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A la recherche des bâtiments déserts

Publié le 24 mai 2011 par Cameron

Je n’ai pas changé d’habitude, d’une certaine manière. C’est toujours aux aurores que je me lève, c’est toujours le liseré rose que je vois zébrer le ciel chaque matin, depuis des semaines. Et ce sont toujours dans les bâtiments les plus vides possibles que j’aime arriver. Façon comme une autre de les rendre miens, je suppose.

Et ils ne sont pas mal, ces bâtiments. Assez tarabiscotés pour qu’après quelques 5 mois, je continue à chercher mon chemin, assez familiers désormais pour qu’arrivant, je sois propriétaire momentanée de l’espace, au moins par la pensée.

Mais en fait, j’aime ce foyer vide. Uniquement vide, bien sûr, car dès qu’il se remplit, c’est le brouhaha dont chacun de nous devient victime et soudain pour moi il n’y a plus seulement les autres, il y a surtout l’incompréhension totale du plaisir de conversations dans ce contexte. Les murs qui me semblaient doucement s’écarter pour nous accueillir se referment tout à coup sur les sons, boite à échos annihilant notre radar interne. Les portes sont loin. Toute perspective de fuite aussi.

Heureusement, cela ne dure jamais. D’un pas nous pouvons aussi être dehors, et alors le bruit de nos conversations est un ensemble de murmures presque chorégraphié qui ne peut plus rien contre le vent ou le bruissement des arbres. D’un autre pas, l’escalier se rapproche, et c’est le silence qui descend lentement à mesure que nous montons, comme un rappel inconscient d’années d’école qui nous discipline même aujourd’hui. Silence tout relatif, bien sûr, silence qui néanmoins parce que les murs nous contiennent en nous guidant, permet à la parole de se faire dialogue, entre deux ou trois, entre êtres écoutants.

Il y a des vertus aux bâtiments déserts, que je retrouve où que j’aille. Un léger gauchissement des choses, une position soudain figée au cœur du mouvement perpétuel, et les chaises racontent leur histoire qui n’est plus tout à fait la notre car nous ne sommes pas là, nous qui les avons déplacées, et les murs sont élévation bien plus qu’enfermement. L’espace n’est soudain qu’espace. De vie, de respiration, de ce que nous voulons, en fait, et c’est peut-être la liberté physique qui est la totale et si belle séduction des lieux, tôt le matin, tard le soir. Quand plus rien n’est soumis à la destination inéluctable qu’assigne la routine.


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