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Annie

Publié le 08 janvier 2011 par Banalalban

_ Elle était mon bébé. Détrônant toutes les autres. Elle m’appartenait. De hier, elle est retournée. Tout le monde la goûtait et d'elle me demandait : « Est-il a vous ce bébé? Quelles bonnes nuits vous devez passer entre ses jambes… ».

Elle est partie bien loin. Dans mes bagages et ce que j’en fais, je me souviens encore bien d'elle. Elle est mon bébé, et ça c’est quelque chose déjà de savoir qu’elle m’appartenait. Aujourd’hui est un autre jour où je vois un autre bébé qui n’est pas elle. Je me sens désolé. Je me sens seul. Je me sens floué et tombé : je fais des ricochets. Mais aujourd’hui, elle était mon bébé. Elle était comme la vie : elle en était le ventre et en mordait la chair ainsi quetoute sa complexité sans jamais sourciller. Et tout le monde le savait, dans tout le quartier. Dans la façon qu’elle avait de marcher, touchant du bout des doigts la rugosité des murs et le glissant des vitrines au passage. Dans la façon qu’elle avait d’irradier la ville et d’en brûler les arbres. Dans la façon qu’elle avait de parfumer le temps, l’air de rien, et les brouillards d’hiver, de friper la peau et de gercer vos lèvres. De ses épaules qui roulaient sous son t-shirt d’été trop court aux heures chaudes et la peau de son décolleté qui débordait sous l'ovale de son menton : elle portait le poids de mon monde avec une déconcertante facilité. Bardeau apprivoisé dans son col roulé de frimas sous les flocons aussi…

Elle était la voisine attentive quand les travaux de ma tête exigeaient un peu d’aide, le confesseur des idées noires et l’excavatrice des souvenirs douloureux que lentement parfois j’évitais : elle m’évidait…

Elle était de moi ce que j’ai de meilleur.

Ce que je pouvais passer comme heures avinées, avisé que j’étais, à contempler le rebondi de son cul sous le camouflé de son jean à la poche arrachée où le bleu du tissu non usé déracine encore aujourd’hui les larmes qui me vitriolent les joues en coulant, deux immenses fossés emplis de vacuité comme les ornières d’un chemin de campagne déjà trop emprunté parant mon visage des parenthèses trop visibles de nous....

Et tout le monde le sait dans le quartier qu’elle était mon bébé et c’est déjà bien assez de lui avoir, cette place, laissée. Mais le phénix aux ailes sales ne renaît jamais en fait. Les parents qui disent le contraire mentent à leurs enfants et leurs racontent des histoires à coucher dehors…

Tout ne part jamais que partout dans le tout-à-l’égout…

Je suis mort en l'adorant.


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