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Coquelicots

Publié le 26 juillet 2011 par Cécile D.
Coquelicots
Tess a le coeur jaune depuis qu'à sa fenêtre elle a vu des coquelicots avaler goulûment le pré de son carré. C'est un mardredi gris, elle s'en fout, son herbe est rouge.... Envie d'aller laisser couler sur sa peau quelques gouttes d'huile d'un semis de taches vermillon qu'un Monet aurait pu oublier sur le bord d'un talus. Tess vise le ciel. Il a dans le ventre un château d'eau qui plisse sa forteresse. Au loin, un horizon taquin s'amuse à lui en chatouiller les créneaux. Il va pleuvoir. Tess coiffe son chaperon rouge et sort.

Elle a le look d'une nonne qu'une première promenade déflore sur un sentier de pierres. Le petrichor vient flatter ses narines comme un bouquet d'argile sur un lit d'amants drappés dans de la soie... ça embaume ses sens jusqu'au bout de sa fleur humide comme la terre. Tess encore jouit seule de son premier dehors souriant au camélia qui la salue comme une dame en effleurant sa main d'une caresse discrète. Elle frissonne et rosit sous sa capuche rouge et poursuit sa balade par le petit bois qui veille sur son herbe sanguine.

Les hêtres et les charmes laissent langoureusement pendre leurs chatons qu'une brise vient bercer et tracent à son passage une gloriette d'hommages digne d'un effeuillement d'hymen. Un vieux tronc vermoulu lui fait ostensiblement de l'oeil... ça l'amuse. Elle va poser ses fesses sur son dos tout fripé en étendant les bras vers la cime étonnée. Tess hume voluptueusement le parfum des écorces et lèche la sueur ambrée des arbres qui se pâment. Tess savoure. Elle a dans son humeur des morceaux d'amadou qui embrasent son instant. Les arbres sont ses frères, ses aimants éternels.

Soudain des frondes de fougères frémissent derrière elle. Lentement elle se tourne. Une ombre glisse sur un bosquet de ronces que des mûres sauvages adoucissent de grenat. Elle a cru voir briller deux lapis-lazuli comme des yeux bienveillants perçant comme un saphir. Son chaperon rouge la gêne. Elle s'en défait, en couvre le vieux tronc, se lève et lentement s'approche du fourré. Rien ni personne ne s'y cache. Au loin une silhouette s'enfuit en semant derrière elle des rubans d'étincelles qui viennent jusqu'à elle jaillir comme un espoir. Doucement Tess se penche et enroule son corps de ces cordons brûlants que l'ombre a déposées. Maintenant elle a chaud. Sans vraiment se presser elle part vers le talus où peut-être Monet a déposé sa toile. Elle sait que désormais deux saphirs  la suivent. 


Quand Tess rejoint son pré, un rayon l'a perçé et il n'est plus carré. Les coquelicots s'en sont allés. Son herbe est bleue comme un tapis de myosotis.
Dans le petit bois, sur le vieux tronc froissé, elle a laissé sa cape. Il n'a pas plu. Tess est heureuse.

Coquelicots
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