacée", ça ne me semblait pas approprié non plus.
Le type est sorti de sa 106 (je le dis parce que c'est la seule marque que je reconnais, j'suis un peu fière quoi), a tenté de pousser deux secondes sans résultat, a fait le tour de ma voiture, et m'a dit, avec ses yeux grands ouverts façon ronds écarquillés: "ben v'nez voir madame...".
Je me suis dit que c'était culotté de commencer à regarder les détails de ma voiture alors que ce que je voulais moi, c'était avancer. Mais bon: il m'avait appelée "madame", c'était quand même ce qui comptait.
Difficilement, avec mes talons, je me suis déplacée sur la glace en tentant un mode surya bonalyen pour arriver jusque lui, de l'autre côté de la voiture...
J'ai regardé ce qu'il me demandait de regarder, en pointant son doigt... et bon, ben j'ai vu que juste, il me manquait... une roue !!
Tout à coup tout s'expliquait, comme un mécanisme qui se mettait en route dans ma tête: la bordure, le verglas, le bruit énorme, les dos d'âne. Même qu'en pensant aux dos d'âne, j'ai rigolé, mais c'était nerveux... j'en rigole encore en l'écrivant tiens.
J'ai relevé ma tête vers le type qui n'en revenait pas, puis j'ai regardé la file de voitures derrière, et parmi cette file, une voiture de police, d'où descendait déjà le gars en bleu. J'ai failli rigoler parce qu'il a manqué tomber, il avait visiblement enclenché son mode Brian Joubert, mais ce n'était ni le moment ni l'endroit comme on dit.
le flic-floc: qu'est ce qu'il se passe, madame? (rhô, notez ce sens du détail de la police qui parle en bleu, ah ah)
moi: ben... il me manque une roue...
le flic flac: WTF ????!!!?!?! Mais vous venez d'où? (le "WTF", il était dans ses yeux, hein... il parlait plutôt correctement)
moi: ben... du bout de la rue, là... 10 mètres... 50 peut-être... oui, bon, heu, une centaine de mètres quoi.
le flic fluc: WTF? (toujours dans ses yeux)
moi: ben on a dû me la voler la nuit, cette roue, et moi j'n'ai pas regardé ma voiture avant de partir, bon, j'ai roulé, j'ai entendu "SCRFFFFFFFRRR" mais j'croyais que c'était le verglas, bon, ben, voilà quoi...
le flic flec: ... ? WTF ?(encore dans ses yeux, mais en plus grand)
moi: Bon, ben mes racines blondes cachées à l'intérieur de ma tête, certainement... hum...
C'est vrai que moi aussi, en le disant, comme ça, ça me paraissait invraisemblable d'avoir fait 100 mètres à trois roues, et en un éclair, l'expression "la cinquième roue du carrosse" prenait tout son sens, parce que genre dans l'expression, on n'aurait pas pu dire "la quatrième" à la place de la "cinquième", vous voyez? En même temps, un tricycle, ça existe, alors c'est encore discutable. Et en temps normal, même, y'en a qui arrivent à rouler à deux roues, genre, aussi. Mais je me suis bien gardé d'en faire part au monsieur en bleu, parce que là, au milieu de la route, à bloquer tout le monde, ça ne le faisait juste pas.
On est restés environ 45 minutes là, à attendre la dépanneuse. Limite j'avais envie de lui demander d'où venait l'expression "22 vl'là les flics" et de savoir ce qu'il pensait du "sex appeal de la policière", oh, j'n'avais jamais parlé aussi longtemps à un policier, moi. Mais je n'ai pas osé, parce que je suis plus timide que curieuse, et c'est dommage.
Au lieu de ça, j'ai téléphoné à L, et ça, il ne faut jamais faire, parce qu'en expliquant mon histoire, il y a une boule qui est arrivée dans ma gorge de je ne sais où, et j'ai commencé à dire que " j'suis vraiment trop nulle j'm'en suis pas rendu compte, et mince quoi, tout est de ma faute, je suis vraiment qu'une tarte", et quand je m'insulte, y'a des larmes qui coulent, c'est comme ça, on n'y peut rien. Alors je rigolais en pleurant, au milieu de la route, en épouvantail, en expliquant que, bon, c'est vrai que sur les dos d'âne, voilà, quoi, j'avais bien senti qu'il y avait comme un souci, tout ça, tout ça...
Je vous passe le dépannage, la matinée au garage, puis à la gendarmerie; je vous passe le "surtout, pour l'expertise, gardez votre roue" de la dame de mon assurance, qui est dotée de mèches blondes très certainement. Ou d'humour, mais je n'pense pas que c'était fait exprès, ou alors elle jouait vraiment trop bien. Je vous passe aussi le coût de la facture...
Inutile de vous dire qu'on m'a charriée pendant tout le réveillon de Noël, et que je suis blindée à recevoir toutes les moqueries de vos commentaires. Faut dire que j'ai offert un cadeau particulièrement prémonitoire à mon n'veu:

Oui bon ben... L'année prochaine, j'lui offrirai des sous... au moins, si c'est prémonitoire, bon, ben... voilà quoi !
N'empêche que je suis contente: si un jour je passe à TLMVPSP, ça y est, j'ai une anecdote... Ca vaut les poules hein? Hein? Hein?
(PS spécial à la troiz'm: madame H, elle aurait dit que ça, c'était "le coup de la roue").







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