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Christine Angot vampire ?

Publié le 01 mars 2011 par Jlk

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La romancière, accusée de piller la vie d’une femme dans Les petits, va en répondre devant la justice.


Un romancier a-t-il le droit d’exposer la vie intime d’autrui dans une fiction, et jusqu’où défendre cette liberté ? Cette question, liée au risque de blesser un vivant, est souvent exorcisée par la formule conventionnelle selon laquelle «les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite». Malgré cette précaution, les procès ont émaillé l’histoire littéraire, et parfois les règlements de compte plus expéditifs, aux poings ou au pistolet…
Or voici que ladite question rebondit avec le dernier livre de Christine Angot, spécialiste du genre puisque plusieurs des personnages de ses romans antérieurs se sont déjà plaints de son indiscrétion et de sa cruauté. Ainsi, après la parution du Marché des amants, évoquant crument les amours de la romancière et du chanteur antillais Doc Gynéco, celui-ci s’était dit choqué par cet étalage intime. Plus grave : une certaine Elise Bidoit, méchamment décrite dans le roman avec moult détails reconnaissables, dont les prénoms éthiopiens de ses enfants se trouvaient reproduits dans le roman, fut tellement choquée qu’elle en référa à un avocat. L’affaire fut réglée « à l’amiable » pour 10.000 euros. Mais c’était mal connaître Christine Angot que de penser qu’elle s’en tiendrait là…
De fait, son dernier roman va beaucoup plus loin dans l’acharnement cruel, voire pervers, sur la même personne identifiable, puisque la protagoniste des Petits, prénommée Hélène, n’est autre qu’Elise Bidoit, tout au moins à en croire celle.ci. Mais les témoins sont nombreux à confirmer la chose. Et la « chose » est lourde, sans doute, à porter.
Car cette Hélène, ex-femme d’un chanteur antillais auquel elle se serait accrochée pour ses seules qualités d’étalon, et qui l’a pressé de l’engrosser à répétition, se révèle vite une hystérique castratrice, mesquine et raciste, se servant des « petits » comme d’otages avec un machiavélisme de sorcière.
Situation tout à fait plausible, évidemment, comme ne manque pas de le relever la romancière se défendant avec virulence et prétendant justement dénoncer une plaie actuelle : l’usage guerrier que font les parents désunis de leur progéniture. Le hic, c’est que « les petits » existent bel et bien en réalité, et qu’Elise Bidoit se voit clouée au mur comme une araignée malfaisante, alors que Christine Angot, qui tombe le masque en fin de roman, se présente en narratrice «innocente». Mais celle-ci couche aussi, en réalité, avec le chanteur antillais du roman, et s’en donne à cœur joie pour mieux « enfoncer » la pauvre ex…
Or Elise Bidoit, fille d’avocat et consciente de ses droits, a choisi de se défendre. Ainsi a-t-elle confié son désarroi de femme, battue par son conjoint, puis humiliée publiquement par la romancière, à notre consoeur Anne Crignon qui a enquêté sur l’affaire avant de lui consacrer un article accablant, pour Christine Angot, dans Le Nouvel Observateur. Dans la foulée, une assignation à comparaître devant le Tribunal de grande instance de Paris, pour atteinte à la vie privée et familiale, sera délivrée à la romancière par Me Vincent Tolédano agissant pour Elise Bidoit. À préciser que, depuis un arrêt de la Cour de cassation de 1986 condamnant la publication par Grasset de Non lieu, roman sur le crime de Bruay en Artois, la jurisprudence a maintes fois confirmé sa position de principe sur le respect de la vie privée dans les œuvres de fiction. Ladite fiction peut-elle « tuer » ? Ce qui est sûr, c’est que la victime présumée de la romancière dit avoir tenté de se suicider après avoir lu Les Petits….
Genre tueuse
Sans se prononcer sur la qualité du roman, qu’il évoque cependant avec une moue dégoûtée, le romancier et critique Pierre Assouline conclut sur son blog fameux: « Tout romancier a le droit de faire un roman de sa vie, quitte à tordre le cou aux faits les plus têtus ; il n’a de compte à rendre qu’à lui-même puisque la fiction est par excellence le territoire de la liberté de l’esprit. Mais s’il exploite la vie des autres, il serait mal venu de s’étonner ou de s’offusquer de la révolte de ses personnages »…
Or, la Littérature, avec sa grande aile dont se drape Christine Angot, justifie-t-elle les pratiques de celle-ci ? Telle n’est pas, et de moins en moins, notre impression. De plus en plus, en effet, le sentiment que la romancière investit une posture, va de pair avec le constat, dans son écriture même, d’une recherche de l’effet, accrocheur voire brutal, vulgaire même.
Plus précisément : Angot se la joue duraille. Avec des mots-couteaux, des phrases-rafales, elle défouraille. Ou joue la suave, en fausse douce « concernée ». Stylistiquement alors: du sous-Duras mauvais genre, en plus affecté. Quant à l’esprit du roman : une sourde haine le traverse, vengeresse. Et « les petits » là-dedans ? Comme par un retournement logique des choses : c’est de la romancière qu’ils semblent ici les otages, piégés par sa tendresse feinte.
Et l’ange de la littérature dans tout ça ? Disons qu’il vole bas...
Christine Angot. Les petits. Flammarion, 187p.


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