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ELLE - Les regrets

Publié le 05 juin 2011 par Gicerilla

 

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Il la découvre plantée sur le trottoir d'en face.

Elle sent le poids de son regard avant même de l'avoir vu. Le temps se fige. Arrêt sur image. Cela arrive-t-il vraiment dans la vraie vie ? Leurs regards s'amarrent pour ne plus se quitter. Les sourcils se lèvent d'étonnement, se froncent d'inconfort, se tordent pour exprimer l'impuissance ressentie des deux côtés. Puissance de la surprise qui ôte toute force de réaction. Un regard, et l'on sait déjà qu'entre elle et lui, il s'est passé tant de choses.

Aller-retour, fuite en avant, fuite en arrière. Il avance, elle recule. Elle s'effarouche, il se fait doux. Elle s'élance, il l'accueille avec fougue. Histoire d'amour qui chantonne comme on murmure, suit moi, je te fuis, fuis-moi je te suis. Une histoire d'amour faite de sentiments violents que je n'ai jamais ressentis. Je suis devant l'écran, mes doigts se tordent et tricotent leurs angoisses, ira, ira pas ? C'est trop beau, c'est trop fort, c'est trop destructeur, mais surtout c'est trop beau. Et la question qui revient, garde-fou de mon cerveau qui ne veut pas que, de doute, mon cœur souffre "cela arrive-t-il vraiment dans la vraie vie ?"

Et voilà que leur histoire devient l'aune avec laquelle j'évalue silencieusement mes propres histoires d'amour. D'amour ? Vraiment ? Oh que toutes mes amourettes me paraissent piètres au regard de leur histoire. Passent dans mes mains fébriles des mètres et des mètres d'étoffes aux prénoms variés, Jean-François, Olivier, Daniel, Bruno,  Jean-Michel, Jean-Claude, Guillaume, Thomas, José, Denis... Plus je mesure et plus je doute de la qualité du tissage, de la finesse du métier. N'aurais-je tissé que de grosses toiles tout justes bonnes à ensacher de grossières raves ? Où est-elle mon histoire d'amour à moi faite de fragile mousseline, d'organza arachnéen, de soie aérienne ?

Ils se déchirent mais ils s'aiment. Elle tente de l'ignorer car elle a peur. Au fond d'elle, si seulement elle acceptait de s'écouter, elle saurait qu'elle l'aime mais le projet est trop gros, trop grand, trop bouleversant. Ah, quel confort de rester dans sa petite vie sans envies. Ah, quel confort de choisir la facilité de l'indifférence. Ah, quel confort dans la résignation. Dédaigner l'amour qui passe encore, comme une dernière chance. Refuser de repasser par la case départ et cracher sur les 3,000 € de prime.

Et moi dans tout ça ? Et la peur tapie depuis des années, la salope de peur que j'avais domptée à force de cinglants coups de fouet, ressort de sa tanière. Elle a pris des forces et la voilà qui rugit, pleine de furie. Elle rugit et attrape mes chairs à grands coups de crocs aiguisés. Elle a affûté ses arguments et mord mon cœur vide qui saigne et saigne sans plus savoir s'arrêter. Hémorragie. Et la belle salope, victorieuse, sourit de toutes ses dents maculées de sang, hurle sa victoire sur le dompteur dompté.

Je suis à terre, atterrée, blessée, éplorée... Comment ai-je pu tenir écartée cette peur de ne plus jamais aimer. Tour de force d'un artiste de foire. Où est passé mon aveuglement, cher compagnon de survie ? Elle l'a terrassé aussi et ce soir, c'est elle la gagnante qui me remplit d'effroi.

Vous êtes vous demandé un jour si vous pourriez aimer à nouveau avant de mourir ?
Vous est-il arrivé de vous questionner, la peur au ventre comme un abysse sans fond qui vous tord les entrailles, si un jour vous pourriez aimer encore ?
Vous êtes-vous alors, au plus profond de l'angoisse, dit que peut-être... non ?

Je ne veux pas mourir sans avoir aimé vraiment, sans avoir aimé encore ! 

 

 

 

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LES COMMENTAIRES (2)

Par Claudia
posté le 07 juin à 09:17
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Elle-Les regrets : tellement beau, tellement vrai...

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