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Le récit de l’accouchement de maman oiseau

Publié le 08 avril 2011 par Madameparle

Le récit de l’accouchement de maman oiseau

Cette semaine c’est maman Oiseau qui nous raconte la naissance de l’Oisette.

Si vous aussi avez envie de nous raconter votre accouchement et larrivée sur terre de votre enfant vous pouvez m’envoyer votre récit à [email protected]

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J-1 :

8 heures, je n’arrive plus à dormir, moi qui dormais au moins jusqu’à 11 heures depuis des mois… Je me lève et constate que j’ai des contractions régulières (toutes les 5 minutes) mais elles ne sont pas douloureuses. Papa Oiseau se lève plus tard dans la matinée. Nous passons la journée à chronométrer les contractions tout en regardant des documentaires (et des conneries en boucle) sur internet.

Dans l’après-midi, j’appelle la maternité afin de savoir s’il faut venir ou non. Ils me disent que non, tant que la douleur n’est pas là, ou tant que les contractions ne sont pas plus rapprochées, il vaut mieux prendre un spasfon et attendre. Ce que je fais. Pas d’évolution avant 22 heures.

22 heures, heure à laquelle la douleur apparaît enfin. Assez vite elle s’intensifie, au point que nous décidons de partir pour la maternité avant minuit. Mais finalement, estimant qu’elle n’est pas assez forte, nous restons à la maison.

Minuit, Papa Oiseau s’endort et je somnole entre chaque contraction. Pour finir, je ne peux plus tenir allongée lorsqu’elles arrivent et suis obligée de bondir du lit à chaque fois.

Jour J :

À 2 heures du matin, je me lève et j’erre dans le salon. Je regarde un épisode de Weeds, fais des mots fléchés et continue de noter inlassablement la régularité des contractions. Lorsqu’elles surviennent, je suis obligée de me lever et de pédaler dans le vide et me penchant et en fermant les yeux. Je serre les dents et commence à gémir. Plus de doute, je sais que l’accouchement se prépare.

À 4 heures, je vais réveiller Papa Oiseau en lui disant de se préparer pour partir à la maternité. Il saute dans ses habits, on attrape la valise et on sort dans la nuit. On descend jusqu’à la station de métro la plus proche pour trouver un taxi. On ne dit pas au chauffeur que je suis en train d’accoucher de peur qu’il nous refuse le voyage. Je me cache donc dans mon manteau et on lui indique l’adresse sans préciser qu’il s’agit d’une maternité. Le trajet est assez douloureux, surtout quand le chauffeur se lance dans une marche arrière énergique assez violente.  On arrive à la maternité des Fleurs. On sonne à la porte et un homme avec un fort accent russe vient nous ouvrir. Il met du temps à comprendre mon nom et à trouver mon dossier. Une fois récupéré, nous montons au troisième étage, étage des naissances. Une sage-femme nous accueille et nous fait passer dans une salle de consultation pour mesurer l’ouverture du col et faire un monitoring. Déception, le col n’est ouvert qu’à 1. En revanche, le bébé est très bas et appuie sa tête sur le col. La sage-femme nous rassure en nous disant que ça n’est probablement pas pour tout de suite, mais qu’elle est certaine que le bébé naîtra tout de même dans la journée. Elle pose les sondes pour le monitoring et nous laisse seuls dans la salle  pendant une demi-heure. On se sent un peu penauds, et surtout j’ai la sensation que les contractions se sont calmées. Le bébé dort, du coup la sage-femme n’arrive pas à avoir des mesures cardiaques satisfaisantes.

5h30, on sort de la maternité déçus et chargés comme des mules avec notre valise. J’ai deux suppos de spasfon dans la poche à prendre en rentrant. On prend le métro pour retourner à la maison. Autant dire qu’à 5h30 du matin, la ligne 3 bis est déserte.

6 heures, on retourne se coucher en espérant que le spasfon ne fera pas effet. Je parviens à somnoler entre les différentes contractions qui semblent se calmer un peu. On émerge vers 11 heures du matin. La douleur s’est ravivée. Je commence à souffrir de plus en plus.

On poursuit la journée au rythme des contractions qu’on continue de chronométrer.

À 16 heures, je n’en peux vraiment plus, on décide de repartir. Parvenir jusqu’à la station de taxi est un supplice. Je suis obligée de m’arrêter plusieurs fois et soufflant très fort et de fermer les yeux. Une dame s’inquiète de mon état, Papa Oiseau lui explique que je suis en train d’accoucher, que tout va bien. On monte dans un taxi en lui faisant la même combine qu’au précédent. Le trajet est très douloureux car il y a beaucoup de circulation et de travaux aux Fleurs. Lorsqu’on arrive à la maternité et qu’il comprend enfin pourquoi je respirais bizarrement dans son taxi, le chauffeur nous lance un « bonne chance ».

16h30, il y a du monde dans l’entrée de la maternité. Cette fois-ci on fonce direct à l’ascenseur sans passer par l’accueil. Je suis tout de suite prise en charge par les sages-femmes du troisième étage. On nous installe en salle de naissance pour procéder au même examen que ce matin. Et là, à nouveau grosse déception : je ne suis ouverte qu’à 2,5. La sage-femme m’installe le monitoring en nous expliquant gentiment qu’on pourra aller se promener aux Fleurs tout à l’heure pour faire avancer le travail. L’essentiel est qu’ils nous gardent !

Je suis obligée de rester allongée pour le monito. C’est très pénible et les contractions sont très difficiles à gérer dans ces conditions. Au bout d’une demi-heure, une sage-femme revient pour voir le résultat. Les contractions sont bien régulières et efficaces, mais par contre, la sonde ayant glissé, elle ne peut pas se prononcer sur le cœur du bébé. On est donc reparti pour une demi-heure de monito… j’enrage. Cette demi-heure me paraît durer une éternité. Je souffre énormément et Papa Oiseau tourne en rond. De temps en temps il tente de m’approcher et me tenir la main, mais la plupart du temps je le repousse. Les conneries regardées plus tôt sur internet me tournent en boucle dans la tête…

La sage-femme revient et m’ôte les électrodes. Je peux enfin bouger. Je dis que je veux prendre une douche, ou un bain. Ce n’est pas possible car il n’y en a pas de disponible. Il me faut donc attendre un peu. Elle m’amène un ballon pour que je puisse faire des exercices. J’ai soudainement très besoin d’aller aux toilettes. Je me retrouve donc à passer en petite tenue (comprendre à poil enroulée dans un drap blanc) dans le couloir noir de monde puisqu’il y a une visite organisée pour les futurs parents. Je passe très longtemps aux toilettes car entre les contractions qui surviennent de manière très rapprochée, je me vide littéralement les intestins.

Lorsque je reviens dans la salle de naissance je dis à Papa Oiseau que j’espère être ouverte à 3 au prochain examen pour demander la péridurale – moi qui voulais accoucher sans si possible… La douleur est très intense. Je rentre dans ma bulle et vis au rythme des contractions. Je marche et déambule pour m’arrêter et me pencher lorsqu’elles surviennent. Le tout avec l’envie (mais l’incapacité) de parler avec Papa Oiseau et lui raconter ce que je ressens, et toujours cette chanson obsédante en tête…

Je commence à sentir quelques chose couler… je regarde et c’est du sang. Je suis un peu inquiète, je demande à Papa Oiseau d’aller chercher une sage-femme. Il revient avec une sage-femme que nous ne connaissons pas. Elle me demande si je souhaite être examinée. J’acquiesce.

Il est 18 heures et des poussières, je suis ouverte à 6,5. Énorme surprise. La dilatation est hyper rapide. Je ne m’y attendais pas du tout ! La sage-femme me demande si je veux la péridurale ou pas. Du coup j’hésite : avoir géré jusqu’à 6,5 toute seule, je me dis que je peux bien tenir jusqu’à 10. Mais j’ai l’impression de vivre ça toute seule et j’ai besoin de partager ce moment avec Papa Oiseau. Du coup, j’accepte la péridurale. À peine le temps de dire oui que l’anesthésiste s’affaire dans mon dos. Personne ne fait sortir Papa Oiseau, je suis très surprise, mais je ne dis rien. La pose se fait rapidement et agit vite et bien. Je trouve l’effet magique. Je sens toujours les contractions, mais je ne souffre plus du tout. Je peux enfin parler normalement à nouveau (il paraît que je m’exprimais très peu et uniquement en chuchotant) et déconner un peu… mais je n’ai plus le droit de me lever. Je suis désormais obligée de rester allongée sur le dos.

19h30, les sages-femmes reviennent m’examiner. Le col n’a bougé que d’un demi centimètre en une heure, la péridurale ralentissant considérablement le travail. Elles m’injecte un produit sensé booster les contractions.

20 heures, l’équipe de nuit succède à celle de jour. Une sage-femme vient faire un petit contrôle. Elle décide de percer la poche des eaux afin d’accélérer les choses. Avec une longue tige, elle gratte la paroi des membranes. Ça ne fait pas mal, mais je suis un peu effrayée. D’un coup je sens un liquide très chaud couler entre mes jambes. La sage-femme a l’air horrifiée car le liquide est très teinté : le bébé a fait caca dans sa poche. Elle m’explique qu’il va falloir faire en sorte d’accoucher assez rapidement afin qu’il n’y ait aucun risque pour le bébé. Elle pose un nouveau monitoring et une sonde directement sur la tête du bébé. Du coup, dès qu’il bouge, on voit le fil s’animer. C’est rigolo ! Quelques instants après j’explique à la sage-femme que je commence à ressentir la douleur. Elle rajoute donc du produit pour que la péridurale soit à nouveau efficace. Au bout de vingt minutes, il n’y a aucun effet, j’ai de nouveau très mal et m’enferme dans ma bulle. J’ai du mal à gérer mes respirations lors des contractions. Papa Oiseau essaye de me guider et m’aide beaucoup.

L’anesthésiste revient et me dit qu’il va m’administrer une « dose de cheval », que je ne vais plus sentir mes jambes du tout ni ne vais pouvoir les bouger. Vingt minutes plus tard, toujours rien. La douleur est à son acmé. Mais je ne ressens plus grand-chose, je suis ailleurs. Je me concentre pour essayer de respirer correctement pendant les contractions et vis chaque seconde l’une après l’autre sans penser à ce qui est en train de se produire. Je ne sais pas exactement combien de temps s’écoule depuis que la douleur est revenue.

À un moment je ne supporte plus la station allongée sur le dos. Instinctivement je m’installe sur le côté gauche. Au bout de quelques minutes dans cette position je dis à Papa Oiseau que je pense que le bébé est en train d’arriver car je me retiens de pousser. Il ne semble pas trop y croire, mais va chercher la sage-femme. Cette dernière m’examine et confirme en effet que je vais pouvoir pousser.

22 heures, la sage-femme et l’auxiliaire de puériculture prépare la sortie du bébé (organisation du lit, instruments, draps, etc.). Enfin, il est temps de pousser. Je suis effrayée par cette dernière étape. J’ai peur de ne pas y arriver et suis étonnée que ce soit déjà le moment. Je ressens toujours tout, du coup je sais exactement quand pousser. La sage-femme me dit de pousser trois fois par contraction. Deux c’est jouable, mais trois c’est difficile. J’ai du mal à respirer comme il faut, je m’hyper ventile. Heureusement Papa Oiseau est là pour m’indiquer la marche à suivre. Je n’entends plus que sa voix et celle de la sage-femme. Je ressens la tête de mon bébé qui arrive petit à petit. À un moment elle semble bloquée en plein milieu et c’est très douloureux. J’ai l’impression que je n’arriverais pas à la faire avancer davantage. La sage-femme utilise de l’huile pour faire avancer les choses, puis j’ai l’impression qu’elle se décide à faire une épisiotomie. Mais elle ne me dit rien… Pour m’encourager, elle me fait toucher les petits cheveux du bébé. Je trouve ça dégoûtant et étrange car le crâne est mou, chaud et poilu. À vrai dire j’ai l’impression de ne pas avoir fait la différence entre sa tête et mon sexe…

La poussée me paraît durer une éternité, je commence à être épuisée et à avoir très chaud. Papa Oiseau m’hydrate de temps en temps avec un spray, mais je rêve de boire un grand verre d’eau. Le personnel médical s’absente de temps à autre pour aller voir une autre femme, et je me retrouve à pousser toute seule sous les encouragements de Papa Oiseau. Une fois la tête passée, la sage-femme me dit de pousser très doucement pour dégager l’épaule. Je sais que c’est la fin. Je regarde entre mes jambes et là je vois mon bébé tout recroquevillé que me tend la sage-femme. Elle me dit de l’attraper pour le faire sortir moi-même. Je le prends sous les aisselles et la pose sur mon ventre. Son corps est très chaud et tout mouillé. Ça y est, l’Oisette est née. Il est 22h27.

Papa Oiseau tente de faire de l’humour avec la sage-femme car il trouve que l’Oisette a l’air métisse… Une fois sur mon ventre, l’Oisette se fait aspirer les voies nasales à cause de son liquide teinté. Elle respire comme un petit moteur de voiture des années 1950… Papa Oiseau et moi la regardons attentivement et nous la trouvons très belle. Plus belle que ce que tout ce que nous nous étions imaginé…

La sage-femme me pose des aiguilles d’acuponcture pour aider la délivrance. Je ne ressens plus de contractions, je n’ai plus mal. C’est un vrai soulagement. Une demi-heure passe et le placenta n’est toujours pas sorti. Il va donc falloir aller le chercher… La gynécologue arrive. Elle m’injecte un produit anesthésiant par la même voie que la péridurale, et enfile des gants de plastique qui lui arrivent jusqu’au coude. Et c’est là que mon vrai calvaire a commencé puisqu’elle est allée chercher le placenta à mains nues alors que l’anesthésie ne fonctionnait toujours pas (tout comme la péridurale ne fonctionnait plus depuis plusieurs heures…). J’ai hurlé, crié, fait de véritables ruades… le tout avec l’Oisette toujours sur le ventre.  Je crois que je n’ai jamais eu aussi mal de ma vie. Papa Oiseau avait l’air littéralement décomposé. Le placenta a fini par sortir, le médecin m’a rapidement recousue (avec un produit anesthésiant local – et donc efficace celui-là) et on nous a enfin laissé seuls tous les trois.

C’est alors que dans la douceur de la nuit, dans le silence et le calme après la tempête, que nous avons fait la connaissance de l’Oisette.

Elle s’est empressée de trouver le sein et à commencer à téter avec une grande application.

Papa Oiseau a commencé à appeler nos familles et quelques amis.

Vers 1 heure du matin, l’auxiliaire de puériculture est venue chercher l’Oisette et Papa Oiseau pour les premiers soins, pendant que la sage-femme m’a nettoyée et m’a aidée à rassembler nos affaires.

À 2 heures, dans une chambre de la maternité, je ne peux m’endormir tellement je suis bouleversée, fière et émue devant le visage de ma fille qui dort paisiblement. De son côté, Papa Oiseau marche jusqu’à la maison, la tête embuée, le corps épuisé, et le cœur qui bouillonne…


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