Source 27 mars. Les fines entailles ouvertes par l’outil dans le métal se sont mises à briller lorsque nous avons retiré les toiles, à la fin de l’après-midi. Le ciel est clair. Nous avons fini le nettoyage. Nous repeindrons demain, en vert foncé. Une fine poussière dansait dans la lanterne. Nous avons essuyé rapidement les prismes, alors que les lampes de chauffe crépitaient déjà sous le brûleur. Poussière, pour de longs jours maintenant. Poussière rouge des outils, l’autre matin, sur le débarcadère, lorsque je frottais, l’un contre l’autre, les grattoirs et les brosses avant de commencer le travail. Je me suis réveillé à ce moment, il me semble. Le vent, un vent léger du nord, faisait tourbillonner la rouille sur les pierres. Une rouille fine, dont certaines parcelles brillaient. Il ne pleuvait pas encore ce matin-là. Qu’ai-je remarqué ? Je n’avais sûrement pas envie de regarder la mer. Mais aperçue fugitivement, et comme malgré moi, je l’ai vue divisée. Échevelée, frissonnante au nord, le vent l’éparpille. À l’est, rassurante et légère, elle mène à la côte là-bas. Lente au sud, mystérieuse, profonde. Mais c’est à l’ouest que je l’aime. La mer à l’ouest, c’est l’océan. J’aurais dû penser à ce mot plus tôt ? Est-ce le paysage que l’on a sous les yeux qui détermine ces passages de la colère, du courage, de l’ennui au fond de soi ? Ces éclipses ? Jean-Pierre Abraham, Armen, éditions Robert Morel, 04230 Revest-Saint-Martin, 1967 ; rééd. Éditions du Seuil, 1967 ; rééd. Le Tout sur le Tout, 1988 [dixième tirage, 2008], pp. 111-112. |
JEAN-PIERRE ABRAHAM Source
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