Magazine Journal intime

Quoi

Publié le 14 mars 2011 par Orangemekanik

Sur facebook hier, j’ai posté cette chanson. Et ça m’a rappelé la vie où je passais mon temps dans les karaokés. Ben oui. Comme tout le monde, j’ai fait du karaoké. Pourquoi ? Il est où le problème ? Ca vous étonne Claude Berri qui mange un yaourt ?

Au début, j’osais pas trop tu vois. Et puis très vite, moi aussi j’ai commencé à m’énerver quand c’était jamais à mon tour. A trépigner. A demander au DJ combien de bourrés bafouilleurs de Bibi et de Johnny il avait l’intention de nous infliger avant de mettre fin au supplice. Mais bon… c’était des clients. Et en plus, ils nous payaient des verres. A moi et à mes potes. Alors fallait que je sois patiente. A ce qu’il me disait. Mais bon patiente, sur un parapet, en plein vent à minuit du soir… j’aurais bien aimé le voir. Et rester dans le bar alors qu’on était toute une bande et un chien, et qu’on avait pas un rond pour consommer, ça nous disait rien. Alors dès que j’avais fini ma petite prestation, je traversais la rue. Avec mon plateau de verres offerts par la maison. Et j’attendais mon tour. Le prochain.

La première fois, on avait gagné des tas de cocktails. Ca m’avait même fait drôle de voir Vince avec un verre de luxe aux couleurs tapageuses rehaussé d’un mini parasol chinois en papier, à la place d’une bouteille de rosée. A la main lol. Mais au moins ça le changeait du raisin. Ca faisait des fruits nouveaux. Noyés dans les degrés de l’alcool qui leurs donnait une saveur festive. Et ils nous avaient donné plein de clopes aussi. Les gens. Et de la thune. C’était sympa d’être payé pour faire la fête avec eux.

Ca faisait un moment que ça me démangeait. Qu’on était là. A galérer presque tous les soirs. En face de cette brasserie/pub pour vacanciers côte d’azuriens. Qu’on les regardait et qu’on les écoutait délirer. Les même qu’on voyait à la plage l’après midi. Mais habillés. Tout bien coiffés. Maquillés. Tous sur leur 31. Tirés à quatre épingles. Essayant tant bien que mal de faire ressortir au mieux l’œuvre que le soleil avait laissé sur leur peau cramée pendant la journée. Je connaissais le karaoké. Les play back tout péraves. Les faux clips merdiques. J’en avais déjà vu. Avant la rue. Ca commençait à être tendance. Mais ici, y’avait un super son. Le DJ déchirait. Et nous, de l’autre côté de la rue, on s’éclatait.

Mes potes savaient que j’aimais bien chanter, vu que j’avais gagné des raquettes, un ballon géant gonflable, un thermos à bouteille et des tongues Contrex en remportant le concours de celui qui interpréterait le mieux la chanson de la pub Contrex. ♫♪♫ Quand je bois Contrex, je me sens bien♫♪♫ Tu te souviens ? Des paroles revues et corrigées, sur une chanson de Françoise Hardy. Que je connaissais plus revisitée par Jimmy Sommerville. Moi. Personnellement. Mais bon. Je m’étais lancée. Toute façon je pouvais plus reculer. J’avais atterri sur la scène je ne sais plus trop comment. Je me souviens vaguement qu’il me faisait rien, leur joint. C’était le tout premier depuis dix ans que j’avais arrêté. Eux, leur premier de la journée. Pis apparemment si : il m’avait fait un petit effet. Quand même. Tout compte fait. Puisque je m’étais retrouvée sur cette scène. A mon insu. Contre toute attente, et sans doute parce que j’avais un corps très Contrex par rapport à la fille qui l’avait vraiment fait mieux que moi, j’avais donc gagné les lots prestigieux pré cités. Que j’avais refourgués à des gosses. Même les tongues. Alors qu’elles étaient à ma taille. Et même le thermos. Alors que pour les bières, ça aurait pu le faire. Mais comme disait Vince : « Est ce qu’elles ont vraiment le temps de se réchauffer, en même temps ?!…

Depuis, j’avais jamais rechanté. Mais ce soir là je sais pas. Je me trouvais super belle. Toute bronzée. Et j’avais mis la robe kaki un peu militaire. Super sexy. Qui s’ouvre devant avec des boutons. Une ceinture. Et mes palladium en toile montantes blanches cassées. Pis j’en avais marre, aussi, d’entendre toujours les mêmes titres massacrés par les même chanteurs du dimanche. Alors j’ai traversé la route. Et je me suis inscrite. Sur la liste d’attente. J’ai dis au DJ de m’appeler au micro… mais fort. Parce que j’étais là bas. Avec mes potes. De l’autre côté de la rue. Il m’a dit : « Tu veux chanter quoi ? ». J’ai cru qu’il me parlait de la chanson. « Quoi ». De Jane Birkin. Que ça se voyait que ça m’allait bien. Alors j’ai fait : « Ouais, si tu l’as !… Ou un truc dans le genre ! ». Il m’a dit : « Dans le genre de quoi ? ». Putain. Il insistait. J’ai fait : « Ouais. Ou n’importe quoi. Ce que tu veux. Jane Birkin. Mylène Farmer… Tout ce qu’a pas de voix, moi, ça me va ». Je crois qu’il a compris que j’étais un peu perchée. Et ce que je voulais dire. J’avais même pas eu le temps de retrouver mes potes pour leurs expliquer. Les prévenir. Que déjà j’entendais : « Et maintenant Caroline va vous interpréter une très jolie chanson écrite par Serge Gainsbourg pour Jane Birkin ». Et dans un premier temps, il m’avait mis : « Fuir le bonheur de peur qu’il ne se sauve ». Quand j’ai pris le micro, y’avait du brouhaha. Les gens bavassaient. Vaquaient à leurs cocktails. Exaspérés eux aussi d’avoir entendu les mêmes titres bousillés par les mêmes casseroles tout au long de la soirée. Quand la musique avait commencé, peu habitués qu’ils étaient à entendre du Gainsbourg en ces lieux, le silence s’était fait. D’or. Tout le monde avait les yeux rivés sur moi. Mais je m’en foutais. J’avais de quoi être plutôt à l’aise. Niveau déconnection éthanolesque. Et je connaissais la chanson par cœur. Au début, je m’étais concentrée plutôt sur la justesse. Pour bien caler ma voix. Et puis le public aidant par sa grande attention, je m’étais laissée emporter. Juste avant le pont, j’avais vu Mohamed. Il avait traversé. Lui aussi. Et il me regardait. Debout. A l’entrée. Ca faisait comme si la caméra tournait. Autour de lui et moi. Mais à l’envers. Comme si derrière lui, y’avait même plus la mer. Comme dans les films où ils sont fous l’un de l’autre. Et que y’a plus qu’eux. Elle et lui. Et chépa. C’est quand j’ai dit ♫♪♫ Avoir parfois envie de crier sauveu qui peut savoir jusqu’au fond des choseus ♪ est malheureux ! », que les larmes se sont mises à couler. Chauffer mes yeux. Et mes joues. Brouiller les sous titres. Sur l’écran. Peut être parce que nous, on le connaissait, le fond des choses. Et pourtant, on était heureux. Quand on y pensait pas. Surtout avant la mort de Théo. Qui venait juste de le fuir. Le bonheur. En tout cas sur terre…

Il m’avait souri. Comme la fois où, le lendemain de notre rencontre, on était allé à Marseille, et que j’avais voulu manger une glace à tout prix. Alors qu’on était en hiver. Et que j’avais demandé au serveur de la cafétéria de me faire un banana split. Mais tout chocolat. A la place de fraise/chocolat/vanille. Et qu’il m’avait proposé un chocolat liégeois. Pour faire plus simple. Et que j’avais accepté. Si pour lui, c’était moins compliqué… mais avec une banane alors. Et sauce café par contre. Sinon ça faisait trop : tout QUE chocolat. Et avec beaucoup de chantilly. Aussi. Enormément. Il m’avait regardée. Pareil. Avec la caméra qu’avait tourné. Pareil. Comme si il m’étudiait. Un peu. Vite fait. Mais très attentivement. Et que ça l’intéressait. Qu’il trouvait ça marrant. Comme sujet d’étude. Une meuf qu’arrivait de Paris. Comme ça. Sans crier garde. Complètement hors saison. Qu’avait failli de faire violer à la sortie du TGV. Qu’avait pas un rond. Pas une clope. Ni nulle part où aller. Mais qui chipotait pour des parfums de glace. On aurait dit qu’il regrettait pas d’avoir choisi celui là. Ce thème là. D’étudier ce spécimen là. Cette curiosité là.

Ben ce soir là, idem. Sauf que là, on aurait dit que la caméra, c’était carrément moi. Et qu’il la pénétrait. Avec son regard. Son jeu d’acteur irrésistible. Les gens avaient senti l’émotion dans ma voix. Tout ce que je contenais. Et qui sortait. Malgré moi. Quand j’avais regardé la salle, des gens pleuraient aussi. C’était comme s’ils avaient compris. Compris tout ce qu’on savait. Le fond des choses. Lu dans nos cœurs. Connu l’histoire depuis le début. J’avais terminé la chanson comme revigorée. Envolée par tant d’empathie. Laissant échappant des sanglots compulsifs tous les trois mots. Mais souriante avec ce public qui me faisait honneur. C’était un mélange détonnant de désespérance. Et d’espoir. Mêlés. Et emmêlés. Comme une bouffée d’amour inouïe. Presque Divin. Une volonté de vivre. Qui me transcendait. A la fin, tout le monde m’avait fait une vraie ovation. Le DJ avait enchainé avec « Quoi ». Et là, c’est tout du long que j’avais pleuré. Du début à la fin. Sans lâcher Mohamed des yeux. Parce que c’est à lui que je parlais. Dans la chanson, y’avait tout ce que je voulais lui dire. Chaque fois qu’on pensait à Théo. Qui venait de se pendre. Chaque fois qu’il me disait qu’il voulait partir. Lui aussi. Tellement la vie lui faisait mal. Mais pas sans moi.

On avait fait un tabac. Lui et moi. Avec nos sourires et nos yeux brillants. Et le patron nous avait offert des cocktails. Un chacun. Tous. Cinq en tout. Et même un pour le chien. Cocktail de poulet, de romsteak, de reste de pizzas. Le lendemain, on avait remis ça. Et puis le surlendemain. Sans larmoyer à chaque fois hein… On a fait ça je sais pas moi… au moins une bonne semaine. Ou peut être trois. Ou plutôt deux. J’dirais. Parce qu’on s’était quand même fait 2000 balles. Avec, on avait acheté une télé. Pour la caravane. Un radiateur électrique pour l’hiver prochain. Et au moins 20 mètres de rallonge. Pour que ça puisse aller jusqu’à dans le garage d’à côté. Parce que nous, y’avait pas de prise. Dans la caravane. Et que fallait tout brancher là bas. C’est pour ça d’ailleurs, que y’a eu le feu. Un jour. Sur la fin. Et qu’après, on n’avait plus rien. Pis chépa. Un jour, on en a eu marre. J’crois. D’aller dans ce bar. Et on a arrêté. Toute façon, ça change tout quand t’as la télé. Dans la rue.

J’y suis retournée. Un jour. Dans ce café. Le temps avait passé. Un an. Mais j’ai pas voulu rechanter les chansons. Malgré les sollicitations du DJ. Qui m’avait reconnue. Parce que de notre amour fou à Mohamed et à moi ne restait que des cendres. Encore brulante. Et que je voulais vraiment que la terre s’arrête. Pour descendre… Pourtant, quand le DJ m’avait embarquée presque de force pour interprété « Dieu est un fumeur de havane » en duo avec lui, je m’étais laissée faire. Parce que j’adore chanter moi. Et que le bonheur, toute façon, même si tu le fuyais de peur qu’il ne se sauve, ben il se sauvait quand même. Et encore plus. Bien souvent…

 

♫♪♫ Quand je bois contrex ♪♫♪

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