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L'état de la France [II]

Publié le 09 mai 2011 par Voilacestdit

J'ai porté, dans le dernier billet d'humus, une sorte de diagnostic - qui n'engage que moi - sur l'état de la France, qui me paraît présenter, en tant que pays, des  symptômes caractéristiques d'une dépression, au sens médical du terme : perte des repères ; crise identitaire - dépression qui se traduit par des attitudes collectives  de lassitude, de découragement, de faiblesse, d'anxiété, en un mot d'apathie. L'inertie dans laquelle le pays se trouve plongé engendre la perte de l'élan vital.
Que faire pour s'en sortir ?
L'histoire montre qu'il a existé et qu'il existe des "drogues" antidépressives à l'usage d'un pays. Je vais en citer deux exemples.
Le premier exemple, c'est "une bonne guerre". Ça a fonctionné, ou ça aurait dû fonctionner comme cela, en 14. Les jeunes, quittant pour la première fois leur campagne, sont partis, en août, "la fleur au fusil", en chantant : "On les aura !" [comme l'Amérique, aujourd'hui, chante : "On l'a eu !"], persuadés qu'ils étaient d'être de retour à la maison au printemps prochain, ragaillardis par la victoire - mais rien n'a fonctionné comme cela et, pire, les effets secondaires se sont révélés catastrophiques. Le prix à payer a été des millions de morts et de blessés, des deux côtés, des millions de familles anéanties, des milliers de villages rayés de la carte ou qui ont perdu leur âme, l'Europe anéantie...
Autre sorte de drogue supposée faire office d'antidépresseur, massivement  utilisée de nos jours, c'est la "société de consommation", en tant que telle. Le sujet souffre de manque de désir, n'a de goût à rien, se retranche sur lui-même... qu'à cela ne tienne, on va lui "inventer" des désirs, des besoins, le mettre en réseaux etc. - ainsi se justifie l'usage du monde de la consommation. Mais, là aussi, les "effets secondaires" l'emportent en nocivité sur le résultat recherché, pas atteint au demeurant. L'euphorie de l'avoir n'est qu'un leurre : elle ne guérit pas du mal-être.
Comment, donc, retrouver le goût de vivre, se sortir de l'apathie,  participer collectivement de l'élan vital dans le monde qui émerge sous nos yeux ?
Un sujet déprimé a une histoire de vie, dans laquelle, soit brutalement suite à un traumatisme, soit insidieusement après une lente usure, un ressort a cassé, la machine ne fonctionne plus, l'heure s'est arrêtée. Les aiguilles restent figées. Elles restent figées sur le cadran et dans la mémoire.
Un ressort a cassé - heureuse panne qui évite l'affolement de la machine.
Mais celle-ci doit être remise en état de marche.  Pour remettre le mécanisme en ordre de fonctionnement il faut longuement, patiemment, consciemment revenir sur le passé, ce qui s'est passé, pour entrer dans un processus d'élaboration mentale - réparer en quelque sorte la déconnexion, la sidération de l'affect -  qui a fait office de fusible salutaire, mais aussi a mis la machine en panne, en desaississant le sujet de ses facultés d'analyse et  de contrôle, paralysant ses capacités d'action.
Ce travail d'élaboration [autour de ce qui est vécu comme une perte, notre passé glorieux]  devrait idéalement  être mené collectivement, sous l'égide des politiques, dont le souci majeur devrait être, puisque nous sommes dans ce moment historique de déconstruction, de profiter de l'opportunité pour engager un travail de reconstruction d'une identité.
Pour cela il nous faudra retrouver le socle de nos valeurs, la partie irréfragable  [qui ne peut être réformée] de nos valeurs - ce qui réellement a valu et vaudra toujours pour nous, au delà des changements sociétaux - socle commun sur lequel nous aurons à reconstruire.
La meilleure définition de la valeur, pour moi c'est Nietzsche qui l'a donnée, quand il écrit : "Une table des valeurs est inscrite au-dessus de chaque peuple ; c'est la table de ses victoires sur lui-même [...]  En vérité mon frère, dès que tu connaîtras quels sont les dangers, le sol, le climat et les voisins de ton peuple,  tu pourras deviner la loi qui régit ses victoires sur lui-même, et tu sauras pourquoi il a choisi telle ou telle échelle pour monter vers la réalisation de ses espérances" [Ainsi parlait Zarathoustra, I, éd. bilingue Aubier Flammarion, p.145].
Ainsi vois-je sur quelles bases il y aurait à conduire collectivement ce travail d'élaboration, pour sortir de notre morosité, retrouver collectivement  nos capacités d'engagement, le goût et la joie de vivre pleinement, participer de l'élan vital qui anime le monde vivant.


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